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Confidences à huis clos

May Sélim, Lundi, 16 juillet 2018

Dans la pièce de théâtre Al-Ghoraf Al-Saghira (les petites chambres), donnée par la troupe Al-Warcha dans ses locaux au centre-ville du Caire, le metteur en scène Hassan Al-Gretly monte un texte dramatique subtil, signé par le dramaturge syrien Waël Kaddour.

Confidences à huis clos
Séance de confidences entre les personnages. (Photo : Bassam Al-Zoghby)

Une sorte d’antichambre avec deux fauteuils et une table, à peine assez pour une causerie à huis clos entre amis. Un petit espace, propre aux confidences et à l’échange de secrets. Deux personnes se livrent pour se débarrasser de tous les lourds fardeaux pesant sur leurs épaules. S’agit-il d’un soulagement? Ou d’une lamentation? Ici, dans la pièce Al-Ghoraf Al-Saghira (les petites chambres), donnée par la troupe de théâtre Al-Warcha d’après le texte éponyme du Syrien Waël Kaddour, Séba et Ammar racontent leurs petites histoires, s’interrogent sur leurs choix de vie et remettent tout en question.

Le dramaturge syrien, réfugié politique en France, a écrit le texte en 2013. Il a placé ses personnages à Damas et évoque les rapports sociaux entre l’homme et la femme dans une société encore conservatrice et accablante. A travers ces deux personnages principaux et deux autres secondaires, il traduit l’image d’une société arabe qui se proclame libre, mais qui en réalité se nourrit de clichés sur la chasteté, l’honneur et le sacrifice.

Séba est une jeune fille emprisonnée pendant longtemps dans sa maison pour soigner son père, dans le coma. Ammar, le médecin qui rendait visite régulièrement au père malade, est devenu son ami et confident. Pendant leurs causeries, les deux se confient leurs secrets et parlent des rapports avec leurs partenaires. Souffrant de solitude, de répression et d’un manque d’amour, Séba s’aventure dans une relation amoureuse et audacieuse avec Saad, l’épicier du coin. Le médecin, pour sa part, met en question la fidélité de sa femme Hanane. Les deux amis semblent se protéger l’un l’autre, cachent leurs désirs et s’aiment inconsciemment. Chacun d’eux est à la recherche de son salut, agit et se comporte en fonction de ce qu’il croit être juste, tout en se donnant la légitimité morale de ses actes.

Un jeu naturel

La mise en scène de Hassan Al-Gretly transpose l’histoire dans la ville du Caire, en ayant recours au dialectal égyptien. Le texte a été parfaitement égyptianisé par Chadi Ahmad. Dans les locaux d’Al-Warcha, au centre-ville du Caire, le metteur en scène propose au public une pièce qui se déroule dans un espace scénique étroit, sobre et intime. Deux fauteuils et un jeu d’éclairage simple suffisent à cadrer la scène et à situer les personnages dans la maison du père malade. Ces mêmes fauteuils changent de couverture et nous sommes tout d’un coup dans la maison du médecin, plus classique, un lieu de tension permanente entre celui-ci et sa femme.

Avec cet espace scénique limité, Al-Gretly impose à ses comédiens de livrer leurs confidences au public aussi. Tout se joue au niveau de l’intonation et du regard. Les comédiens adoptent une gestuelle spontanée, de tous les jours. Ainsi, soutenue par un jeu naturel et simple, l’histoire avance. Séba découvre que son amant se sert d’elle et tente de se suicider pour échapper à son emprisonnement. Quant au médecin, il suit sa femme comme son ombre, à la recherche d’une preuve d’infidélité. Puis enfin, Séba et Ammar se déclarent leur amour et décident de se marier. Pour ce faire, il fallait mettre un terme à la vie du père malade, afin de prendre ses aises et avoir une vie normale. Criminels, complices, victimes désespérées — l’amour est loin de sauver les amants. Car d’autres secrets se révèlent au fur et à mesure, laissant prévoir l’instabilité du couple.

Le spectacle sera repris durant l’été dans les locaux d’Al-Warcha, rue Chérif, centre-ville.

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