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Dernier mot : Message de l’écrivain emprisonné

Mercredi, 15 mai 2024

Depuis l’annonce par le prix Booker arabe que Basim Khandaqji, prisonnier à vie en Israël, est devenu lauréat cette année, les autorités de l’occupation ont resserré davantage l’étau autour de lui.

Elles ont interdit les visites et intensifié les mesures d’oppression, en guise de sanction contre lui pour avoir envoyé en fraude le brouillon de son roman qu’il avait écrit dans sa cellule.

L’ami et écrivain Nabil Soliman, président du jury, m’a envoyé l’original de la lettre de Basim adressée aux responsables du prix après l’annonce de la sélection de son roman intitulé Un masque à la couleur du ciel à la liste finale du prix.

Voici le contenu du message : « Je vous envoie mes salutations, sur un bout de papier qui m’est parvenu en catimini, des prisons de l’occupation israélienne. A l’heure où l’armée israélienne mène son offensive contre les nôtres à Gaza, faisant des dizaines de milliers de martyrs et des centaines de milliers de blessés. En plus d’une destruction massive dans les quartiers civils, les hôpitaux, les écoles et les lieux de culte. Je vis un moment de perturbation et de tension en écrivant ces mots dans la clandestinité, craignant les yeux des prisonniers. L’administration de la prison m’a confisqué mes livres, mes papiers et mes stylos après avoir été informée que j’allais me présenter au prix. Malgré cela, je me sens à l’aise, même s’ils deviennent plus intransigeants en me sanctionnant au sein de ma cellule ou bien en confisquant ma liberté. Ils ne pourront pas confisquer mes rêves, mes héros et les ambitions de mon peuple palestinien qui résiste à Gaza comme en dehors de l’enclave, et qui aspire à la libération et à la paix. Je vous affirme dans mon roman Un masque à la couleur du ciel que je vis une gloire et une dignité sans pareil pour avoir été sélectionné à la liste finale du prix Booker arabe. Maintenant, je ressens que je suis devenu un héros du roman qui tend par tous les moyens d’ancrer les récits palestiniens authentiques et de réhabiliter les fissures qui ont gagné leur corps. Et ce, pour qu’ils se frayent une place face au récit israélien, fabriqué de toutes pièces. Je dédie cette victoire aux martyrs de mon peuple gazaoui résistant et tenace et à mon honorable famille. Je souhaite à mes collègues candidats une bonne chance. Adieu à tous et j’espère que notre prochaine rencontre sera sur la terre libérée de la Palestine ».

Le prisonnier aspirant à la liberté, Basim Khandaqji.

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