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Un festival en faillite artistique

Alban de Ménonville, Lundi, 03 décembre 2012

Ambitieuse, la cinquième édition de PhotoCairo peine à se démarquer en mettant en avant une vision et un objectif propres. Certains artistes y présentent des oeuvres intéressantes malgré une absence globale de cohérence et de vision contemporaine.

Le coeur de PhotoCairo 5, c’est une quinzaine de jeunes créateurs répartis sur trois lieux d’exposition. Photographies, projections et vidéo-montages s’y succèdent sans ordre et sans logique. La sélection se veut large mais échoue à mettre en valeur une tendance particulière dans une scène pourtant riche et innovatrice. Rien ne se dégage de ces expositions hormis un constat d’échec qui dicterait aux artistes en quête de reconnaissance de s’éloigner tant du CIC (Contemporary Image Collective) que de la galerie Townhouse. Malgré l’absence totale de vision d’ensemble et de lien entre les créateurs, certains exposants parviennent à offrir des oeuvres d’une certaine qualité. Le court métrage d’Ahmad Al-Ghoneimi immerge le spectateur dans un monde de soupçons et de craintes. La tension est palpable tout au long du film qui suit un réalisateur soumis à un interrogatoire par ce que l’on présume être des hommes de main de la Sûreté d’Etat. Remarquablement interprétés par les trois acteurs, les personnages autour desquels flotte un mystère sont plongés dans une ambiance noire, style polar, qui donne au film toute sa singularité. Les non-dits remplacent les dialogues et le jeu des acteurs, leurs silences répétitifs, leurs visages filmés en gros plan suffisent à créer une narration puissante au suspense croissant. Si le thème — de la censure, du contrôle, de la surveillance — n’a rien d’original, le scénario balancé entre une dérision parfois comique et une tension toujours au bord de l’explosion tient le spectateur en haleine jusqu’à la fin. Ghoneimi signe ici une oeuvre réfléchie sur le sens du cinéma et la place du réalisateur sous un régime d’oppression. Mais quel lien entre un cinéma engagé et les dessins de Hanaa Safwat sur la maladie de son père ? Les oeuvres de Safwat sont touchantes et possèdent une certaine qualité mais apparaissent au milieu des autres créateurs comme une parenthèse personnelle sortie du contexte. D’ailleurs, il n’y a pas de contexte à PhotoCairo 5. Juste des oeuvres mises bout à bout sans logique ni objectif mais surtout sans réflexion sur l’évolution de la dernière génération d’artistes. Pris dans PhotoCairo 5, les artistes ont tous l’air de créateurs de second rang, ce qui n’est probablement pas le cas en réalité. Car si la majeure partie des oeuvres n’a aucun intérêt, c’est en grande partie dû à l’absence de cohérence de la sélection. Samir Al-Kordi présente un Caire traversé par un mur énigmatique, plus loin Hassan Khan détaille des instructions dans un but inexpliqué face à deux photos de Mohamad Abdel-Karim au contenu insignifiant. Le mélange laisse le visiteur perplexe face à une telle absence de vision artistique. Les idées cependant ne manquent pas, comme celle de David Degner d’importer le parcours — un sport né dans les cités européennes — dans les rues du Caire. Si les photos sont quelconques, le concept reste amusant, coupé de la réalité de la rue égyptienne dans une sorte de colonialisme culturel qui tend à faire sourire. Il fallait un oeil plein d’espoir et naïf pour réaliser ces clichés, plus anecdotiques qu’autre chose. PhotoCairo 5 reste avant tout un amalgame peu structuré de talents inégaux. Au milieu de tout cela, un artiste peut toujours percer et les expositions demeurent l’occasion de découvrir, avec un peu de chance, un jeune créateur doué. L’initiative est louable mais promeut-elle vraiment la scène artistique contemporaine ? On est en droit d’en douter .

PhotoCairo 5, jusqu’au 17 décembre.Plus d’infos sur ciccairo.com
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