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Un symposium à l’image du pays

May Sélim, Lundi, 17 février 2014

Malgré l’instabilité politique et les problèmes sécuritaires, la 19e édition du Symposium de sculpture d’Assouan se tient jusqu’au 7 mars. Mais seuls 4 artistes étrangers et 5 Egyptiens y participent cette année.

Ibada
Ibada taille son hibou. (Photo:Bassam Al-Zoghby)

Un Hibou et un Témoin

Ils n’ont pas pu se détacher de l’actualité. Les trois sculpteurs égyptiens, Kamal Al-Fiqqi, Islam Ibada et Mohamad Sabri expriment, à travers leurs oeuvres, l’instabilité et l’inquiétude de l’Egypte post-révolutionnaire.

Au bout de trois semaines de travail, les sculptures, colossales, prennent forme. On remarque tout de suite une oeuvre figurative représentant un homme égyptien en djellaba. Il s’agit de la sculpture de Kamal Al-Fiqqi en granit rose. Celui-ci fait allusion à l’identité égyptienne authentique.

Il évoque en quelque sorte le paysan tout simple mais qui a du bon sens. « J’ai voulu revenir aux sources. L’idée de la sculpture est née sous le régime des Frères musulmans. J’étais en Allemagne pour participer à l’exposition internationale NordArt. A l’époque, le président Morsi visitait l’Allemagne. Son attitude et ses déclarations ont déclenché pas mal de blagues et anecdotes à l’époque. J’étais le seul Arabe présent à cette exposition et je me disais qu’il fallait focaliser de plus en plus sur notre héritage, pour refléter une image de nous-mêmes », explique Al-Fiqqi.

Contrairement à ses sculptures figuratives précédentes, Islam Ibada a choisi de sculpter un hibou abstrait, mêlant formes organiques et géométriques. « Le hibou est un oiseau qui est toujours en état d’attente et d’observation. Ce qui est le cas du peuple égyptien après la révolution », souligne l’artiste. Trois mois avant le symposium, Ibada s’est éloigné de son style préféré. Il avait le besoin de traduire l’état de tout un peuple, en attente. Son hibou s’installe sur une colonne en granit rose, jetant un regard sur l’avenir.

Par ailleurs, Le Témoin de Mohamad Sabri réunit la disposition assise des sculptures pharaoniques et le style contemporain. Toujours Sabri puise dans le patrimoine sculptural de l’Egypte ancienne et reprend les différentes postures des statues d’antan, avec une approche plus abstraite. Son « Témoin » est un homme assis sur un banc, miroitant une certaine force. Pourtant, le corps est marqué par des lignes, comme des cicatrices profondes. Il est le témoin de ce qui se passe en Egypte, tiraillé par les maux et les peines des siens. C’est aussi un témoin oculaire des événements terroristes qui envahissent le pays de temps en temps.

Un symposium à l’image du pays
Une ambiance gaie, avec les assistants. (Photo:Bassam Al-Zoghby)

La danse de Kalle

Sur le chantier, les deux sculpteurs hollandais, amis de longue date, Ton Kalle et Chris Peterson, sèment une ambiance gaie. Tous les deux travaillent en côte à côte avec leurs assistants. Sous les coups de marteau, le travail acquiert un rythme musical, incitant Kalle à créer sa propre danse. Les deux sculpteurs se penchent sur un même projet artistique qui sera exposé au musée en plein air du symposium.

Ils sont réunis pour la première fois, bien qu’ils se connaissent depuis belle lurette. D’habitude, Kalle s’inspire des éléments de la nature. Au cours de ses deux précédentes participations au Symposium d’Assouan en 1998 et 2005, il avait opté pour des formes simples et abstraites, essentiellement un croissant et une étoile. Ses deux oeuvres se dressent d’ailleurs jusqu’à présent au musée en plein air et ne cessent d’attirer l’attention des visiteurs, vu leur emplacement privilégié au sein de la nature vierge.

Peterson, quant à lui, a déjà participé à des projets artistiques avec des compositeurs, architectes et d’autres. Il jongle avec l’espace et envisage plutôt un travail architectural — souvent en plein air — lequel incite à la contemplation.

« Kalle m’a proposé de travailler à deux pour le Symposium d’Assouan. Cela m’a paru intéressant, car son approche diffère complètement de la mienne. Donc, il n’y aura pas de rivalité entre deux sculpteurs et artistes très obstinés », raconte Peterson.

Les deux sculpteurs évoquent alors le passage du jour à la nuit, le rapport entre le soleil et la lune, entre la vie et la mort. Il propose à travers un projet qui s’étend sur plus de 12 mètres, dans une petite vallée (au musée en plein air). Il résume en quelque sorte le périple de l’homme sur terre.

Ainsi, Peterson cadre l’espace déterminé par deux grands blocs de granit rose, symbolisant des portails. Il évoque le point de départ et le point d’arrivée grâce à des formes géométriques monumentales, tout en travaillant la surface de la pierre. Kalle taille, pour sa part, un bateau en granit noir, revêtant la forme d’une étoile. Celle-ci se dresse au beau milieu du projet, se situant à six mètres de part et d’autre de chaque portail. L’ensemble pousse à la contemplation.

Un symposium à l’image du pays
Apprivoiser la pierre. (Photo:Bassam Al-Zoghby)

Trio feminine


Trois jeunes filles diplômées de la faculté de pédagogie artistique s’aventurent sur le chantier. Elles participent uniquement à l’atelier tenu en marge du symposium du 15 février au 7 mars. Celui-ci vise à offrir une occasion aux jeunes, afin d’expérimenter le granit, en taillant une sculpture de 1 mètre. Alaä Yéhia, Iman Barakat et Rim Ossama sont issues de la même promotion 2011. Elles poursuivent des études supérieures en sculpture. « A la faculté de pédagogie artistique, on touche à plusieurs disciplines : peinture, sculpture, gravure. Mais on ne choisit de champ de spécialisation qu’en troisième cycle », explique Alaä Yéhia.

Aux yeux des trois jeunes filles, la sculpture est une discipline concrète, car le fruit du travail est toujours une sculpture en bonne et due forme.

Ces filles étant débutantes, le symposium d’Assouan a toujours constitué un rêve pour elles, un pas sur leur parcours. Sur ce, elles ont déposé au comité supérieur du symposium des maquettes en pierre artificielle.

Leur sculpture collective se base sur un jeu de lignes et de formes géométriques, avec des motifs répétitifs. Le trio opte pour une pure abstraction, misant sur les relations entre les formes et les surfaces. Elles sont venues à Assouan afin d’apprendre, enthousiasme et passion à l’appui .

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