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Nouveau look, nouveau rap !

Lamiaa Al-Sadaty, Mardi, 02 janvier 2018

Excédant les cinq millions de vues deux jours après sa mise en ligne, le clip Waqfet Nassiyet Zaman (au coin de la rue d’autrefois) d’Ahmad Mekky est devenu la vidéo égyptienne la plus visionnée sur Youtube et la plus partagée sur Twitter. Un bon présage pour ce tube, qui sortira début 2018.

Nouveau look, nouveau rap  !
Mekky, bien musclé,fils des quartiers populaires.

Pour faire un clip réussi, il faut un look réussi! C’est-à-dire une adéquation entre l’image du chanteur et sa musique. C’est bien le cas d’Ahmed Mekky dans son nouveau clip Waqfet Nassiyet Zaman (au coin de la rue d’au­trefois), puisque le cadre sonore correspond tout à fait à l’image physique. Les rythmes de rap vont de pair avec sa nouvelle allure de jeune homme costaud, bien musclé. Lui, qui a souffert au cours de l’année dernière d’une forte perte de poids, due à des problèmes de santé, montre ainsi sa position de révolte et de refus sur un clip rap d’un style nouveau. Mise en ligne à la mi-décembre, la vidéo a fait un tabac sur Youtube et Twitter, dépassant les cinq millions de vues en deux jours seulement.

Le clip s’ouvre sur des scènes de rues, mon­trant des maisons modestes dans des quartiers populaires, et accompagnées d’un dialogue entre deux amis sur les us et les coutumes autrefois de mise dans ces quartiers. Il montre par exemple la décoration pendant le mois du Ramadan, les bons plats partagés entre habitants et dont le contenu change selon l’occasion célébrée, etc. Une voix forte et très égyptienne s’infiltre comme pour commenter ces images qui défilent. Il s’agit de Hoda El Sonbaty, une chanteuse ayant le vent en poupe dans les milieux popu­laires et les bidonvilles, et qui a été redécouverte par Mekky. Celle-ci chante un mawwal (un genre de récitation de paroles poétiques accom­pagnée de mélodies orientales relativement tristes). En même temps, les prises de vue de quartiers populaires cairotes continuent de défi­ler, offrant une sorte de synchronisme à travers la coordination entre la rythmique musicale et les changements de plans.

Le montage haché est dicté par le rythme de la bande-son et nous fait plonger dans le quartier où se déroule essentiellement le clip, à savoir Al-Hattaba (zone défavorisée du quartier de la Citadelle, au sud du Caire). Mekky est au centre de l’intérêt, entouré par une multitude de jeunes hommes. Et c’est parti! Le message est clair: la critique de la situation difficile dans laquelle baignent les quartiers populaires et l’éloge des valeurs anciennes, qui sont malheureusement délaissées. « C’est justement cette nostalgie pour le bon vieux temps, ses valeurs et ses prin­cipes, qui m’a poussé à aborder ce sujet et à tourner ce clip en particulier », a expliqué Mekky dans un entretien téléphonique accordé à une chaîne satellite. Et d’ajouter: « Autrefois, passer son temps au coin de la rue était une véritable expérience de vie, une sorte d’école à ciel ouvert, où l’on apprenait plein de choses et où l’on rencontrait différents types de personnes. Un premier contact avec le monde réel et non pas virtuel, comme c’est le cas aujourd’hui ».

Graffitis et danses
« Réel » est le mot d’ordre du clip, qui permet de mieux faire passer le message. D’abord, au niveau du visuel: toutes les personnes apparais­sant dans le clip sont des habitants du quartier, devenus des amis à Mekky. Le décor ne fait qu’accentuer les couleurs de certaines petites maisons déjà peintes et de murs portant les graf­fitis de deux icônes: le comédien égyptien Ahmad Zaki et le boxeur américain Mohamed Ali Clay. Bien que les graffitis soient très liés à la culture hip-hop, leur présence ne manque pas de surprendre. Et ce, parce qu’ils ne font pas partie de la culture commune des quartiers popu­laires d’Egypte. Probablement, un cliché emprunté aux clips occidentaux. Les prises de vue aident en outre à repérer les moindres détails, propres à ce quartier: des vieilles dames enrobées en train de nourrir les volailles, des compétitions de danse animées par les jeunes et parfois même des séances de boxe. A ces élé­ments visuels s’ajoutent les éléments sonores, telle la voix des deux amis en début du clip, mais aussi la musique, une sorte de fusion entre le saxophone, le nay (flûte orientale) et l’accor­déon. Si tous ces éléments visuels et sonores sont bien intégrés dans le scénario, Mekky— par­fois à torse nu— a toutefois tendance à un peu trop exhiber sa musculature, surtout vers la fin du clip, un peu trop longue.

Pour conclure, cette chanson, écrite et réalisée par Mekky et composée par Adam El Shérif, utilise le rap en tant que genre musical proche des classes populaires. Le clip offre un vaste champ d’expérience à la créativité de Mekky en tant que réalisateur. De quoi laisser augurer de bonnes choses pour la nouvelle année .

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