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Bachir : Je rêve que notre musique ait le même succès que le raï algérien

Mohamed Atef, Lundi, 06 juillet 2015

Appartenant à la tribu des Jaafra, Bachir est venu d'Assouan il y a 10 ans, avec un riche bagage culturel qu’il partage avec le public cairote, comme il l’a récemment fait dans le cadre du festival musical Mawawil

Bachir

.Al-ahram hebdo : Pourquoi avez-vous décidé de former un groupe musical ?
Bachir : Tous les membres du groupe, origi­naires de Haute-Egypte, se plaisaient à réinter­préter le folklore du sud du pays. Ensuite, nous avons décidé d’étendre notre champ de spécia­lisation, en chantant d’autres oeuvres issues de régions différentes : des villes côtières, du désert du Sinaï, des oasis du Sahara occidental, etc. Et ce, sans oublier d’interpréter nos propres compositions et arrangements, dont les paroles sont écrites par des amis poètes ou paroliers comme Montasser Higazi et Sayed Mahmoud.

— Plein d’autres groupes ont fait appari­tion, mais avaient un caractère très éphé­mère. Pourquoi ?
— Nous avons un projet défini auquel nous tenons absolument. L’authenticité des idées et la clarté de l’objectif comptent pour beaucoup quant à la pérennité des diverses formations musicales. Il ne s’agit pas de chanter simple­ment pour s’inscrire dans un effet de mode ou pour accompagner un événement donné, mais d’avoir un plan de travail, une originalité et surtout une volonté de développer ses idées au fur et à mesure.

— Avez-vous joué à l’étranger, pour vous situer par rapport à la scène internatio­nale ?
— On s’est produit en Tunisie et en France. A Paris, j’ai été étonné par le nombre des audi­teurs arabes, africains et français qui sont venus nous écouter et découvrir le folklore égyptien. Le concert était dans le cadre du festival Plateforme de la Méditerranée, orga­nisé par le metteur en scène syrien installé en France, Ramzi Chokeir. Les vives réactions du public ont effectivement donné envie à Chokeir d’étendre les activités du festival à d’autres villes de la Méditerranée. Malheureusement, les événements politiques du Printemps arabe ne l’ont pas permis.

— Comment le public reçoit-il ton accent saïdi ? Est-ce parfois difficile à com­prendre ?
— On entre d’abord en interaction avec la musique, ensuite on s’habitue à la manière de parler, de s’exprimer et on commence à apprécier les paroles. Cela s’applique, de manière différente, au public étranger qui ne comprend pas le langage, c’est tou­jours la musique qui l’emporte. Le public égyptien, lui, s’étonne d’abord, paraît un peu réservé lorsqu’il ne comprend pas tout à fait, ensuite il y prend pied. Cela est dû, sans doute, à une centralisation ancestrale qui fait prévaloir le dialecte cairote et qu’on essaye de changer.

— Parfois, l’on affirme qu’être un chanteur à la peau mate en Egypte peut poser un problème, à cause peut-être de l’image stéréotypée du chanteur. Est-ce vrai ?
— Oui, d’une certaine manière. On a même parfois tendance à enfermer l'interprète, à la peau mate, dans un genre particulier. C’est-à-dire que l’on suppose qu’il doit chanter exclu­sivement du folklore nubien ou imiter la star Mohamad Mounir. De quoi constituer sans doute un obstacle, non négligeable, à surmon­ter. L’interprète doit faire un effort monstre afin de rompre avec cette idée reçue.

— Quels sont les problèmes actuels des groupes égyptiens rangés sous l’étiquette de la musique underground ?
— La production et le financement viennent certes en tête de liste. En ces temps d’instabi­lité politique, plusieurs institutions culturelles renoncent à prendre le risque de travailler avec les groupes de l’underground. S’ajoute à cela le départ de beaucoup d’acteurs culturels occi­dentaux, à cause des restrictions imposées au financement étranger des ONG. Mais person­nellement, je trouve que le « financement » n’est pas la principale garantie à la continuité. L’essentiel est de suivre une politique de lon­gue haleine et de ne jamais perdre croyance en ce qu’on fait.

— De quoi rêvez-vous ?
— J’espère qu’un large public pourra écouter le CD que nous avons lancé sur le marché et que nous avons produit nous-mêmes. Je rêve que notre musique ait le même succès que le raï algérien, que tout le monde puisse savourer l’héritage musical de l’Egypte. Nous ne sommes pas un simple groupe parmi d’autres, car nous défendons une cause, une identité culturelle.

Musique, pêle-mêle
Tous les jeudis soirs, durant le Ramadan, la musique est au rendez-vous, à l’espace artistique Darb 1718, lequel organise le festival Mawawil. Participent à celui-ci nombre d’artistes et de troupes qui s’inscrivent dans des registres très différents comme la Tanboura (lyre orientale de Port-Saïd), Massar Igbari (jeune formation alexandrine), la troupe Mazahar (spécialisée dans la musique du zar, celle de l’exorcisme des démons), Bachir (avec ses chansons du sud), ... « Nous espérons tenir le festival Mawawil, tous les ans, durant le Ramadan et que ses activités s’étendent à d’autres gouverorats. Car le peuple égyptien aime la musique, en général. Il apprécie notamment les manifestations qui se déroulent en plein air », dit Sara Al-Ridi, chargée de la communication, ajou­tant que l’événement est aujourd’hui à sa quatrième édition. De quoi avoir gagné en assurance et en expérience en ce qui concerne les goûts des différents publics et catégories d’âges. Dernier concert le 9 juillet, à 21h, avec le chanteur Ossama Al-Hadi, la troupe des Mawlawiya (derviches tourneurs égyptiens) et le groupe Hawidro. A ne pas rater.

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