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Une édition riche en couleurs

May Sélim , Mardi, 24 juillet 2018

La 11e édition du Festival national du théâtre égyptien se déroule du 19 juillet au 2 août. Al-Ahram Hebdo propose une sélection des meilleures créations. A ne pas rater.

Une édition riche en couleurs

La 11e édition du Festival national du théâtre vient d’être lancée. Pendant deux semaines, le festival propose au public 37 pièces données gratuitement sur les différentes planches gouvernementales du pays. En fait, les pièces sélectionnées sont en compétition, afin de décrocher 19 prix différents. Al-Ahram Hebdo vous aide à faire votre choix parmi les pièces qui ont marqué la saison théâtrale 2017- 2018 pour leur adaptation contemporaine, leur approche visuelle intéressante et le jeu dynamique des comédiens.

La famille éternelle

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U Turn.

Adoptant un ton comique et sarcastique, le metteur en scène Al-Saïd Mansi donne, les 26 et 27 juillet dans la salle Salah Jahine à 22h30, la pièce U Turn, produite par le théâtre Al-Taliaa (l’avant-garde). Il s’agit d’une adaptation effectuée par Sameh Osman, d’après le texte de Thornton Wilder, The Skin of Our Theeth. Le spectacle mise sur le jeu comique et absurde, pour retracer l’histoire d’une famille « éternelle » qui vit sur terre depuis toujours. Le texte de Wilder, qui a été écrit dans les années 1940, dénonce ouvertement la Deuxième Guerre mondiale. Cependant, la version présentée par Mansi ne se situe pas en temps de guerre. Elle dénonce plutôt tout acte inhumain quelle que soit l’époque. Les membres de cette famille unique en son genre, vivant seule en ville, ont des relations et des rapports compliqués entre eux. Devant le public, les comédiens en noir et blanc jouent derrière un barrage composé de fils blancs, faisant office d’une toile d’araignée. Ce sont des prisonniers de l’univers, semant partout quiproquos et confusion.

En absence de toute trace humaine en dehors de cette famille, tout est permis et justifié, afin que ses membres se protègent du froid lequel envahit la ville. Des scènes rapides, plutôt des sketchs, se succèdent, condamnant le mal, la colère, l’égoïsme et la cupidité.

Voyageur de nuit

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Mossafer Leil (voyageur de nuit). (Photo:Bassam Al-Zoghby)

Le 31 juillet et le 1er août à 20h, le public du festival est invité à prendre le train, à la nouvelle gare construite au terrain de l’Opéra devant le centre Hanaguer. Et ce, pour effectuer le trajet fictif, nous emmenant dans le monde de la pièce Voyageur de nuit, mise en scène par Mahmoud Fouad Sedqi, d’après le texte absurde du poète égyptien Salah Abdel-Sabour. Ecrite en 1969, la comédie noire de Abdel-Sabour a misé sur l’abstraction des personnages et de la notion du temps. Elle aborde le rapport gouvernant-gouverné, à travers une suite de dialogues irréels. Sur scène, des personnages anodins, sans grande importance, se rencontrent dans un train, sans destination précise. Il s’agit d’un narrateur, d’un Monsieur tout le monde et d’un contrôleur de billets. Ce dernier, au fur et à mesure, prend le rôle de l’enquêteur, du chef porteur, d’Alexandre Le Grand, d’un juge, d’un dictateur, etc. Face à lui, le voyageur rêveur (Monsieur tout le monde) ne fait qu’obéir aveuglément aux ordres, comme un chien dressé. Le contrôleur l’accuse d’avoir tué Dieu et d’avoir volé sa carte d’identité et le voyageur résigné ne peut se défendre. Le train dans lequel se déroule toute la pièce a été spécialement construit devant les locaux du centre Hanaguer. Le metteur en scène a placé les rangs du public de part et d’autre des acteurs, de façon à impliquer les spectateurs dans le jeu. La scénographie est riche en détails. Les trois acteurs et les spectateurs partagent un même sort, ayant tous pris le train vers une destination inconnue. Une aventure à partager absolument.

Vent du sud

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Al-Saména Massaän (8h du soir). (Photo:Bassam Al-Zoghby)

Al-Saména Massaän (8h du soir) semble être l’heure déterminante. C’est le début de tout : l’attente, la vengeance, la mort. C’est l’heure fatale choisie par la dramaturge Yasmine Farag et le metteur en scène Hicham Ali afin de déclencher leurs événements. Le spectacle est produit par le théâtre d’Al-Ghad et se donne le 31 juillet et le 1er août à 18h dans la salle du théâtre Al-Ghad à Agouza. Le spectacle transmet le mode de vie stricte et ferme de la Haute-Egypte. Un homme d’affaires paralysé attend la mort sur son fauteuil roulant. Il attend l’heure fatidique et croit ardemment qu’il va soupir à 20h ; son destin est tout tracé. A l’aide d’un jeu de narration poétique, le metteur en scène invite le public à partager les contes nostalgiques d’autrefois.

Tout au long du spectacle, la vie de cet homme paralysé est évoquée, selon le point de vue des autres personnages. Il est tantôt le mari qui a trahi sa femme et a épousé une autre femme, le criminel qui a tué par erreur le père d’une famille villageoise, le tyran qui contrôle tout avec une main de fer, etc. Bref, tout le monde cherche à se venger de lui. Pourtant, on découvre plus tard qu’il a un aspect généreux et bienfaisant. Il est tiraillé entre l’image du tyran et sa vérité cachée. L’excellent jeu des comédiens est à capter le souffle ; le spectacle est bien chargé d’illusions, d’émotions et de désirs. En Haute-Egypte, les mystères et les histoires de vengeance vont bon train. Ils font partie intégrante de la société du sud.

Un Hamlet folklorique

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Al-Sira Al-Holamiya (la geste aux traits indéfinis). (Photo:Bassam Al-Zoghby)

Les saveurs de la Haute-Egypte et le folklore inspirent le spectacle musical du metteur en scène Mohamad Al-Saghir, Al-Sira Al-Holamiya (la geste aux traits indéfinis). Sarcastique, il est produit par le théâtre Al-Taliaa et se donne les 25 et 26 juillet à 22h, au théâtre national à Ataba. Al-Saghir fait baigner l’oeuvre tragique de Shakespeare, Hamlet, dans le comique, en puisant dans la tradition orale arabe et la commedia dell’arte. Dès le départ, il rompt avec l’ambiance tragique du texte original et ridiculise tous les détails. Le metteur en scène crée un monde fantaisiste et caricatural, le pousse jusqu’à l’exagération, en ayant recours à la commedia dell’arte, au chant et à la musique. Harras est le niais du village qui agit comme des enfants. Il rencontre le spectre de son père, l’ex-maire du village. Ce dernier, tourmenté d’avoir été tué par son propre frère et son épouse, incite son fils à le venger.

Puisant dans le folklore de la Haute-Egypte et la tradition orale de la geste hilalienne, la pièce débute par un mawwal (sorte de chant plaintif) interprété par un choeur et un orchestre, en djellaba. Les membres du choeur et de l’orchestre jouent, chantent et contemplent les événements, en suçant des bâtonnets de canne à sucre. Al-Saghir fait rire son public jusqu’au bout.

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