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Souad, une fiction sur la jeunesse des provinces

Névine Lameï, Lundi, 15 juin 2020

Le film égyptien Souad d’Ayten Amin a été sélectionné pour la 73e édition du Festival international de Cannes, dans la catégorie des « Nouveaux venus ». Cette année, le festival se contente du Marché du film qui se déroule en ligne du 22 au 26 juin.

Souad, une fiction sur la jeunesse des provinces
Affiche du film.

Le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, a annoncé, le 3 juin, en streaming direct de Paris, sur Canal +, la nomination du long métrage égyptien de fic­tion Souad, de l’Alexandrine Ayten Amin, à la sélection de la 73e édition de Cannes. Une première pour une réalisatrice égyptienne, qui participera avec un long métrage au presti­gieux festival. Souad sera donc le seul film représentant l’Egypte à cette édition, parmi 56 films sélectionnés du monde entier sur les 2067 oeuvres cinématographiques qui ont été visionnées.

« Souad de l’Egyptienne Ayten Amin est un film sur la jeunesse (…). Là, le cinéma permet de rentrer dans les maisons, de rentrer dans les façons de vivre des jeunes filles, en l’oc­currence de cette Souad (…). C’est un film tout à fait réussi », a précisé Thierry Frémaux, sur le site de Franceinfo.

Lauréat du prix Projects in Development, au Festival du film de Gouna en 2019, et du prix Hakka Distribution de la section Takmil, aux Journées cinématographiques de Carthage en 2019, Souad raconte l’histoire d’une fille de 19 ans, laquelle vit avec sa famille conserva­trice et sa jeune soeur de 12 ans, Rabab, dans une ville du Delta égyptien. Une série de petits incidents pousse Souad, menant une vie virtuelle, à se suicider. Le silence avale toute la famille. Rabab rejette toutes les explica­tions de la mort de Souad, et est déterminée à comprendre la véritable cause du désespoir de sa soeur. Rabab voyage à la recherche de réponses.

« Après la sélection officielle du film, la direction du Festival de Cannes nous a laissé choisir entre participer cette année, à la 73e édition qui va se dérouler en ligne, ou attendre la 74e édition en 2021 et défiler sur les marches de la Croisette. Nous avons choisi de participer cette année. Le Festival de Cannes est le rêve de tous les cinéastes. Peu importe le tapis rouge, ce qui m’intéresse plus c’est de voir Souad dans les cinémas du monde et dans toutes les salles d’Egypte, notamment celles des villes du Delta, où se déroulent essentiellement les événements. J’ai hâte que les gens regardent le film, pourquoi donc attendre? Le film m’a pris cinq ans de tra­vail, durant lesquels on a essayé de surmonter tant d’obstacles et de frustrations. On était tout le temps à la recherche de financement », précise la réalisatrice Ayten Amin qui a colla­boré à l’écriture du film avec le poète et scé­nariste Mahmoud Ezzat.

En fait, le scénario a bénéficié de l’aide de l’atelier Sud Ecriture, créé avec le soutien du Centre National du Cinéma (CNC) en France et l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), afin de donner un coup de pouce aux auteurs d’Afrique et du Moyen-Orient, qui sont à leur premier ou deuxième long métrage de fiction.

Il est coproduit par Sameh Awad (Vivid Reels), Dora Bouchoucha (Nomadis Images), Mohamed Hefzy (Film Clinic Indie Distribution, FCID) et Mark Lotfy (Fig Leaf Studios).

Ayten Amin tenait à tourner son film dans plusieurs villes du Delta, pour briser la centra­lisation et montrer du doigt les problèmes de marginalisation et d’exclusion dont souffrent les gens qui habitent en dehors de la capitale. « Souad a constitué pour moi une sorte de psychothérapie. Il m’a permis de me redécou­vrir et de découvrir la vie et tant de problèmes sociaux, notamment ceux des adolescents des provinces. J’ai exploré leurs sentiments intimes et leurs histoires parfois tragiques. C’est ce que Souad raconte des histoires de jeunes provinciaux, menant une vie secrète, très influencés par les réseaux sociaux. J’ai essayé de donner une image cinématogra­phique réaliste de leur vie, sans tenter de les juger, en abordant plein de détails qui les concernent », souligne Ayten Amin. Les pro­tagonistes, elle a été les chercher partout dans le Delta. Un casting réussi, avec Basma Ahmad dans le rôle de Souad et Basmala Al-Ghayech dans celui de Rabab. « Naturelles, sponta­nées, intelligentes, sensibles, intrépides … autant de qualités marquent les deux principales protagonistes du film les­quelles jouent pour la première fois », affirme Amin qui a étu­dié la critique de cinéma à l’Art lab de l’Université améri­caine du Caire, entre 2004 et 2006. Depuis, elle a tourné des oeuvres à succès comme le documentaire Tahrir 2011, la fiction Villa 69, en 2013, et le feuilleton Sabie Gar (jusqu’au septième voisin) en 2017.

Format inédit

Privée cette année de ses catégories et sec­tions habituelles (Compétition officielle, Un Certain Regard, Hors Compétition, Séances de minuit, Séances Spéciales), le festival a créé de nouvelles catégories: Les Fidèles, Premiers films, Les Nouveaux venus, etc. Souad fait justement partie de ces nouveaux venus. « Le Covid-19 a empêché les créateurs des films sélectionnés de concourir pour les prix du festival cette année. Néanmoins, Souad va avoir le privilège d’être partagé avec d’autres grands festivals cinématogra­phiques comme celui de Toronto, de Berlin, de New York, de Saint-Sébastien, de Montpellier … qui se sont alliés vu les cir­constances. C’est une forme inédite de coopé­ration. Le label cannois nous facilite d’être présents dans ces festivals, de se faire connaître des cinéphiles du monde entier et des grands professionnels du métier, produc­teurs, programmateurs, distributeurs, etc. On pourrait donc, pour décrocher des finance­ments, saisir des opportunités et accroître notre visibilité », souligne Ayten Amin.

Vers le mois de septembre 2020, Ayten pourrait éventuellement voyager avec son film au Festival international de Toronto ou celui de Berlin. Mais rien n’est définitivement décidé, car l’oeuvre nécessite encore un travail de colorisation. « Cela doit se faire en dehors de l’Egypte, on ira probablement à Beyrouth. Les aéroports sont encore fermés, alors nous attendons la fin de l’épidémie », conclut Ayten Amin.

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