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La fée du luth

Névine Lameï, Mardi, 12 juin 2018

Avec son luth électrique, la jeune musicienne Balqis Riad marie les mélodies traditionnelles arabes aux mélanges de blues, d’indie rock ou de hip-hop, tout en étendant toujours plus les limites de son univers sonore.

La fée du luth
Entre les mains de Balqis Riad, le luth se transforme en toutes sortes d’instruments.

La jeune luthiste et compositrice égyptienne Balqis Riad vient de donner un concert à l’espace Room, au Caire, où elle se produit régulièrement. Son luth électrique lui donne un large espace d’improvisation musicale, lui permettant de mêler les compositions traditionnelles arabes à des mix de blues, d’afro, d’indie rock, de deep house, de hip-hop et de pop électro.

Son luth en main, muni d’un petit appareil électronique qu’elle contrôle par le pied et qui sert à appliquer des effets de son divers, Balqis domine la scène en jouant son instrument polyphonique. Et ce, grâce à l’emploi de pédales à effets multiples, produisant une variété de mélodies vocales. C’est ce qui caractérise l’identité artistique de Balqis, qui aime définir son monde musical par les adjectifs « oriental, alternatif et fusionnel » ou encore par le néologisme « shoegazing » (sous-genre musical du rock alternatif, que l’on joue sur scène de manière introspective, donnant ainsi l’impression que l’on contemple ses chaussures — gazing at shoe — pendant les concerts).

« La musique shoegazing est caractérisée par l’usage significatif d’une variété de mélodies vocales qui se mêlent à un son créatif de guitare notamment et d’autres instruments. On a donc recours à la technique du loop station, qui consiste à enregistrer des boucles musicales en direct à l’aide d’une machine, souvent sous forme de pédale, à effets multiples. Cela permet de changer d’instrument tout en jouant en direct. D’où le fait de passer admirablement d’un style à l’autre, de la musique classique au jazz, du hip-hop au funk, de la pop à la musique arabe classique, etc. », déclare Balqis Riad, réputée pour la finesse de son jeu.

Entre les mains de Balqis, sous l’effet du mixage sonore mêlant musique arabe traditionnelle et écriture musicale occidentale, le luth est complètement renouvelé. Il n’est plus un instrument « terne et monotone », selon Balqis, mais un instrument qui satisfait tous les goûts et tous les âges. « Afin d’attirer plus d’audience, notamment parmi la jeune génération, le luth, avec son micro-intervalle, me donne la capacité de jongler avec l’art du maqam et le rock, le quart de ton et la saturation. C’est ce que j’ai réussi à faire, en janvier dernier, au Festival de jazz de Panama, entourée d’un large public, assez jeune. Instrument des rois et roi des instruments, le luth est le plus proche de la voix humaine. C’est donc un instrument capable de créer des émotions et de traduire différents états d’âme », souligne Balqis Riad. Et d’ajouter : « La ville et ses multiples sons ont certes une influence psychologique et sociale sur mon art. Je cherche à découvrir de nouvelles dimensions sonores, tout en conservant les caractéristiques essentielles du timbre du luth ».

D’une musique à l’autre

Diplômée de la faculté de pédagogie musicale de l’Université de Tanta, Balqis Riad a suivi un autre cursus classique à la faculté de pédagogie musicale de l’Université de Hélouan. Actuellement, elle prépare son master en solfège à la même université. « Ma passion pour la musique est née à l’âge de 5 ans. J’ai grandi dans une maison passionnée de musique classique. Ma mère aimait écouter Oum Kalsoum, alors que mon père avait un penchant plus fort pour la musique classique occidentale de Mozart et Beethoven. Sur mon petit orgue, je jouais ces beaux mélanges que j’entendais chez moi. A l’école, j’ai touché à tous les genres d’instruments : la mandoline, le piano, le xylophone ... mais c’est le luth qui m’enchantait le plus. C’est lui qui m’a choisie lorsque j’avais 14 ans, lors de ma participation à une compétition musicale organisée par mon école. J’ai joué la chanson Ala Al-Hélwa Wal Morra (pour le meilleur et le pire) du chanteur Abdel-Ghani Al-Sayed et j’ai remporté le premier prix », raconte Balqis Riad, qui ne se lasse pas d’approfondir ses études musicales, loin de l’académique et des méthodes traditionnelles.

En 2017, elle a assisté à des ateliers musicaux sous le titre de Taqassim avec l’accordéoniste Waël Al-Sayed et le flûtiste Mohamad Antar, de vrais experts en la matière. De même, Balqis Riad est une grande fan du virtuose du luth Mohamad Abou-Zékri. Elle suit de près toute sa musique, en direct ou sur Youtube. Avec ses improvisations et son expérimentation musicales, elle pense sérieusement se lancer dans des spectacles de « one-woman-show » à effets surprenants de son et de lumière. Son ambition est sans limites.

Prochain concert, durant la fête du Baïram, le 15 juin, à l’hôtel La Hacienda, Ras Sédr.

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