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Du partenariat entre l’Egypte et la France

Mercredi, 12 juillet 2023

Du 22 au 23 juin, le président Abdel-Fattah Al-Sissi s’est rendu en France pour participer au sommet « Pour un nouveau pacte financier mondial ».

Il s’est entretenu à l’occasion avec le président français, Emmanuel Macron, des questions d’intérêt commun, dont la lutte contre le terrorisme et l’immigration irrégulière. En novembre 2022, Macron avait visité l’Egypte pour assister à la Conférence de l’Onu sur le climat (COP27), tenue à Charm Al-Cheikh. En juillet de la même année, le chef d’Etat égyptien était en visite à Paris pour des entretiens avec son homologue français sur les conséquences de la guerre en Ukraine, notamment la sécurité alimentaire et les approvisionnements énergétiques. Quelques mois plus tôt, en février, Sissi a participé au sommet « One Ocean », tenu à Brest, où il a eu des discussions avec Macron sur des questions bilatérales et régionales, au terme desquelles ils ont appelé au départ des forces étrangères et des mercenaires de Libye, en allusion aux militaires turcs et aux combattants syriens transportés par Ankara dans ce pays. Cette densité des consultations bilatérales au plus haut niveau était devenue la règle ces dernières années, traduisant un rapprochement qui s’explique par une convergence d’intérêts et de vues sur une large palette de questions bilatérales et régionales.

En économie, ce rapprochement s’est matérialisé, entre autres, par un renforcement des échanges commerciaux. Selon l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS), le commerce bilatéral est passé à 3,9 milliards de dollars en 2022 contre 2,9 milliards en 2021, soit une augmentation considérable de 35 %. C’est ainsi que les exportations égyptiennes vers la France ont augmenté de 61 % en 2022, atteignant 1,8 milliard de dollars, alors que les importations égyptiennes en provenance de France ont grimpé de 19,2 % en 2022, soit 2,2 milliards de dollars.

En culture, le dernier développement important en date est le décret présidentiel égyptien du 16 mars dernier qui instaure l’enseignement du français comme deuxième langue obligatoire dans les écoles publiques à partir de la première année du collège dès l’année scolaire 2024-2025. Cette décision concernera près de 3 millions d’élèves des écoles publiques. Le décret comprend une modification d’un accord de partenariat précédemment signé entre le gouvernement égyptien et l’Agence Française de Développement (AFD) pour accorder une subvention de 500 000 euros au projet TrèFLE, qui soutient l’enseignement de la langue française dans les écoles publiques égyptiennes. Le projet a formé 507 enseignants et inspecteurs de français, seconde langue. Ceux-ci formeront, à leur tour, 13 000 autres enseignants de français.

En matière de défense, la France est devenue une pourvoyeuse majeure d’armes à l’Egypte. Un rapport parlementaire annuel français publié fin septembre dernier a indiqué que l’Egypte était en tête de liste des importateurs d’armes françaises en 2021, après avoir commandé 30 avions de combat Rafale. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), les exportations d’armes françaises ont augmenté de 44 % entre 2016 et 2020 par rapport à la période 2011-2015, l’Egypte recevant 20 % de ces exportations, ce qui en fait le deuxième plus gros client d’armes françaises après l’Inde. Cette position tenait à deux contrats majeurs d’armement, notamment des Rafale, en 2015 et 2021, d’une valeur respective de 5,2 milliards et de 4,5 milliards d’euros. Cette dimension de la coopération militaire traduit la conviction de Paris que l’Egypte est un pilier de la stabilité au Moyen-Orient et la volonté du Caire de diversifier ses sources d’approvisionnement d’armes, compte tenu de ses rapports difficiles avec les Etats-Unis.

Les achats d’armes se doublent d’exercices militaires conjoints tenus régulièrement, en Méditerranée et en mer Rouge. Le dernier en date, au nom de Cléopâtre-2022, a eu lieu au large de Toulon du 12 au 16 septembre 2022. L’exercice comprenait une formation sur l’interception de cibles hostiles, la lutte contre les menaces atypiques et l’inspection des navires suspects. En mars de la même année, les forces navales des deux pays ont effectué des exercices au large de la base de Bérénice (sud), en mer Rouge. L’exercice comportait une formation sur la gestion simultanée des menaces, le lancement d’attaques d’artillerie et la défense aérienne. Le mois précédent, les forces navales et aériennes des deux pays ont mené des exercices au large des côtes méditerranéennes de l’Egypte, baptisés Ramsès-2022, avec la participation du porte-hélicoptères Charles de Gaulle, son groupe de combat d’accompagnement, ainsi que des chasseurs Rafale. La partie égyptienne a participé avec une formation de frégates, de lance-missiles et d’unités de forces spéciales navales, en plus d’avions de combat, F-16, Rafale et MIG-29. Le but de l’exercice était de former à d’actions de combat conjointes, d’unifier les concepts opérationnels et de sécuriser des objectifs vitaux en Méditerranée, en allusion aux installations d’extraction et d’acheminement de gaz naturel.

Cette coopération sécuritaire est le fruit de convergence de vues sur les sources des menaces au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, en particulier le conflit en Libye, l’immigration irrégulière et le terrorisme transfrontalier. En effet, la crise libyenne, étroitement liée à la recrudescence de l’immigration irrégulière vers l’Europe via la Méditerranée et à l’extrémisme religieux, occupe une place particulière dans l’agenda diplomatique de l’Egypte et de la France. Toutes deux soutiennent l’Armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar, basée à l’est, comme un rempart aux forces islamistes qui dominent à l’ouest, sous le contrôle du gouvernement d’unité nationale du premier ministre, Abdelhamid Dbeibah, proche de la Turquie. Aussi bien Paris que Le Caire oeuvrent pour la réunification des institutions libyennes et la fin de la division entre l’est et l’ouest, prélude à une stabilisation politique et sécuritaire. Mais l’échec jusqu’ici de la communauté internationale et des factions locales à venir à bout des divisions libyennes internes, qui revêtent plusieurs dimensions politique, économique, sécuritaire, locale et tribale, incite l’Egypte et la France à la plus grande vigilance quant à la tournure que pourraient prendre les événements en Libye, malgré le calme relatif actuel sur le front militaire. Les deux capitales partagent également la méfiance envers les intentions de la Turquie aussi bien en Libye qu’en Méditerranée orientale, où elle dispute à Chypre les ressources gazières et menace d’entraver la coopération énergétique régionale qui représente une source importante de revenu pour Le Caire, et de sécurité et de diversification énergétique pour Paris, à l’heure où l’Europe occidentale s’est donné comme objectif de réduire sa dépendance au gaz russe.

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