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Peinture : L’art de la rue version Abla

Névine Lameï, Mardi, 22 janvier 2013

Artiste révolutionnaire, Mohamad Abla est un habitué de la place Tahrir. Son art, impliqué politiquement, s’inspire d’événements vécus et de personnages rencontrés dans la rue. C’est une mesure du tempérament de la ville.

Peinture
Grippe aviaire, corruption, faim ... Abla décrit le contexte de l'avant-révolution.

C’est un artiste qui sait toucher la rue égyptienne. Au coeur de celle-ci, il aime interagir avec le public, soit pour adoucir ses peines, soit pour l’enthousiasmer et partager ses joies. Mohamad Abla est l’une des figures « habituelles » de Tahrir. Il participe à toutes les manifestations artistiques qui cherchent à se réapproprier l’espace public, comme Al-Fan midan (l’art sur la place), des rencontres mensuelles organisées par un collectif d’artistes indépendants formé au lendemain de la révolution.

Ces derniers temps, Abla a aussi exposé à Art Corner quelques oeuvres en petit format, présentant diverses phases de son travail. En marge de l’exposition, un livre : Mohamad Abla, une vie d’art, synthétise son parcours de 1977 à 2010. Il regroupe notamment des textes, peintures et photos nostalgiques.

« Depuis la révolution, je bougeais entre la place Tahrir et mon atelier au centre-ville. Je passais des heures à peindre des grands formats, enregistrant principalement les incidents qui se sont produits pendant la révolution, tels Maspero, Mohamad Mahmoud, le Conseil des ministres ... Une matière riche pour des expositions futures, tant que la société continuera dans cet état d’effervescence », indique Abla.

De ce travail, Abla n’a choisi d’exposer qu’un simple échantillon de deux oeuvres à Art Corner. La première montre Nadine, cette journaliste harcelée par les forces de l’ordre, car elle couvrait les manifestations de la rue Mohamad Mahmoud. La deuxième traite de la foule : des masses humaines en vision panoramique. Du haut d’un immeuble de Tahrir, Abla s’est mis à peindre. « En 2008, j’ai peint une foule de citoyens en pointillé, en suivant le rythme de la ville. Aujourd’hui, ce n’est plus la même foule, son mouvement est beaucoup plus organisé », précise Abla. L’artiste parle en connaisseur : il a appris à scruter la ville de loin. Durant son service militaire, il était posté le Moqattam. A partir de cette colline, il observait l’entassement des habitants et le tumulte de la ville.

Apaiser les esprits

Abla entend désormais exposer des grands formats sur la révolution. Mais pour commencer, il aspire à donner une exposition qui apaise les esprits, au mois de mars prochain, au Centre égyptien de coopération et de culture, à Zamalek. « On en a besoin », dit-il, ajoutant que les paysages qui y seront exposés offrent une vision optimiste de la vie, sous le titre de « L’Aube de l’Egypte ».

« Il faut inciter les gens à aimer leur pays pour le reconstruire. Nous avons besoin de cette atmosphère de quiétude pour parvenir à une véritable démocratie. Dans ma prochaine exposition, ma ville sera beaucoup plus naturelle et claire. Contrairement à celle abordée en 2009, sous le titre de La Ville et ses éclats, avec ses nuances nocturnes dans le tourbillon de la nuit. Les lampes fluorescentes cachaient les défauts », explique Abla.

En rapport étroit avec les lieux et avec les hommes, la couverture de son livre représente une immense tête d’Abraham Lincoln (la figure du billet de 5 dollars) face à un soldat égyptien, un « pauvre type » tiré de la série 2006, sur la classe moyenne en péril. S’y ajoute une caricature de Hégazi : « Où va l’Egypte ? ».

A travers ce livre, Abla nous fait partager les pensées et les visions qui l’ont hanté depuis des années, précisément entre 2004 et 2009. « Je préparais depuis longtemps deux expositions qui prévoyaient en quelque sorte ce qui s’est passé, comme une prémonition de la tension actuelle, avec des slogans acerbes et ironiques. J’étais très triste de ne pas avoir été capable d’exposer ces peintures. Les galeries privées refusaient de les montrer, trouvant qu’elles recelaient une vision trop mordante. C’était, en effet, mes cris de douleur et de révolte », déclare Abla.

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