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Amir El-Masry : J’aimerais continuer à travailler avec les cinéastes indépendants en Grande-Bretagne

Hala El-Mawi , Vendredi, 21 juillet 2023

Après son succès dans In Camera de Khalid Naqqash, projeté en première au Festival de Karlovy Vary, le comédien égyptien Amir El-Masry revient sur son parcours dans le cinéma international.

Amir El-Masry

Al-Ahram Hebdo : Comment est venue cette rencontre avec le réalisateur Khalid Naqqash pour jouer dans In Camera ?

Amir El-Masry : J’ai joué dans le film Limbo de Ben Sharrock. J’ai une amie qui s’appelle Elana Olivia, c’est une réalisatrice ascendante et une amie de Naqqash. Elle a entendu parler de son projet et lui a parlé de Limbo. Et par la suite, nous nous sommes rencontrés. Il a aimé le rôle du réfugié Omar que j’ai présenté dans Limbo. Naqqash m’a dit que le personnage de Conrad dans In Camera devait être flamboyant et remplir tout l’espace où il se trouve, un peu comme le boxeur Mohamed Ali Clay.

Je trouvais que le film de Naqqash est plein d’enthousiasme. Le récit narratif était non traditionnel. Naqqash est un homme très bien organisé. Du coup, il m’a envoyé des références, des designs, des photos, toute une bible. On a commencé à discuter et à regarder des films de Jean-Paul Belmondo. Il m’a demandé d’adapter mon personnage à ce dernier qui est suave et effronté.

— Dans le film britannique Club Zero, vous avez travaillé avec la réalisatrice Jessica Hausner. Sur quels critères choisissez-vous les réalisateurs avec qui vous travaillez ?

— C’est une combinaison de plusieurs éléments. D’abord, je discute avec le manager des scénarios qu’on reçoit et on met l’accent sur les sujets qui peuvent parler aux spectateurs durant des années encore à venir. Mais je ne sens pas que je suis aujourd’hui au stade d’avoir un contrôle total sur ma carrière et d’être sélectif. Je suis ouvert à toutes les propositions.

— Quel est le rôle que vous n’accepteriez jamais de jouer ?

— Un rôle qui ne me paraît pas sincère ou véridique. Ce qui est bien dans In camera, ce sont les choses que moi-même et Nabhan Rizwan (comédien principal interprétant le rôle d’Aden) avons présentées sur la représentation sociopolitique de la génération actuelle au Moyen-Orient. Et comment elle est perçue dans un spectre plus large. Pour répondre à votre question, tout ce qui perpétue ou encourage un récit erroné sur cette génération est problématique pour moi, parce que quand on regarde un film, on croit, inconsciemment, ce que l’histoire nous raconte. Mon personnage, Conrad, essaye d’adopter les manières de quelqu’un qui ne lui ressemble pas, je veux dire vivre dans la peau d’un Anglais de souche alors qu’il ne l’est pas.

Amir El-Masry dans Limbo.

— Vous avez travaillé aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Egypte. Parlez-nous de votre expérience en Egypte ?

— Je viens de terminer une comédie romantique où je joue le rôle principal : Etgawezni (épouse-moi) qui a été bien reçue en Arabie saoudite et en Europe d’ailleurs. En Egypte, on a tous les moyens techniques pour faire des films. Les compagnies de production peuvent faire des projets à grande échelle et aussi à petite échelle. Je voudrais que les films indépendants aient une plateforme et une portée en Egypte. L’industrie est focalisée sur les recettes, ce qui plaît au public. C’est la solution facile. On fait des films qui ne nécessitent pas beaucoup de réflexion.

— Quelles sont vos aspirations pour l’avenir ?

— J’aimerais travailler avec Daoud Abdel- Sayed, Yousri Nasrallah, Mohamad Diab, Mohamad Chaker Khodeir. En Egypte, vous devez être d’abord une star, le profil d’abord, ensuite le talent. C’est tout le contraire de ce qui se passe en Grande- Bretagne ou en Europe. Naqqash n’a pas cherché de stars du box-office, mais des personnes qui ont du talent. Je veux des rôles qui m’effraient comme l’action, le musical, etc. J’aime les défis. D’ailleurs, j’ai fait dans Club Zero le rôle d’un coach de danse de ballet, un domaine qui m’était complètement obscur, mais je me suis entraîné au Royal Ballet pendant deux mois pour me préparer au film. J’aimerais continuer à travailler avec les cinéastes indépendants en Grande- Bretagne.

— Les choses sont en train de changer et on peut voir des acteurs méconnus du grand public en tête d’affiche. Qu’en pensez-vous ?

— Tout à fait. Avec les plateformes de streaming comme Netflix, Amazon et autres, on voit des acteurs qui ne sont pas des stars jouer dans des rôles principaux.

— Vous jouez dans différents accents anglais. Est-ce que vous pouvez également jouer dans différents accents égyptiens ?

— Avec le temps et la pratique c’est faisable. Dans Limbo, j’ai parlé dans un dialecte syrien, ce n’est pas venu naturellement, il a fallu s’entraîner. Je viens de terminer une série irlandaise où je devais maîtriser leur dialecte. J’aime bien explorer de nouveaux accents.

— Qui est votre acteur préféré qui représente un modèle pour vous ?

— La raison pour laquelle je me suis lancé dans cette carrière c’est Omar Sharif : ses films en noir et blanc en Egypte puis Doctor Zhivago, Funny Girl, Laurence of Arabia, etc. Il y a une histoire extraordinaire derrière. Un jour, mon père, en déplacement à Paris, m’a téléphoné pour mon 18e anniversaire et m’a dit que quelqu’un voudrait me parler. Je lui ai dit mais c’est qui ? Et la réponse m’a bouleversé. C’était Omar Sharif. Je n’en revenais pas et je ne trouvais pas mes mots. Il m’a dit : tu dois passer me voir un jour à Paris. Un jour, j’ai pris le train pour Paris et mon père m’a conduit jusqu’à Deauville. On est arrivé à l’hôtel et mon père a parlé au téléphone à Omar Sharif. Il est descendu aussitôt et en le voyant en vrai, mon coeur a failli s’arrêter de battre. On a parlé pendant deux heures environ et puis il m’a dit : « Dans la vie, pour réussir, on doit avoir de la chance, mais on doit aussi créer sa propre chance. Pourquoi n’irais-tu pas à la première de mon film Hassan et Morcos à ma place ? ». Et j’y suis allé. On m’a accueilli comme un roi parce que je représentais Omar Sharif. Mon siège était à côté de l’auteur et scénariste du film, Youssef Maati. On a parlé et je lui ai dit que je voulais travailler en Egypte et c’est à ce moment-là qu’il m’a proposé le rôle du jeune étudiant nonchalant dans Ramadan Mabrouk Aboul-Alamein Hammouda avec Mohamad Héneidi. Et ma carrière a été lancée en Egypte en 2008.

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