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Un endroit, plusieurs histoires

Rasha Hanafy, Mercredi, 15 septembre 2021

Le roman de Ezzat Al-Qamhawi Ghorbette Al-Manazel (l’exil des maisons) fait du confinement l’arrière-plan de plusieurs histoires rassemblant les habitants d’un immeuble.

Un endroit, plusieurs histoires

Ce sont des histoires séparées, dont le facteur commun est le lieu dans lequel elles se déroulent. Des histoires qui commencent mi-2020, en plein confinement à cause du coronavirus. En 10 chapitres, le romancier et journaliste égyptien Ezzat Al-Qamhawi raconte les histoires des habitants d’un même immeuble, dominés par la peur. Les uns résistent, alors que d’autres cèdent complètement. « J’ai commencé à écrire cette oeuvre il y a trois ans. Mais l’idée n’était pas encore très claire, et j’ai fini par écrire un autre ouvrage intitulé Le Hall des passagers. Puis, j’y suis retourné, tandis que le confinement commençait dans le monde entier, cela m’a inspiré et j’ai dû m’en servir », a expliqué Al-Qamhawi dans les entretiens de presse accordés à la sortie de son roman.

La voix dans cet ouvrage est celle du narrateur omniscient, qui sait tout et voit tout. Il connaît les pensées, les émotions et les impressions des personnages et les décrit minutieusement. Les événements se déroulent dans un lieu fixe (l’immeuble) et un autre imaginaire (Madinet Al-Ghobar ou la ville de poussière). Al-Qamhawi a choisi cette unité spatiale sans pour autant que les personnages aient de véritables liens psychologiques entre eux : pas d’appels téléphoniques, pas de visites, etc. Cela n’est dû ni à la pandémie, ni au respect de la distanciation sociale, mais simplement parce qu’ils n’entretiennent pas de relations.

Le livre regroupe donc un nombre d’histoires, chacune d’entre elles est consacrée à un ou plusieurs héros. Cependant, l’écrivain a préféré la présence du portier Salem et sa femme Teama comme dénominateur commun à toutes les histoires. Ils représentent le seul lien entre les habitants de l’immeuble. Chaque personnage avait quelque chose qui l’occupait ou l’empêchait de vivre normalement avant le confinement. Par exemple, l’historien Badie Al-Attar, un septuagénaire solitaire, a un côté bon enfant. Il aime les contes merveilleux, provenant de la Chine, et croit que la peur est plus nocive pour l’homme que la guerre, les famines et les épidémies. Wadie, le chercheur en entomologie, a passé 27 ans à étudier les mouches et à essayer de produire des mouches silencieuses qui ne transmettent pas les infections. Entre-temps, il a réussi à trouver l’amour, dans le jardin où il faisait du sport pendant le confinement.

Hamada Rizq, le vigil du centre commercial, parvient à détecter tout type de vols, même ceux que les appareils électroniques ne peuvent pas détecter. Il est confiant quant à sa capacité de chasser le virus, y compris dans les appartements voisins. De quoi lui causer beaucoup d’ennuis à cause des secrets qu’il découvre. Le gynécologue Farid Abdel-Mohit, un célibataire qui a dépassé les 67 ans, essaye d’assimiler le monde changeant qui l’entoure. Il s’interroge tout comme plusieurs d’entre nous : « Qui aurait pu s’attendre à ce que le monde s’agenouille face à un virus insignifiant, à l’ère de la victoire des sciences ? ». Al-Qamhawi a voulu, à travers ce livre, que ses personnages, comme ses lecteurs, profitent du confinement pour revoir ce qu’ils ont vécu et savoir ce qu’ils veulent vraiment.

Ghorbette Al-Manazel (l’exil des maisons) de Ezzat Al-Qamhawi, aux éditions Al-Masriya Al- Lobnaniya, 2021, 207 pages.

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