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Khaled Hafez : Je ne me considère pas comme un peintre, mais plutôt comme un cinéaste

Névine Lameï, Dimanche, 28 avril 2019

Khaled Hafez, plasticien, critique d’art et professeur de culture visuelle à l’Université américaine du Caire et de marketing à l’Université Misr International.

Khaled Hafez
Hafez n'avait pas exposé en Egypte depuis 2012. (Photo:Amir Abdel-Zaher)

Al-Ahram Hebdo : Votre dernière exposition en Egypte date de 2012, pourquoi ce délai ?

Khaled Hafez: Pendant ce temps, j’exposais à l’étranger, ce qui me convient parfaitement. J’ai exposé en solo à la galerie Ayyam à Dubaï, en 2017, et en mars 2018 à Berlin. J’aime également partici­per aux plus grandes biennales d’art contemporain, comme le TRIO de Rio de Janeiro (2015), de Venise (2013-2015), de la cathédrale de Mdina (Malte 2015), de FotoFest (Houston 2014), de La Havane (2012). J’ai arrêté d’exposer depuis 2012 en Egypte. Ceci ne veut pas dire que je n’aime pas exposer dans mon pays natal. Mais malheureuse­ment, au lendemain de la Révolution du 25 Janvier 2011, le marché local d’arts plastiques était dans un état lamentable. Par ailleurs, je ne trouvais pas, en Egypte, la place adéquate pour serrer mes oeuvres murales, de très grand format, qui demandent de grands espaces, que même les galeries privées ne possèdent pas.

Enfin, la galerie Ofoq I (annexée au Musée Mahmoud Khalil) m’a proposé de tenir une exposi­tion. Elle est assez spacieuse et dépend du ministère égyptien de la Culture. Une telle exposition muséale, j’en ai tant rêvé. A mon âge, 56 ans, je pense que j’ai le droit d’être soutenu par l’Etat, c’est-à-dire me fournir l’espace pour exposer, mais aussi imprimer un catalogue, qui normalement coûte assez cher. Je suis un artiste de la génération des années 1990, un peu rebelle. Cette génération n’était guère soucieuse de participer à des manifes­tations, non par crainte, mais par conviction que l’on ne va rien changer réellement. C’était autrefois assez déçu par l’événement artistique annuel, le Salon des jeunes, qui était censé soutenir les jeunes artistes talentueux. Je trouvais que l’on y pratiquait toutes sortes de favoritisme, de népotisme et de bureaucratie. Devenu moi-même commissaire du salon, entre 2011 et 2014, j’ai voulu radier tout soupçon de corruption et améliorer le système administratif. Je pense y avoir réussi.

— L’identité est-elle un thème récurrent dans votre oeuvre ?

— Je suis égyptien, fier de l’être, fier de l’his­toire de l’Egypte à travers les siècles. J’ai grandi dans une société qui a été remodelée, en fonction des changements continus, intervenus depuis le milieu des années 1970. Au cours de ce processus de changement, la société égyptienne a perdu une partie de son caractère oriental, mais en même temps, elle a acquis d’autres traits, à cause de la mondialisation et du consumérisme, les deux prin­cipaux facteurs qui ont façonné nos modes de pensée et de comportement actuels. Dans mon travail, j’ai attaqué des thèmes comme le sacré et le commercial, au sein de la société de consomma­tion. Mes installations vidéo reflètent le stress quotidien, sans traiter ouvertement les questions religieuses, les événements politiques, les pro­blèmes socioéconomiques, ou les affrontements militaires. Ceux-ci sont représentés dans mon oeuvre par des guerriers ou des hommes puissants qui avancent, en faisant la queue. J’aime traiter avec humour les comportements des consomma­teurs, le leadership politique, la démocratie, le fondamentalisme et l’identité.

— Après l’obtention, en 1987, de votre diplôme en médecine, qu’est-ce qui vous a incité à arrêter d’exercer en 1992, et à vous tourner vers les arts plastiques ?

— J’ai trouvé refuge en l’art. Il m’a permis de m’émanciper et de m’exprimer avec audace et liberté. L’art me permet également de m’ouvrir à d’autres cultures, de découvrir le monde, notam­ment l’Occident, et de combler ma curiosité. La lecture et le cinéma m’ont incité à mieux cerner le monde étranger.

Mon travail juxtapose sans cesse des images de l’Occident et de l’Orient, de l’Est et de l’Ouest, deux mondes qui s’alternent sur une même toile. Mes études dans le domaine des médias nouveaux et de l’art numérique, à l’Institut Transart, à New York, puis à l’Université Danube à Krems, en Autriche, m’ont beaucoup servi. J’aime raconter des histoires en peinture ou en vidéo, travailler à l’aide de photos séquentielles, pour créer des images animées. J’aime le cinéma et les images qui bougent, comme j’aime expérimenter avec la matière. Je ne me considère pas comme un peintre, mais plutôt comme un cinéaste l

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