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De l’émotion à chaque coup d’archet

Névine Lameï, Samedi, 18 novembre 2023

La jeune violoniste égypto-hongroise Amira Abouzahra s’est produite récemment à l’Opéra du Caire, accompagnée du prestigieux Orchestre symphonique de Tchaïkovski.

De l’émotion à chaque coup d’archet
Les deux soeurs Amira et Mariam ont joué ensemble à la fin du concert récemment donné au Caire.

Dans une ambiance féerique, Amira Abouzahra a expérimenté plein de premières fois. Elle a visité l’Egypte, le pays de son père, a joué dans la grande salle de l’Opéra égyptien, sous la baguette magique du maestro russe Denis Lotoev, accompagnée de l’orchestre symphonique de Tchaïkovski. La jeune violoniste égypto-hongroise de 18 ans, qui réside actuellement à Vienne, avait une allure angélique, vêtue d’une robe blanche cristalline, le 5 novembre dernier.

Elle a commencé par interpréter Musical Moments de l’Egyptien Ragueh Daoud, suivi de certains passages du Violon Concerto in D major, Op.35, de P.I. de Tchaïkovski. En dépit de son jeune âge, Amira Abouzahra excelle dans les mouvements, faisant preuve d’une grande maîtrise technique et d’une sensibilité hors pair, d’où sa sélection afin de collaborer avec l’Orchestre symphonique de Tchaïkovski, fondé en 1930. Tout d’abord, il a vu le jour sous le nom de l’Orchestre symphonique de la Radio de Moscou, puis après la dissolution de l’URSS, il a acquis son nom actuel en hommage au compositeur russe Piotr Ilitch Tchaïkovski. A l’Opéra du Caire, Amira Abouzahra a captivé les âmes avec chaque coup d’archet. « J’ai l’honneur de jouer en solo avec l’Orchestre symphonique de Tchaïkovski. Ses musiciens interprètent brillamment Tchaïkovski, sous la baguette de Denis Lotoev, son chef d’orchestre depuis 2009. Il a remplacé le grand maestro Vladimir Fedoseyev, qui est tombé malade à la dernière minute avant le concert. Personnellement, j’aime jouer Tchaïkovski, sa sensibilité exacerbée m’enchante. J’admire particulièrement le premier mouvement de son concerto pour violon en ré majeur et aux nombreux passages lyriques. Le lyrisme est l’une des caractéristiques de Tchaïkovski ; sa musique est très populaire en Egypte », indique Amira Abouzahra, qui a choisi de jouer au violon à un âge précoce.

Sur scène, elle ne fait qu’un avec son violon. Elle vit la musique qu’elle joue. Son timide sourire n’apparaît qu’à l’écoute des applaudissements chaleureux du public, une fois le mouvement achevé. Assurément, Amira Abouzahra a la capacité d’émouvoir, de captiver son âme, avec intelligence, expressivité, profondeur et virtuosité. « Violon Concerto in D major, Op.35 de Tchaïkovski, est l’un des plus célèbres et des plus appréciés de tout le répertoire de Tchaïkovski. Son thème principal, à la fois épique et romantique, est sans doute responsable de cette grande popularité », affirme Abouzahra, pour qui la musique de Tchaïkovski est identifiable à la seule écoute. Et ce, à cause de sa couleur orchestrale et son invention mélodique. Dans un va-et-vient incessant, et sur un rythme effréné, variant entre le haut et le bas, le léger et le lourd, l’assonant et le dissonant, le doux et le mélancolique, la violoniste fait preuve d’une grande créativité.

Une petite sorcière

Elle installe l’auditeur dans une ambiance qui ne tarde pas à s’intensifier progressivement jusqu’à atteindre un point culminant. La jeune violoniste se transforme en une autre personne sur scène. Elle s’empare de celle-ci telle une sorcière usant de son instrument pour envoûter le public. Elle peut être comparée aussi à un caméléon qui change de peau à chaque nouveau mouvement, parfois même sans pause jusqu’à la fin du morceau.

La joie succède aux sanglots, créant des moments enchanteurs de légèreté, de frisson et d’intensité. Disciple de la grande Dora Schwarzberg, elle suit des classes avec elle depuis 2019 à l’Université de musique et des arts du spectacle de Vienne.

