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Le hip-hop égyptien : Une identité qui se construit

Lamiaa Al-Sadaty, Mardi, 11 février 2020

Salmonella, Mami Cossa, Ayez Foloussi … ces trois chansons hip-hop font un tabac sur la toile. Ce genre musical intégré dans notre quotidien est à l’image de la société, avec des messages qui ne laissent pas indifférent.

Le hip-hop égyptien : Une identité qui se construit
Ayez Foloussi (je veux mon argent).

C’est évident : le hip-hop a de nouveau le vent en poupe. D’ailleurs, la 61e édition des Grammy Awards, tenue en février 2019, a été marquée par la reconnaissance du hip-hop, un genre pas si habituel pour les Grammys. This is America, de Childish Gambino, a remporté les prix de « chanson » et d’« enregistrement de l’année ». C’est la première fois en 60 ans que cette récompense célébrant l’écriture revient à un morceau de hip-hop, un genre musical où l’écriture est justement primordiale.

La chanson This is America dénonce la violence aux Etats-Unis, notamment celle des armes à feu. Son clip, aussi original que choquant, a été l’un des plus vus en 2018. La culture hip-hop, qui s’est développée en tant que mouvement culturel et artistique aux Etats-Unis, à New York, dans le South Bronx, au début des années 1970, et qui est originaire des ghettos noirs et latinos de New York, s’est rapidement répandue dans l’ensemble du pays, puis a gagné le monde entier, à tel point de devenir une culture urbaine importante, englobant à la fois le rap, la danse et le graffiti.

En Egypte, le Nouvel an 2020 a été marqué par la sortie de 3 vidéoclips qui ne sont pas passés inaperçus. Le premier est Salmonella (salmonelle). La chanson raconte l’histoire d’un type qui, attiré par une fille qu’il a rencontrée dans un café, décide de lui courir après et de l’obliger à être sa petite amie. Ce dernier affirme qu’au cas où elle refuserait, elle devrait en supporter les conséquences. La vidéo, vue par plus de deux millions d’internautes, a surtout provoqué des réactions d’indignation sur les réseaux sociaux. Et ce, avant de faire l’objet d’une condamnation générale et d’une plainte déposée par le Conseil national de la femme auprès de Google à cause des paroles qui « encouragent le harcèlement ». « Dans mon clip, le choc était voulu. Je critique tout jeune homme amoureux qui, n’acceptant pas d’être refusé, se transforme en mec agressif qui n’hésite pas à faire du mal à sa bien-aimée. Ce n’est pas du tout une chanson contre la femme, au contraire », explique Tameem Younes, chanteur, compositeur et parolier. L’image reflète bien la transformation de l’état d’âme du jeune homme : au début, il a l’air romantique en portant sa guitare, puis une fois que la fille dit « non », l’éclairage change. Une lumière rouge envahit son visage et il se transforme en vampire, avec une bouche couverte de sang et une voix rauque.

Mami Cossa (tout se passe par un coup de piston) a été vu plus de 500 000 fois sur Youtube quelques heures après sa sortie. Dénonçant la société matérialiste de nos jours, la chanson a été écrite par Islam Kanaka et Menna Adly (paroliers qui font surtout des chansons électro-populaires, dites Mahraganat), composée par Ahmad Saad, Kanaka et Khaled Essameddine et arrangée par Hassan El Shafei. Elle n’a pas connu le même succès que Salmonella. D’abord à cause d’un manque de conciliation entre langage, musique et image : le langage réfère à un registre plutôt populaire, alors que la musique est une fusion entre plusieurs tendances latine, arabe et rap. Quant à l’image, elle nous emmène dans une ambiance à l’américaine où les interprètes chantent dans un bar.

Tous les clichés y sont présents : le gros type entouré de filles et qui distribue de l’argent à la pelle, la jeune fille qui cherche à séduire, le vieux serveur de café qui sert à peine la clientèle, etc. En outre, El Shafei a été accusé d’avoir copié la chanson intitulée I Like it de Cardi B, Bad Bunny et J. Balvin au niveau de la mélodie, l’harmonie et les rythmes. La chanson tombe ainsi dans le flou et devient de la pure imitation.

Un mouvement partagé

Le hip-hop égyptien : Une identité qui se construit
Mami Cossa (tout se passe par un coup de piston).

Ayez Foloussi (je veux mon argent/salaire), écrite et chantée par Chadi Alfons, continue à gagner des auditeurs. Visuellement, le chanteur ainsi que les artistes qui l’accompagnent donnent une image cool et dure à la fois. Au rythme cadencé, le chant saccadé, parfois parlé ou crié, véhicule une forte identité ainsi que des revendications sociales. Il s’agit d’un employé qui demande son salaire et explique tout le long du clip sa souffrance quotidienne. Du coup, il exprime son désir de se venger de ceux qui ont bafoué son droit. Bien que la musique semble moins travaillée dans cette chanson, le contenu semble plus captivant et touche davantage les auditeurs.

Les rappeurs égyptiens ont créé de nouveaux morceaux en rapport avec les événements survenus. Ils se sont servis de leur talent et ils ont exprimé leur vision sur certains sujets qui leur plaisent ou déplaisent. A travers leurs chansons, ils essaient de faire passer des messages et, parfois même, une certaine réflexion. Le mouvement hip-hop égyptien semble être scindé en deux catégories. D’un côté, une catégorie prise sous l’influence des gros médias occidentaux à travers un rap « racaille » et, d’un autre, les vrais passionnés qui connaissent l’état d’esprit du hip-hop, avec une véritable identité et une vraie vision artistique.

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