Lundi, 04 décembre 2023
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Dernier mot : Kissinger et le judaïsme

Wednesday 14 juin 2023

La présentation d’un autre aspect du bilan du vieux renard de la diplomatie Henry Kissinger, à l’occasion de son 100e anniversaire, indique pour certains que ses politiques ont coûté la vie à des millions de personnes, et qu’il s’agit de crimes contre l’humanité pour lesquels il devrait être traduit en justice.

Cependant, Kissinger a une autre dimension qui a longtemps suscité la confusion : sa judéité. Le secret a enfin été levé sur certains enregistrements d’appels téléphoniques qu’il a effectués avec l’ancien président Richard Nixon, dans lesquels Kissinger a fait des déclarations qui, si elles étaient provenues d’une personne non juive, lui auraient valu l’accusation d’antisémitisme par le lobby sioniste et il aurait même pu être traduit en justice. L’un de ces appels est survenu après que Nixon et son secrétaire d’Etat avaient rencontré le premier ministre israélien Golda Meir début 1973. Meir leur avait demandé de faire pression sur Moscou pour permettre aux juifs soviétiques d’immigrer en Israël, mais Kissinger a explicitement dit à Nixon pendant l’appel que l’immigration des juifs soviétiques ne faisait pas partie des objectifs de la politique étrangère américaine, puis il a dit littéralement : « Si les Soviétiques avaient installé des fours à gaz pour les juifs, cela ne serait pas devenu un problème américain ». Six mois après, lorsque la Guerre d’Octobre a éclaté, Kissinger a proposé de reporter la fourniture d’armes à Israël pour contrer l’avance égyptienne, mais Nixon a refusé. La vérité est que Kissinger avait ses propres politiques qu’il a travaillé à mettre en oeuvre indépendamment de toute autre considération. Il a un jour réprimandé l’un de ses collaborateurs pro-israéliens, lui disant : « Nous menons la politique étrangère américaine. Nous ne sommes pas ici dans une synagogue ! ». En effet, dans le cas de la demande d’Israël de faire pression sur Moscou, Kissinger avait à l’époque entamé une politique de détente entre les deux pays, et la question des juifs soviétiques aurait perturbé ce rapprochement. Raison pour laquelle il l’a exclue. Kissinger a expliqué dans ses mémoires qu’il voulait donner au président Sadate l’occasion de confirmer sa victoire militaire sur Israël afin de s’assurer qu’il serait prêt à accepter un règlement, qui représentait alors l’objectif de la politique étrangère américaine. Kissinger était fidèle à ses propres politiques et à sa propre façon de les gérer, et à cette fin, il était prêt à sacrifier tout ce qui se dressait sur son chemin.

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