Amira est également disciple des grands violonistes Alexander Gawrilenko, Gabor Homoki et Eszter Haffner. Ses professeurs s’aperçoivent jour après jour qu’elle possède l’oreille absolue. A l’âge de 4 ans, elle a commencé à jouer au violon en Allemagne, notamment à Berlin, où elle a résidé avec ses parents musiciens pendant des années, avant de se déplacer et vivre à présent à Vienne, la cité de la musique.


Amira Abouzahra se transforme en une sorcière sur scène.

Enfant prodige

Accompagnée au début de sa carrière par l’Orchestre Symphonique de l’Etat du Mexique, elle a fait ses preuves en tant que soliste à l’âge de 7 ans, interprétant Les Quatre Saisons-Le Printemps de Vivaldi, un concerto en 3 mouvements pour violon. « Jouer Vivaldi m’était quelque chose de ludique. Dans sa composition Les Quatre Saisons, nous pouvons entendre des chevaux qui galopent, des sons de vent et de tempête … Mon violon est vieux, il est de la famille Tononi, fabriqué à Bologne, en Italie, vers 1700. Ce magnifique violon est de très grande qualité, aussi bien au niveau de sa facture que de sa sonorité sublime », explique Amira Abouzahra.

En 2012, elle entame une carrière professionnelle et commence à se faire connaître à travers le monde. D’abord, elle donne des concerts dans 21 pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique, avec l’Orchestre Kremerata Batica, l’Orchestre philharmonique national hongrois, l’Orchestre de chambre Franz Liszt, l’ORF Radio-Symphonie Orchester, le Budapest Strings Chamber Orchestra, l’Oradea State Philharmonic Orchestra …

Elle se produit alors dans les plus prestigieux music-halls du monde, tels le Lincoln Center à New York, la Philharmonie de Berlin, le Palais des arts à Budapest. Et elle décroche de nombreux prix. Elle est lauréate du Prix Zoltán Kodály à isa Semmering (International Summer Academy) de l’Université de musique et des arts du spectacle de Vienne (2021 et 2022), du Concours international Arthur Grumiaux pour jeunes violonistes (Belgique, 2020), du Concours international de violon Ilona Fehér et de l’Orchestre de Chambre F. Liszt (Budapest, 2017), et du Concours Jugend musiziert (Allemagne 2013 et 2016) …

Le duo avec Placido Domingo

Sa mère, la pianiste hongroise Nóra Emődy, s’exprime sur le talent de sa fille en disant : « Elle a commencé à l’âge de 4 ans avec un instrument miniature et excellait dans les oeuvres exigeant une extrême sensibilité ». Avec son père, Ahmed Abouzahra, également un pianiste talentueux, ils ont tenu à développer la vocation innée de leur fille et à l’éduquer musicalement, l’accompagnant dans tous ses déplacements. « En 2019, l’éminent Placido Domingo a invité Amira à se produire avec lui à la Aarhus Concert House du Danemark », poursuit la mère.

La jeune musicienne a la grande chance d’être issue d’une famille artistique. Son grand-père paternel n’est d’ailleurs que le célèbre comédien Abdel-Rahman Abouzahra. Et sa soeur Mariam, âgée de 15 ans, joue aussi au violon. Les soeurs Abouzahra se produisent souvent en duo. Ensemble, elles ont remporté le grand prix du Concours international Arthur Grumiaux, pour jeunes violonistes de Bruxelles, en 2020. Par la suite, elles ont bénéficié d’une bourse accordée par la fondation Charlotte White, en 2022, et ont donné un concert au Merkin Hall, à New York.

A partir de cette date, les deux soeurs ont été propulsées sur le devant de la scène. Mariam a accompagné sa soeur aînée Amira à la fin du concert du 5 novembre dernier à l’Opéra du Caire. Elles ont joué en duo le Musical Moments de Ragueh Daoud. « Les sentiments et les rythmes mettent nos corps et nos sensations en mouvement. Prenons l’exemple de Bach, mon idole, il a su découvrir toutes les merveilles du monde musical pour les assimiler et en faire sortir un message tout neuf », conclut Amira Abouzahra, qui espère jouer bientôt des oeuvres de compositeurs arabes, notamment Aziz Al-Chawane et son concerto pour violon. Par ailleurs, elle se prépare à partir à Dubaï, vers la fin novembre, afin de jouer le concerto de Mozart pour violon, accompagnée de l’Emirates Youth Symphony Orchestra.

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