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Nouveau règlement pour les festivals

Sayed Mahmoud, Mardi, 31 juillet 2018

Un décret gouvernemental, en vertu duquel aucun festival ou manifestation culturelle ne peut avoir lieu sans autorisation préalable du ministère de la Culture, soulève un vif débat.

Nouveau règlement pour les festivals
Al-Fan Midan, une manifestation interdite sans préavis. (Photo: Bassam Al-Zoghby)

En principe, le décret ministériel numéro 1238 pour l’année 2018, émis par le premier ministre, vise à mettre de l’ordre dans l’organisation des festivals et autres manifestations culturelles. En vertu de ce décret, aucun festival ni manifestation culturelle ne peut avoir lieu sans autorisation préalable du ministère. « Un comité permanent sera formé, regroupant des experts, des dirigeants syndicaux et des représentants des ministères du Tourisme, de l’Aviation civile, des Antiquités, de la Jeunesse et du Sport, du Développement local, des Finances, de l’Intérieur et des Affaires étrangères. Ce comité doit faciliter les procédures liées à l’organisation des festivals et garantir la transparence et l’honnêteté », a déclaré Inès Abdel-Dayem, ministre de la Culture. Selon le ministère de la Culture, l’objectif est de « promouvoir la créativité et d’encourager les échanges entre l’Egypte et le reste du monde ».

La ministre a justifié ce décret en expliquant que l’Etat a un regard plus général sur le calendrier des festivals et il peut mieux coordonner ces événements.

Ainsi, ce comité sera chargé de dresser un calendrier annuel, d’assurer la coordination entre les diverses parties, d’évaluer l’intérêt et la portée de ces manifestations et de soumettre des recommandations à même d’établir la « justice culturelle ». C’est-à-dire que les différents gouvernorats d’Egypte doivent avoir une part du gâteau et que les festivals qui ont le même objectif ou qui sont répétitifs seront éliminés. De même, le soutien financier et logistique qui était fourni par l’Etat à certains de ces festivals sera réexaminé. Et les parties non gouvernementales qui désirent organiser un festival ou une manifestation culturelle doivent se conformer au décret, même si elles sont basées à l’étranger. Quant aux ONG de la société civile égyptienne, elles doivent avoir des activités concrètes sur le terrain, dans le domaine de spécialisation du festival qu’elles souhaitent organiser.

Tollé sur la scène culturelle

Tous ces critères ont suscité un vif tollé sur la scène culturelle. Plusieurs observateurs considèrent que cette décision laisse la porte ouverte à l’intervention de l’Etat, accentue la bureaucratie et entrave la tenue de certains événements, notamment ceux qui relèvent de la société civile comme l’initiative Al-Fan Midan (l’art sur la place) qui était organisée par des activistes tous les mois dans la rue entre 2011 et 2014, et qui a été supprimée, sans explication claire, alors qu’elle avait le soutien de deux anciens ministres de la Culture : Emad Abou-Ghazi et Chaker Abdel-Latif.

Pour certains activistes dans le domaine de la culture et directeurs de festivals, le décret complique les choses et ne prend aucunement en considération la nature du travail des troupes indépendantes. Il exige, par exemple, que les parties non gouvernementales qui demandent d’organiser un festival soient inscrites en tant que sociétés égyptiennes, dotées d’un capital d’au moins 500 000 L.E. « Exiger que l’organisateur d’un festival soit une société ou une ONG est en contradiction avec la loi sur les oeuvres artistiques, qui donne la liberté à qui le souhaite de demander une autorisation, tant qu’il s’agit d’un événement conforme à la loi », explique l’avocat Mahmoud Osman, de la fondation Liberté d’expression et d’opinion. Il ajoute également que la décision en question est non constitutionnelle, car elle s’oppose à l’article 67 de la Constitution, garantissant la liberté de création artistique et littéraire.

Par ailleurs, cette décision a été prise à l’écart des professionnels de la culture. Face à la vive réaction sur les réseaux sociaux, la ministre de la Culture a publié un communiqué de presse dans lequel elle défend le décret. « Le décret concerne les festivals soutenus financièrement ou logistiquement par le ministère de la Culture ou ceux qui visent à sauvegarder l’identité égyptienne ». Et d’ajouter que le décret « vise à établir une carte claire des festivals parrainés ou soutenus par l’Etat ». Mais le communiqué de presse n’évoque pas certains points équivoques comme ceux, par exemple, qui donnent aux autorités le droit d’intervenir pendant le déroulement d’un événement en cours.

Essayer de réguler le chaos des festivals qui s’est répandu ces dernières années et mettre un terme à la corruption qui sévit est tout à fait légitime. Cependant, il ne faut pas parvenir à un état de paralysie totale et entraver l’action des opérateurs culturels. Partout dans le monde, les festivals sont parrainés par les Etats, mais l’essentiel du financement émane de fonds versés provenant des sponsors et des recettes.

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