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Des chants virtuels pour l’amour de Dieu

May Sélim, Mardi, 28 avril 2020

Les musiciens soufis et chanteurs de louanges préparent une suite de soirées en ligne afin d’échapper aux restrictions de la pandémie. Le mois du Ramadan a toujours constitué pour eux une haute saison qu’ils ne peuvent se permettre de rater.

Des chants virtuels pour l’amour de Dieu

Deux semaines avant le début du mois du Ramadan, et afin de célé­brer la nuit bénie de mi-Chaabane (le mois saint qui précède le Ramadan selon le calendrier de l’hégire), les affiches circulaient déjà sur les réseaux sociaux, annonçant une soirée spéciale animée par le célèbre chanteur Mohamad Sarwat, accompagné des stars du chant religieux, le cheikh Ihab Younès, Waël Al-Fachni et Moustapha Atef. La soirée musicale a été diffu­sée en direct sur YouTube. « J’étais invité par Mohamad Sarwat afin d’interpréter des chants soufis. Je pensais que c’était simplement un concert parmi d’autres, mais j’ai fini par décou­vrir que le concert était prévu dans la maison de Sarwat, en présence d’un groupe de musiciens professionnels, du cheikh Ihab Younès et du chanteur Moustapha Atef. On s’est produit ensemble sans répéter », raconte le chanteur Waël Al-Fachni, qui s’est fait remarquer il y a quelques années grâce aux concerts de Saqiet Al-Sawi.

La soirée improvisée par Sarwat s’est tenue donc dans le jardin de sa maison, en plein air, sur des planches construites spécialement pour accueillir les quatre chanteurs. Les projecteurs et équipements de son étaient placés par-ci, par-là, alors que les musiciens présents respectaient les distances de sécurité.

Diffusée en ligne, cette soirée musicale ciblait les fans du genre, notamment ceux de la jeune génération. Elle est toujours disponible sur YouTube, et la vidéo a été visionnée par 1 mil­lion de personnes. « Les commentaires étaient superbes, Dieu merci. Plusieurs gens ont appré­cié l’expérience et certains se sont même inter­rogés si l’on a prévu d’autres concerts du genre. C’était une belle occasion pour les jeunes, épris des chansons électro-populaires à la mode (Mahraganat), de découvrir quelque chose d’autre, toujours sur la toile comme ils en ont l’habitude. C’est quand même un genre différent au niveau des paroles et des compositions », estime Al-Fachni. Et d’ajouter: « Les réseaux sociaux et les moyens de diffusion en ligne exis­taient bien avant la crise du coronavirus. Ce n’est pas nouveau, mais aujourd’hui, c’est deve­nu une nécessité afin d’entrer en contact avec les fans du chant religieux et d’introduire ce genre à un public beaucoup plus large et diversifié ».

Al-Fachni compte refaire la même expérience, mais se rend compte que ce genre de concert virtuel exige, sur le plan technique, une compa­gnie de gestion spécialiste des réseaux sociaux, des techniciens de son et d’éclairage ainsi que des spécialistes de la diffusion en ligne. « Tout seul, je pourrai poster une chanson que j’inter­prète en solo chez moi ou accompagné d’un ami musicien, pas plus », indique-t-il.

Le chef du syndicat des Chanteurs religieux en Egypte, Mahmoud Al-Tohami, fils d’un maître incontesté du genre, Yassine Al-Tohami, est très à la page, et l’était avant même que la crise du coronavirus ne commence. Il a toujours eu une chaîne sur YouTube sur laquelle il diffuse des vidéos de ses concerts live. Quelques jours avant le Ramadan, il a invité la jeune troupe Al-Hadra, fondée par Nour Nagueh Ali, afin de se produire ensemble, en ligne, offrant une séance adaptée de zikr.

Pendant celle-ci, les musiciens et les chanteurs étaient assis sur des chaises, distanciés les uns des autres. Tout le monde chantait l’amour de Dieu et du prophète Mohamad. Un deuxième concert a eu lieu, en collaboration avec le chan­teur de louanges Ali Al-Helbawi. A l’occasion du Ramadan, Al-Tohami junior a prévu plusieurs soirées de chant religieux en ligne, qu’il annon­cera au fur et à mesure sur sa page Facebook et sa chaîne YouTube.

Le charme du live

« Chanter l’amour de Dieu en ligne est devenu presque le devoir de tout artiste en ces temps difficiles », précise Youssef Emara, chanteur soufi et fondateur de la troupe Mawlay (mon seigneur). « Pourtant, Mawlay ne peut pas tenir un concert en ligne, car ses membres provien­nent de villes différentes; ils sont du Caire, d’Alexandrie, de Damanhour… C’est difficile de les réunir ces jours-ci. Je profite du confine­ment afin de réorganiser les archives vidéo des concerts de la troupe. Je fignole également le montage de ces vidéos avant de les poster sur Facebook. J’essaye de rappeler nos anciennes chansons à l’audience d’Internet », souligne Emara.

En outre, Intissar Abdel-Fattah, fondateur de la troupe de chant soufi Samaa et de la troupe Ressalet Salam (qui regroupe essen­tiellement trois groupes de chant spirituel : Samaa, la Chorale copte et la troupe indoné­sienne du chant soufi), poste sur les pages Facebook de ces deux troupes quelques séquences vidéo rappelant leurs anciens concerts. Des moments de joie et de sérénité qu’il juge difficiles à atteindre à travers les concerts virtuels. Du coup, il rejette entière­ment l’idée des concerts en ligne, avançant que son objectif spirituel repose essentielle­ment sur le contact direct avec le public. « Les concerts en ligne ne peuvent pas remplacer ceux du site historique du dôme d’Al-Ghouri, dans le Vieux Caire fatimide. Les voix des chanteurs touchaient les coeurs et les gens sur place entraient dans un état de transe. L’ambiance spirituelle des lieux, le cadre même, ne peuvent être transposés sur la toile. Durant nos concerts, on s’intéresse à l’homme, à son âme. Je souhaite qu’on puisse surmonter la crise du coronavirus et tenir le Festival international de Samaa pour le chant soufi en septembre prochain, comme chaque année », conclut-il sur un ton optimiste.

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