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Issa Murad : Citoyen du monde, ma musique est mon passeport

Névine Lameï, Mardi, 04 novembre 2014

Issa Murad, compositeur et luthiste franco-palestinien, a récemment animé une soirée musicale sur les planches de l’Opéra du Caire. Son groupe Joussour se situe à la croisée des styles et des influences. Entretien.

Issa Murad
Issa Murad, compositeur et luthiste franco-palestinien.

Al-ahram hebdo : En choisissant de jouer vos deux compositions phares : La folle qui danse et Houroub (fuite), vous avez emmené le public dans de beaux moments de partage ...

Issa Murad : La folle qui danse, Houroub et nouvellement Mysterious Person, s’unissent par leurs sonorités orientales que contemporaines, mêlant le jazz aux rythmes balkaniques, turcs et arabes. Tout d’abord, ces deux compositions ont été enregistrées en août 2013, avec mon groupe Joussour sur Youtube. Par suite, sur Facebook, elles ont remporté 16000 admirateurs. Un nombre qui s’accroît jour après jour. Fruit à cette résonance, un large public de la société du jazz en France s’est intéressé à offrir à Joussour (ponts) des concerts Live. D’où une série de tournées en cours actuellement, en France, aux Etats-Unis et en Egypte, le premier pays arabe à inviter Joussour, grâce au soutien de l’Institut français d’Egypte. En exclusivité, Joussour a choisi d’incruster, cette fois-ci, son concert d’un rythme indien, en présence de Rishab Prasanna de New Delhi que j’ai rencontré à Paris. Un musicien capable d’ensorceler son auditeur avec sa flûte bansouri.

— Comment est né le groupe Joussour ?

Joussour, qui signifie ponts, est tout d’abord une idée née en moi, il y a 15 ans. Et ce, lors de ma résidence à Paris, pays cosmopolite et à la suite de mes voyages permanents à la découverte de la musique du monde. D’ailleurs, c’est à Paris que Joussour a vu la lumière, en 2012, grâce au soutien de mon ami franco-syrien et compagnon de route, Samir Homsi, aux percussions orientales (daf, darbouka, riq). Ensemble, dans des tournées de studios et concerts parisiens, Homsi et moi avons noué de multiples rencontres fructueuses avec des jazzmen français de renommée mondiale. Des jazzmen à parcours musical doté de fusions sonores collectives, puisant dans de nombreux horizons musicaux: jazz, funk, world, etc. A savoir le pianiste Richard Turegano, le contrebassiste Marc Buronfosse, et le percussionniste Frédéric Chapperon. Ensemble, nous avons formé Joussour.

— Et quelles sont vos influences musicales ?

— J’ai vécu au Caire entre 2003 et 2005, pour faire des études à la maison du luth, à l’Opéra du Caire, sous la direction du luthiste iraqien Nassir Chamma. Disciple de Chamma, mais aussi de Abdou Dagher, de Ammar Al-Chéreï de qui j’ai beaucoup appris, je suis parvenu à trouver les ingrédients de mon style de jeu et technique personnelle. Un style qui penche pour l’émotionnel, fusionnant les genres avec justesse et sensibilité. De retour en Palestine, de 2005 à 2007, j’ai enseigné le luth au Conservatoire Edward Saïd. Et à partir de 2007, je suis parti à Paris pour un master en musicologie, sous le titre : L’effet de l’occidentalisation chez Abdel-Wahab. D’ailleurs, j’ai obtenu plusieurs distinctions: Prix Marcel Khalifé, en 2001, Meilleur interprète de luth en Palestine. J’étais sélectionné pour représenter la Palestine au Festival international du luth, en 2010, au Caire. De même, j’ai joué avec l’Ensemble Al-Adwar, avec Aïcha Radhouane, spécialisée en musique soufie et égyptienne, avec l’Ensemble de la Paix avec Soeur Marie-Keyrouz, religieuse maronite libanaise, spécialisée dans le chant religieux, essentiellement de tradition moyen-orientale. J’ai également mis en musique des poèmes de Mahmoud Darwich à Betléhem, en 2006.

— Votre art nous délivre une musique plurielle, servie d’une belle intensité ?

— En perpétuelle recherche de sons nouveaux, Joussour reflète toutes mes expériences et mes passions musicales. Les passions d’un jeune Palestinien inspiré par le répertoire traditionnel de sa région d’origine, la Palestine, qui essaye de le métisser à de nouvelles compositions, à la croisée des styles, des influences et des différentes écoles (levantine, égyptienne, turque, iraqienne, indienne, balkanique). Le tout se joue dans une fusion rythmique jazzy. Joussour réalise mon désir d’une musique ouverte, libre, où l’expression dramatique naît de l’écriture soignée, de la spontanéité, de l’imaginaire, et surtout de jeu improvisé, porte la vocation de créer des ponts à la musique universelle. Citoyen du monde, ma musique a toujours été mon passeport.

— En marge de votre tournée en Egypte, est-il vrai que Joussour a choisi de donner des Master Class pour tout passionné de musique alternative ?

— La musique alternative est à la tête de mes préoccupations. Joussour et ses membres, chacun dans sa spécialité, viennent de partager trois masters classes à l’IFE. Le premier sous ma direction, traite de l’art des taqsim (improvisations orientales). Le second, avec Rishab Prasanna, est sur la musique raga indienne. Et la troisième sur les différents genres de jazz, avec le trio français de Joussour. D’ailleurs, le plaisir de partager nos connaissances musicales et notre savoir-faire, c’est ce qui compte chez nous trois.

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