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A l’honneur de la femme, et du beau cinéma

Yasser Moheb, Dimanche, 03 novembre 2013

Après avoir décroché le grand prix du 29e Festival du film d’Alexandrie, Ombline, le premier long métrage du Français Stéphane Cazes, vient d’être projeté à l’Institut français d’Egypte au Caire. Une bonne occasion de découvrir un film émouvant, à la technique simple mais magistrale.

29e Festival du film d’Alexandrie
La lutte d'une mère pour garder son fils.

De nombreux films peu­vent aider à réfléchir, mais rares sont ceux qui posent la question et y répondent. C’est le cas d’Ombline, le premier long métrage de Stéphane Cazes.

Récompensé plusieurs fois, notam­ment lors du Festival de Cannes, du Festival international du film franco­phone de Namur et finalement à Alexandrie, le film vient d’être pro­jeté dans les Instituts français d’Egypte.

Le film est basé essentiellement sur la prestation et le sentimental ; l’histoire raconte le cauchemar d’une femme. Emprisonnée après avoir violemment agressé un policier, Ombline se trouve du jour au lende­main plongée dans le monde carcéral pendant trois ans. Elle découvre qu’elle est enceinte et donne nais­sance à Lucas derrière les barreaux. Lorsqu’elle se rend compte que son fils lui sera retiré après 18 mois, la jeune femme décide de se battre pour prouver qu’elle est capable de s’oc­cuper de lui, à sa sortie de prison. Mais elle devra avant survivre à l’horreur de la prison, en évitant de commettre les mêmes erreurs que par le passé.

Pour la jeune mère, le nouveau-né représente donc à la fois un espoir et une peine, celle de l’élever dans sa cellule tout en sachant qu’elle devra certainement s’en séparer après ses dix-huit mois, comme la loi oblige.

Côté trame, on est face à un sujet difficile splendidement bien raconté et filmé. Se battre, résister pour son enfant, pour soi et pour exister. C’est une partition magistrale menée par Stéphane Cazes dans le scénario du film qu’il signe également avec des comédiennes mises en situation de façon parfois extrême et qui, par leurs forces, donnent à ce film toute sa crédibilité.

Ce drame profond, frôlant le docu­mentaire, propose un autre regard sur les femmes et l’incarcération. Un premier et admirable tremplin pour le jeune réalisateur, déjà plein d’ar­deur. Pour imaginer ce scénario, Cazes s’est inspiré de son expérience au contact de détenues, en tant que bénévole. Ce plongeon lui a permis de livrer dans ce premier long métrage une vision assez naturaliste de l’univers carcéral. D’ailleurs déli­bérément choisi par le réalisateur, ce prénom d’Ombline n’est pas quel­conque, puisqu’il signifie étymolo­giquement « la pierre précieuse » ; à travers quoi il vise à affirmer le caractère de la jeune femme qui change et évolue en maturité et en bonté, grâce à son fils.

A la manière de Noé, Ombline va devoir se construire une arche de courage pour protéger son fils Lucas du déluge.

Le scénario est parfaitement maî­trisé dans une écriture limpide et les personnages gravitant autour d’Om­bline sont très attachants, au point que le père de la protagoniste — le plus petit rôle de l’oeuvre — n’a pas même besoin de parler. Car toutes les émotions se présentent dans son regard égaré.

Paysage émouvant

Ne se contentant pas simplement d’aborder le thème difficile des maternités en prison, le réalisateur nous peint un paysage vrai et émou­vant. La réalisation est soignée, le montage percutant et la bande-son et montage sonore sont surprenants. Un mélange du vrai et du poétique, où tout tombe parfaitement juste et très bien réalisé : la beauté des images, l’originalité des cadrages, le mon­tage, la musique, le jeu des comé­diens, le scénario très bien construit. Jouant de la lumière et de son absence avec beaucoup de finesse et d’élé­gance, la caméra de Stéphane Cazes fait saillir la beauté qui jaillit de la relation entre la mère et l’enfant.

Tant de maîtrise alors pour un pre­mier film qui n’embellit pas la réalité des femmes en prison. Pas de super­flu, ce jeune réalisateur-auteur dose bien le conflit violence et douceur toujours omniprésent, nous offrant un beau film. Il fait honneur aux femmes, saisies dans un univers peu commun, celui d’une maternité en milieu carcéral. Certaines scènes sont rudes et d’autres mélodrama­tiques, le talent du réalisateur s’étale justement dans l’art de ne tomber ni dans le mélo pur et larmoyant, ni dans le piège de juger ou de peindre un tableau social à la Zola. Mais il n’évite pas parfois de tomber dans le cliché du monde de la prison.

Côté interprétation, il faut l’avouer : le film Ombline n’aurait pas la même envergure sans la puis­sance d’interprétation de Mélanie Thierry. D’une rare puissance émo­tionnelle, cette jeune comédienne se donne corps et âme à son rôle inten­sif et impressionnant. Elle offre à son personnage une véritable force. Et dévore l’écran avec sa luminescence et une certaine rage de vivre assez singulière.

Les seconds rôles ont aussi une belle place. Toutes les comédiennes sont au diapason d’une histoire assez touchante et sincère, avec entre autres une Corinne Masiero dans le rôle de codétenue assez rude et maté­rialiste.

Pour conclure, Ombline reste une grande réussite pour toute son équipe. Il incite à l’espoir et pousse la détermination à son paroxysme : « Fini le déluge, on va tout recons­truire », comme on dit dans l’arche de Noé.

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