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Musique : Au Caire, Gilberto Gil en

Rowan El-Shimi, Mardi, 26 mars 2013

Icône brésilienne, Gilberto Gil est aussi un activiste et ex-ministre de la Culture. Il a fasciné le public du Cairo Jazz Festival.

Musique
Gilberto Gil

Lors de la cinquième édition du Festival international du Caire du Jazz, Gilberto Gil a interprété un mélange de sa musique, des oeuvres de Bob Marley, de John Lennon … De même, il s’est produit avec la chanteuse égyptienne, Dina Al-Wadidi, dont il est le mentor. Virtuose de la musique brésilienne et lauréat de plusieurs prix mondiaux, Gil a une belle histoire politique, depuis les années 1960, étant l’une des figures de proue de l’activisme social. Il est membre du parti des Verts et a été ministre de la Culture entre 2003 et 2006. Le jazzman Amr Salah, fondateur du festival cairote, lui a d’ailleurs décerné à la fin de sa performance le prix du festival pour l’ensemble de ses oeuvres. Sur les planches du parc d’Al-Azhar, avec sa guitare, Gilberto Gil a été phénoménal, ayant réussi à captiver l’audience du début jusqu’à la fin, l’amenant à fredonner avec lui ses mélodies brésiliennes. En chantant ou en grattant son instrument, il a insufflé une sensation de joie et de tranquillité à la foule, dans un style de musique exceptionnel, mélangeant la tradition de sa région natale, Bahia (au nord du Brésil) à des airs de reggae, de rock’n’roll et de rythmes africains.

« Ce genre de rencontres musicales est un acquis des temps modernes ... Un tel événement a l’avantage de regrouper des musiciens de tout bord », déclare Gil, en ajoutant : « C’est le mérite du monde de la communication de pouvoir passer par le biais des télévisions, des journaux ... C’est vrai qu’Internet joue un rôle primordial afin de rapprocher les cultures, mais quand même, être présent sur scène est autre chose. On respire le même air que son public, on partage le même paysage ». D’où l’importance des festivals pour cet artiste de renommée internationale, visant encore et toujours à toucher les différentes audiences locales.

Le duo Gil/Al-Wadidi

La jeune chanteuse Dina Al-Wadidi rejoint Gil sur scène, avec un accordéoniste de son groupe, Waël Al-Sayed, afin de jouer une chanson portugaise. S’en suivent une oeuvre de l’Alexandrin mythique, Sayed Darwich, Aho dah elli sar (voilà c’est ce qui s’est passé) et une autre chanson signée par Al-Wadidi ellemême, Hozn al-ganoub (mélancolie du sud). Et à Al-Wadidi de lancer devant un large public : « C’est le meilleur mentor que l’on puisse jamais avoir ! ». En juin 2012, Dina Al-Wadidi a décroché le prix Rolex Mentor et a été nommée « Protégée » de l’Arts Initiative Award. De quoi lui permettre de travailler côte à côte avec Gilberto Gil pendant un an. Fin 2013, elle l’accompagnera pour une tournée mondiale, durant laquelle ils présenteront leur travail commun. Ce n’est pas seulement le sourire et la présence incomparable de Gil qui ont charmé l’audience : c’est surtout sa musique pop qui le distingue, comme c’est le cas depuis une cinquantaine d’années. Gil a, en effet, commencé son parcours en 1963.

A cette époque, il rencontre Caetano Veloso à l’Université fédérale de Bahia. Depuis, les deux musiciens ne se sont jamais quittés. Ensemble, ils ont créé le mouvement Tropicalia dans les années 1960, mélangeant musique, poésie, théâtre et d’autres arts brésiliens de la scène, à des rythmes africains ou à ceux du rock’n’roll. En 1968, ils sortent un premier album, Tropicalia, considéré comme le début d’une nouvelle vague musicale. Il y était question de critiques acerbes contre le coup d’Etat militaire au Brésil. De quoi leur valoir des années de prison et d’exil. Gilberto Gil poursuit donc sa carrière à Londres mais revient au Brésil en 1972, où il commence une période d’activisme écologique. La dictature militaire brésilienne de 1964 à 1985 avait systématiquement étouffé la liberté d’expression et incarcéré toutes les figures de l’opposition, au nom de la raison d’Etat, donnant la priorité aux plans de développements économiques.

La musique en soutien à la liberté

Gil ne croyait pas que la musique ou l’art en général pouvaient servir d’arme, mais que plutôt ils s’inspiraient et suivaient les peuples dans leur mouvement. « Le rôle de la musique et de l’art dans toute société est constant et d’ordre quotidien », a-til confié avant de monter sur scène. « Nous respirons de la musique, nous mangeons de la musique, tout se fait au rythme de la musique. La musique fait avancer les peuples à tout moment. Lorsque les gens vont dans une direction donnée, comme la marche des Egyptiens vers la liberté et l’ouverture, la musique est là pour les soutenir ». Gil évoque la place Tahrir : « Il y avait une estrade pour jouer de la musique. Les gens étaient là pour protester, s’insurger contre le régime, proposer des idées nouvelles. La musique aussi était là, les accompagnait, non seulement sur la place mais aussi dans les maisons, à la télévision, partout ».

Ayant lui-même souffert d’atteintes à sa liberté, Gil saisit la complexité de la situation actuelle en Egypte : « L’avenir dépendra du degré de responsabilité manifestée par le gouvernement ». Pour lui, la culture est synonyme de vie. Le travail et les autres activités que les gens exercent viennent en deuxième place. « La culture c’est l’objectif ultime de la vie. C’est aimer les enfants, la famille. C’est cette aptitude à se divertir en famille, à partager des moments de plaisir », ajoute-t-il. Après Le Caire, Gil est allé en Tunisie, le 26 mars, pour encore une fois faire plaisir aux âmes assoiffées de liberté .

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