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Samir Farid, critique et exemple

Soheir Fahmi, Lundi, 30 avril 2018

Le critique de cinéma Samir Farid est décédéen 2017. Alors que les festivals de cinéma lui rendent hommage, le livre Samir Farid, le critique, le modèle et lexemple d’Amal Al-Gamal s’intéresse àla trajectoire de ce grand nom égyptien du 7e art. Voyage dans le parcours d’un critique talentueux et dévoué.

Lorsqu’on commence à fouiller dans la vie et la trajectoire de Samir Farid, on est frappé par la place de choix qu’il occupe dans la critique cinématographique. En s’intéres­sant aux questions qui pourraient nous donner des éléments de réponse sur la particularité de cet homme, on s’aperçoit très vite que ce n’est pas à l’une ou l’autre des fonctions qu’il a occupées dans l’un ou l’autre domaine de la critique qu’il doit cette place bien à lui, mais bien au fait qu’il s’est penché sur tous les points susceptibles de développer et d’appro­fondir la critique cinématographique.

Publié aux éditions du Festival de Louqsor, le récent livre d’Amal Al-Gamal, Samir Farid, Al-Naqed, Al-Namouzag Wal Messal (Samir Farid, le critique, le modèle et l’exemple), remonte notamment aux débuts de la carrière de ce dernier dans le journalisme et comment il a choisi d’être uniquement un critique de cinéma et de ne pas se disperser dans plusieurs activités. En insistant sur le fait que son titre devait être uniquement « critique de cinéma » et non pas « critique d’art », comme c’était l’habitude, il s’est posé en critique de la modernité et de la spécialisation.

En effet, Samir Farid a toujours voulu spé­cifier sa présence et son cheminement, duquel il n’a jamais bifurqué. Il a ainsi voulu donner au métier de critique et de journaliste son aura véritable, et non pas être un homme à tout faire et prendre son métier à la légère. Pour affiner ce profil qu’il respectait profondément, il s’est placé également dans le rôle de chroni­queur de cinéma. Dès ses débuts, il s’est constitué des archives personnelles de cinéma pour l’Egypte, le monde arabe et le reste du monde.

Le livre s’attarde aussi sur la nature stu­dieuse et très dévouée de ce critique assidu du 7e art et, surtout, souligne ses luttes pour sau­vegarder les trésors du cinéma égyptien. Bien avant Internet, et de manière manuelle, il a accumulé, rangé et organisé, de manière scientifique, des fichiers sur tout ce qui tou­chait de près ou de loin au cinéma. Il rêvait de la création d’une cinémathèque qui pourrait couronner ses efforts et répétait souvent sa surprise et son désenchantement de n’avoir pas de cinémathèque institutionnalisée, alors qu’il y avait une production abondante dans le monde arabe. Il s’est battu longtemps pour que l’Etat prenne ce rôle en charge, mais sou­vent désillusionné, il s’est ensuite tourné vers des structures ou des associations civiles. Car Samir Farid était persuadé, lui, dont les pas se voulaient ancrés dans la modernité, qu’on ne pouvait pas vivre sans mémoire et que celle-ci était nécessaire pour bâtir l’avenir. Malheureusement, jusqu’à sa mort et malgré certaines avancées, les choses ne se sont pas mises en place selon son souhait.

Toutefois, Samir Farid ne s’est jamais dépar­ti de cette foi en des structures toujours plus larges. Ainsi, il a fondé, avec d’autres et avec enthousiasme, le Centre des critiques de ciné­ma, qui s’est ensuite élargi pour faire partie également de l’Organisation internationale des critiques de cinéma.

L’ami des jeunes

C’est cette conviction politique qui l’a pous­sé à toujours se poser du côté des jeunes et des cinémas indépendants et d’avant-garde. Surtout, il abondait d’encouragements pour les premiers films des jeunes. Avec une certaine indulgence, souvent controversée, il avait un parti pris pour les premiers films et les films de jeunes. Et, il était entouré de jeunes, qui trou­vaient en lui un interlocuteur de taille et un critique qui suivait de près tout ce qui se faisait dans le monde. Comme il avait un point de vue sur le public de cinéma et les goûts contempo­rains, il se plaçait toujours du côté du large public, en encourageant le cinéma d’avant-garde. Il rêvait de ces critiques de cinéma au statut prestigieux en Europe, qui se perfection­nent sans cesse. D’ailleurs, il a toujours occu­pé une place de choix dans les festivals du cinéma de par le monde et dialoguait avec des artistes de tout bord.

Vu son parcours, Samir Farid, depuis son décès en 2017, est honoré dans les festivals de cinéma. Le Festival de Louqsor pour le film africain a même créé un prix portant son nom. Car la trajectoire de ce critique de cinéma est une trajectoire qui se veut dédiée au cinéma dans toute sa gloire, comme le montre Amal Al-Gamal. Elle met en lumière les aspects modernes d’un critique qui devrait, selon elle, être un exemple pour les nombreux jeunes qui se spécialisent dans le domaine passionnant de la critique cinématographique .

Samir Farid, Al-Naqed, Al-Namouzag Wal Messal (Samir Farid, le critique, le modèle et lexemple), dAmal Al-Gamal, éditions du Festival de Louqsor.

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