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Pleins feux sur le Festival du film de Gouna

Mohamed Atef, Lundi, 18 septembre 2017

La première édition du Festival ciné­matographique de Gouna se tient du 22 au 29 septembre dans la station balnéaire. Créé par l'une des plus grosses fortunes d'Egypte,le festival suscite de grandes attentes.

Pleins feux sur le Festival du film de Gouna

A quelque 25 km de la ville d’hurghada, le Festival du film de Gouna emmène, dès le 22 sep­tembre, le public au gré des oeuvres projetées. Sponsorisé par la famille Sawirès, l’événement possède tous les moyens financiers qui lui permettent d’être lancé en grande pompe.

Les Sawirès ont eu recours à une équipe d’organisation professionnelle, avec à sa tête le critique iraqien Intichal Al-Tamimi, qui a participé à la création de plusieurs festivals internationaux, et qui est, entre autres, le principal pro­grammeur du Festival de Rotterdam sur le cinéma arabe et le Festival d’Abu-Dhabi. Tamimi, pour sa part, a fait appel à d’autres programmeurs égyptiens, dont le réalisateur Amir Ramsès. La comédienne égyptienne Bouchra occupe, quant à elle, le poste de vice-directeur exécutif et chargé des opérations auprès du festival.

Naguib Sawirès est un passionné de cinéma et un vrai cinéphile. Il a tenté, il y a dix ans environ, de fonder une boîte de production qui a arrêté subitement ses activités au bout de quelques oeuvres, dans des conditions mysté­rieuses. De même, il a été l’un des principaux parrains du Festival du film du Caire, mais vu les obstacles liés à la bureaucratie, il a jeté l’éponge et a préféré attendre pour lancer son propre festival. D’où cette première édition ambitieuse de Gouna, qui, selon cer­tains observateurs, constituera un véri­table rival au Festival du Caire, qui souffre de plusieurs problèmes chro­niques.

Le budget colossal du Festival de Gouna a permis aux programmeurs de faire leur sélection, parmi les dernières créations de l’année souvent primées ou acclamées de part et d’autre. En outre, on a pu se payer la première internationale du film égyptien, Photocopie, de Tamer Al-Achri, et la première projection arabe du film de Amr Salama Cheikh Jackson. Donc un autre élément de rivalité et de compa­raison avec le Festival du film du Caire qui peine tous les ans à trouver des films égyptiens pour sa compétition officielle.

De même, cette édition de Gouna accueille plusieurs stars du calibre de Adel Imam et de Forest Whitaker, à qui le festival rend hommage durant la cérémonie de clôture. Le nombre d’in­vités et leur rang constituent donc un attrait supplémentaire, accentué sans doute par la somme juteuse réservée aux prix, soit 110 000 dollars pour les prix de la compétition officielle des longs métrages, 32 000 dollars pour le concours des courts métrages et 32 000 pour récompenser les documentaires. Les 700 journalistes, de tous bords, conviés à l’événement assureront sans doute une belle couverture médiatique, plaçant Gouna au centre du monde et attirant davantage de touristes à ce complexe hôtelier de luxe.

Le Gouna-lab
Le festival est doté de trois princi­pales sections : une compétition pour les longs métrages, une autre pour les courts métrages et une troisième pour les documentaires. Et ce, sans oublier la plateforme cinématographique de Gouna, favorisant le réseautage, mais aussi les chances de soutien financier et de coproduction, dans le but de développer et promouvoir l’industrie du cinéma dans le monde arabe. Cette plateforme est censée faire office d’un vrai laboratoire cinématographique, à même de faire couver les nouvelles expériences et les projets en phase embryonnaire ou en postproduction.

Ainsi, la plateforme de Gouna a choisi 16 projets de 8 pays, afin d’aider leurs créateurs à entrer en contact avec les meilleurs cinéastes et spécialistes du monde et leur demander conseil.

A travers le festival, ces jeunes talents auront également l’occasion de rencontrer les représentants de festivals internationaux tels Rotterdam, Venise, Karlovy Vary et autres, ainsi que les agents des plus grandes boîtes de dis­tribution. « Lorsqu’un festival tient à se doter d’une telle plateforme dès ses débuts, il tient à se faire une place et à poursuivre son action. Car ce genre de réseau lui permet d’être une partie prenante de l’industrie et de sa promo­tion », précise Yasser Naïm, réalisateur du film Al-Bahss An Essam Abdallah (A la recherche de Essam Abdallah) et l’un des bénéficiants de la platerforme. Et d’ajouter : « Je ne peux pas savoir à l’avance quelles seront les retombées de ma participation à une telle plate­forme. Il est encore trop tôt. Toutes les options sont ouvertes. Mais je dis que c’est quand même quelque chose de positif. Cela m’aidera sans doute à enrichir mon réseau de contacts. Il faut attendre pour voir, sans plonger dans les jugements parfois arbitraires de la presse ».

Promotion touristique
Samih, l’un des frères Sawirès, dont les activités se concentrent surtout dans l’hôtellerie et le tourisme, a déclaré durant la conférence de presse tenue à l’occasion du festival qu’il aspirait à « transformer Gouna en la Côte d’Azur égyptienne », et qu’en la dotant d’un festival international, il lui attirera davantage de touristes.

Déjà, en organisant des concerts musicaux et autres activités artistiques, les Sawirès, possédant 35 % des actions de Gouna, ont réussi à défier la stagna­tion touristique qui frappe la mer Rouge ces dernières années. « C’est un vrai pôle d’attraction pour toute la jet-set. Un festival de cinéma attirera davantage de monde. C’est évidem­ment dans l’intérêt des gens qui tra­vaillent dans le tourisme comme moi », commente Sayed Hassan, guide touris­tique de la région.

Les yeux sont rivés sur Gouna, pour observer comment se déroulera cette première édition, dont les mots d’ordre semblent être « attentes et défis ». Dans les milieux cinématographiques, tout le monde est d’accord quant à la nécessité d’avoir un festival de taille, un événement d’envergure, à même de réhabiliter le cinéma qui a tant souffert sous l’effet de la routine et de la bureaucratie ou sous le poids de la politique. Tout le monde est d’accord sur le fait que les initiatives privées soient primordiales pour remédier à la situation et faire bouger les eaux sta­gnantes, que ce soit dans le tourisme ou dans l’art. Les jours qui viennent seront donc déterminants.

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