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Le public comme enjeu

May Sélim, Mardi, 31 mars 2015

Le festival artis­tique pluridiscipli­naire D-CAF se déroule jusqu’au 9 avril au Caire et à Alexandrie. Connu pour son théâtre impliquant le public, il essaye de faire de celui-ci un protagoniste à part entière.

Le public comme enjeu
Mission Roosevelt. (Photo:Bassam Al-Zoghby)

Connu pour ses spectacles en pleine rue et pour ses spectateurs piétons, cette année, le festival D-CAF s’est contenté pour sa 4e édition du campus de l’Université américaine au centre du Caire. A une exception près.

Sous le titre Visions urbaines, les spectacles devaient initialement avoir lieu à la rue d’Al-Borsa, toute proche. Mais en raison des travaux d’aménagement, c’est le Greek Campus qui a donc accueilli les spectacles Africain export, 100 pas presque, The Unpraticality Beauty et Tender Violence.

Cette fois, le public était plutôt fidèle au festival et non les gens ordinaires. A première vue, Visions urbaines a perdu son aspect éton­nant. Or, le spectacle Mission Roosevelt a perpétué la tradition en sortant dans la rue pour une expé­rience nouvelle et spontanée.

« Nous partons de l’idée que vous n’êtes pas un public, et que par conséquent, ce n’est pas un spec­tacle. C’est une expérience, ou mieux une expérimentation ; et vous, vous en serez à la fois les acteurs, les cobayes et les heureux bénéfi­ciaires », explique la troupe franco-italienne Tony Clifton Circus en par­lant de la Mission Roosevelt.

Quelques jours avant le festival, Tony Clifton Circus a fait appel à la participation des gens ordinaires. 20 Egyptiens se sont portés volontaires pour une aventure unique dans les rues cairotes. Ils traversaient les rues du centre-ville sur des fauteuils rou­lants, bloquaient la circulation et jouaient avec de petites trompettes klaxons. « Dans Mission Roosevelt, nous souhaitons traverser un espace urbain, créer un parcours et laisser un signe, une trace colorée au sol. Nous voulons partager avec vous le plaisir de l’interdit, le plaisir d’utili­ser un objet tabou », explique un organisateur du spectacle.

Le festival cette année a introduit un nouveau style de performance. Selon Ahmad Al-Attar, directeur du festival, « l’audience devient la per­formance ».

A part le défi d’une gestuelle et d’une chorégraphie spontanée ou étudiée, d’autres performances ont suivi ce style du spectateur-acteur. Comme A Micro History of World Economic Danced montée par Pascal Rambert.

Il s’agit de la 14e version de Micro History donnée déjà à Tokyo, à New York, à Los Angeles et à Paris entre autres. Dans un contexte évoquant la crise économique de 2008, Rambert fait parler l’audience. Dans chaque ville, il fait appel à des candidats volontaires de participer à son travail. Au Caire, le spectacle représentait différentes catégories de la société égyptienne : l’intellectuel, le fonction­naire, l’artiste, la mère au foyer ou le vendeur de kochari … Voici donc les 50 acteurs de son spectacle. Chacun parlait de ses rêves et souvenirs. Chacun fait de son quotidien une ges­tuelle répétitive. Trois comédiennes interprétaient quelques scènes en allu­sion à des sujets historiques ou à des faits réels. Une matière riche dont se sert « le philosophe » pour expliquer l’évolution des théories économiques. La diversité du public-acteur, qui se dévoilait par quelques mots et gestes spontanés, constituait l’essentiel de cette pièce tout en cassant avec la monotonie.

Depuis sa première édition tenue en l’an 2012, le festival D-CAF (Festival du centre-ville pour les arts contemporains) a toujours interpellé les piétons.

Les spectacles de danse explo­raient les rues piétonnes du centre du Caire, notamment Al-Borsa, Al-Alfy ou encore Mahmoud Bassiouni. Une foule entourait les danseurs. Et ceux-ci interrompaient le silence de l’audience, son ras­semblement immobile pour ensuite l’initier à bouger avec eux et chan­ger de destination. Entraîné par les danseurs, le public se prête aussitôt au jeu.

Dans de petits hôtels du centre-ville, ou des salles de théâtre, les artistes s’adressent à un public plus averti ou même complice. En 2013 par exemple, dans un spectacle théâtral inédit, Un Lapin blanc, un lapin rouge, le comédien sur scène, selon les indications scéniques qu’il lisait, interpellait son audience pour en choisir ceux qui voulaient bien jouer avec lui.

En 2013 toujours, le spectacle pour enfants The Incredible Book Making exigeait l’interaction des petits pour le déroulement des évé­nements. Dans chaque nouvelle édi­tion de ce festival, un spectacle ou deux incitaient le public à réagir sur le vif, une technique inhabituelle pour un public égyptien.

Dans l’actuelle édition de 2015, on attend toujours La Bibliothèque, un autre spectacle qui mise sur le public. Déjà les annonces d’appel à la partici­pation sont lancées pour ce spectacle prévu dans quelques jours. Mis en scène par Fanny de Chaillé, La Bibliothèque s’inspire d’une volonté d’aller à la rencontre de l’Autre et d’un appel au partage. Dans la biblio­thèque du Greek Campus, un groupe de 12 personnes, choisies parmi les volontaires, va discuter pour une vingtaine de minutes le choix de leur livre préféré, avant de s’engager dans une discussion sur un thème, une idée, une histoire ... un débat reflétant leur société à plus d’un égard .

La Bibliothèque, le 3 avril à 17h et 21h, le 4 avril à 12h et 16h, les 5 et 6 avril à 16h et à 21h à la bibliothèque du Greek Campus de l’Université amé­ricaine, place Tahrir.

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