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Les Turcs débarquent en Egypte

Yasser Moheb, Mardi, 16 octobre 2012

Al-Soultane al-fateh (conquête 1453) est le premier film historique turc projeté en Egypte. Relatant la conquête de Constantinople par le sultan Mohamad II, ce long métrage, le plus vu de l’histoire de la Turquie, soulève un débat houleux dans le monde arabe et en Europe.

Cinema
Malgré des recettes pour l'instant modestes Al-Soultane al-fateh a eu un écho favorable en Egypte.

Aprèsle grand succès réalisé par les séries turques sur les télévisions arabes, avec leurs célèbres héros : Mohannad, Nour ou Fatma, c’est au tour du cinéma turc de prendre la relève et de conquérir les salles égyptiennes avec des longs métrages à caractère religieux et historique.

Réunissant plus de 15 000 acteurs et figurants, Al-Soultane al-fateh (conquête 1453), produit et réalisé par Farouq Aksoy avec un budget de 17 millions de dollars, est le film le plus vu de toute l’histoire du cinéma turc, avec plus de 5 millions d’entrées.

Le film relate l’histoire du sultan Mohamad II qui, une fois monté sur le trône ottoman après la mort de son père, se trouve confronté à la prise de Constantinople.

L’œuvre de 160 minutes commence par un flash-back à Al-Madina Al-Monawara, où l’on voit quelques personnes, regardant la caméra, en train de parler au prophète Mohamad qui promet la bénédiction à celui qui accomplira la conquête de Constantinople. Un honneur qui reviendra au sultan ottoman Mohamad II.

Le film démarre donc de manière assez traditionnelle, en situant l’action dans le passé.Une recette attrayante, mais que très peu de cinéastes réussissent à présenter avec talent. Youssef Chahine à titre d’exemple en Egypte et son Saladin a réussi ce pari. Toutefois, dans Al-Soultane al-fateh, le résultat est en demi-teinte, et ce n’est pas une question de budget. En effet, le réalisateur prend le pari de faire passer un peu vite l’introduction de son film, pour se centraliser sur les scènes de genre, dans une atmosphère médiévale.

On doit quand même reconnaître au film une grande fidélité à l’art de la guerre médiévale, avec une certaine violence toute moyenâgeuse. Cependant, le film est — dans sa majorité — assez ennuyeux. La spécificité de certaines scènes ne nous fait pas oublier les stéréotypes qui finissent par dominer.

Malgré les énormes clichés, la seconde partie du film, celle des combats en vue de la conquête, est réussie, mais le film tombe rapidement dans le happy ending attendu dès le début. Histoire oblige.

Une histoire controversée

Sile film a été bien accueilli à sa sortie il y a quelques semaines par le public et la critique turcs, le cas est tout à fait différent hors de la Turquie. Plusieurs historiens spécialistes de Byzance ont annoncé leur refus complet du contenu du film et certains sont allés jusqu’à réclamer sa projection.

Pour eux, le contraste entre le sultan ottoman et l’empereur byzantin est très prononcé. Mohamad le Conquérant est dépeint comme un homme fort, croyant et fidèle, concentré à l’extrême sur sa victoire menée au nom de Dieu, tandis que l’empereur Constantin XI est arrogant, aimant la luxe et l’amusement.

Au Liban, certains groupes religieux ont trouvé que le film attaquait le christianisme. En Europe, le film a suscité des réactions très mitigées (refus en Allemagne, accueil tiède en France et un silence complet de la part du Vatican).

En Egypte, la situation est différente. Sortie dans les salles quelques semaines après la polémique suscitée par le film américain attaquant l’islam et le prophète Mohamad, l’œuvre a été bien accueillie par le public et les critiques pour son caractère islamique loin de son niveau artistique modeste et son style trop télévisé.

Malgré un revenu pour l’instant assez faible ne dépassant pas les 300 000 L.E. depuis sa sortie dans 6 salles de cinéma égyptiennes, Conquête 1453 a fait parler de lui.

« Il faut avouer que la date de la sortie du film en Egypte était très propice juste après la controverse sur le film américain anti-islam. Mais il ne faut ni juger le film par ses revenus, ni considérer ces revenus comme un indice d’échec ou de réussite du film turc en Egypte », lanceChérif Taher, responsable de l’une des salles de projection du Caire. Et d’ajouter : « La projection d’un tel film peut représenter le début d’une ouverture sur les autres cinémas du monde, et c’est ce que nous devons encourager et saluer ».

Bref, une première conquête turque des salles égyptiennes. L’espoir est désormais de voir d’autres films turcs plus artistiques et moins politiquement guidés.

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