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Amal Ramsis : Notre festival n’est pas un ghetto pour les femmes, mais une tribune pour qu’elles s’expriment librement

Yasser Moheb, Dimanche, 05 mars 2017

Le Festival international du Caire du film de la femme célèbre depuis 10 ans le cinéma créé par la femme. Tour d’horizon de la nouvelle édition qui se tient du 4 au 9 mars, et du chemin parcouru depuis 2008 avec la réalisatrice Amal Ramsis, fondatrice et directrice de l’événement. Entretien

Amal Ramsis

Al-Ahram Hebdo : Quelle est la tendance pour la programmation de cette 10e édition ?
Amal Ramsis : Cette année, nous avons choisi de mettre en avant plusieurs réalisatrices de l’Europe et de l’Amérique latine. Ces cinéastes abordent à travers leurs films le débat sur le futur du citoyen au sein de plusieurs sociétés qui ne cessent de changer de rythmes et de données. Grâce à 59 films provenant de 23 pays arabes et occidentaux, nous découvrons les mondes de plusieurs réalisatrices, entre pionnières et jeunes, qui ont influencé leurs sociétés. Citons entre autres la jeune Argentine, Andrea Testa, co-réalisatrice du film La Longue nuit de Francesco Sanctis, projeté lors du dernier Festival de Cannes, et choisi pour être le film de l’ouverture de notre festival. Parmi les pionnières, on compte surtout Agnès Varda, la fameuse réalisatrice et plasticienne française. 10 films signés par cette grande cinéaste seront projetés dans la section Regard sur les oeuvres d’une réalisatrice et qui lui est dédiée cette année. Une grande cinéaste — 89 ans — qui n’est pas très connue en Egypte, mais il n’est jamais trop tard. Et ce, en plus de la section Caravane du cinéma de femme arabe et latin où 7 films seront projetés, en marge du Programme international renfermant 13 oeuvres.

Sur quels critères s’opère la sélection ?
— D’abord, sur des critères objectifs, concernant la spécialité de la réalisation, du thème ou de l’interprétation, ensuite sur d’autres critères comme les goûts et les courants qu’on préfère présenter à nos festivaliers de plus en plus divers. Lorsqu’on a tout vu, on essaye alors de faire un choix pour que toutes les cultures soient représentées. Cette année par exemple, nous avons programmé des films de la Suisse, invitée d’honneur de cette édition.

Après neuf éditions, quel est aujourd’hui le véritable enjeu d’une telle manifestation ?
— Nombreux sont les enjeux et les difficultés d’un tel festival, indépendant. Le premier est qu’on n’est pas du tout subventionné matériellement par l’Etat. Mais il faut aussi avouer que nous n’avons jamais essayé de demander un soutien financier de la part du ministère de la Culture, afin de garder nos limites et nos critères de choix, favorisant les films libres et indépendants. On s’est contenté d’avoir à notre disposition les salles du Centre de la créativité, gratuitement, pour continuer à offrir au public des entrées gratuites. Dès la première édition, on a toujours essayé de sous-titrer tous les films, afin de les rendre accessibles à tous.

Comment le festival a-t-il évolué au fil des années ?
— En 2008, nous n’avions qu’une dizaine de films en sélection, tous en provenance des pays arabes et de l’Espagne vu mes forts rapports avec les entités cinématographiques espagnoles, ayant fait mes études là-bas. Heureusement, depuis, le cinéma féminin est de moins en moins marginal en Egypte. Malgré la difficulté, et grâce aux ateliers et aux écoles de cinéma, les jeunes réalisatrices sont de plus en plus nombreuses et réussissent à partager leur regard sur le monde. Elles ne ciblent pas seulement les femmes de par leurs oeuvres, mais aussi abordent tous les thèmes, et s’élancent également à mettre des héroïnes en premier plan de leurs métrages. Aujourd’hui, le festival est devenu plus international et plus professionnel, sur tous les plans.

Que pensez-vous du lancement d’un nouveau festival, ayant presque la même thématique, cette année, qui s’est tenu, il y a quelques jours à Assouan ?
— Je considère que c’est un pas positif vers la reconnaissance de l’art et surtout le cinéma portant la signature et la vision de femmes. Quoique le Festival d’Assouan soit dédié aux films portant sur la femme et non pas créés par elles, c’est déjà une lancée importante dans cet espace encore riche et fertile. Je le considère comme l’un des fruits de notre premier pas sur ce trajet, et non pas comme une rivalité. Car nous avons besoin de plusieurs manifestations similaires, afin de mieux divulguer ce genre de cinéma.

La différence entre notre festival et beaucoup d’autres manifestations dédiées au cinéma des femmes, c’est que tous les membres de la direction de notre événement sont des femmes, un moyen de mieux présenter et représenter le genre en question. Nous sommes six femmes à créer et diriger le festival, avec certes l’aide de quelques jeunes hommes bénévoles, mais tout se passe sous l’égide des femmes. Contrairement à ce que d’aucuns pensent, ce festival n’est pas un ghetto, mais une tribune pour discuter et présenter ce genre de films. On ne présente pas des oeuvres qui discutent des sujets sur la femme, mais des films signés par les femmes sur n’importe quel thème. Grande est la différence, vu qu’on peut voir de grandes réalisatrices occidentales qui franchissent des thèmes longtemps libellés comme masculins. Les femmes ne se bornent pas à des sujets trop féminins, sur la vie privée ou sentimentale comme autrefois, elles font aussi des films politiques, d’action, de suspense et des films de guerre. La programmation de cette cuvée en renferme beaucoup d’exemples captivants .

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