Mardi, 21 mai 2024
Opinion > Opinion >

Pourquoi un accord avec l’Iran ?

Al-Ahram Hebdo, Lundi, 16 mars 2015

Après des années de crise, l’Iran et le Groupe 5+1 progressent vers un accord sur le programme nucléaire iranien. Le secrétaire d’Etat, John Kerry, était cette semaine à Lausanne en Suisse pour des discussions avec son homologue iranien, Mohamed Javad Zarif. Objectif déclaré : aplanir les divergences et parvenir à un accord de principe avant le 31 mars. « Les négociations actuelles sont décisives », a déclaré le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier. Et d’ajouter : « On négocie sérieusement. Il y a des progrès et tout le monde est d’accord pour dire que ça vaut la peine de continuer à négocier sur la base existante ».

En effet, jamais l’Iran et les grandes puissances n’ont été aussi proches d’un accord. L’accord envisagé garantirait le plein droit de l’Iran à l’énergie nucléaire avec des objectifs pacifiques, en conformité avec le Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP). Téhéran s’engagerait de son côté à se conformer au protocole additionnel du TNP, qui renforce les contrôles, signé en décembre 2003.

L’enjeu est de taille tant pour l’Iran que pour les Etats-Unis et ses alliés occidentaux. Pour Téhéran, il s’agit de mettre fin aux sanctions imposées par l’Occident, qui étouffent son économie. Les sanctions occidentales se rapportent en effet à certains secteurs-clés de l’économie iranienne comme les produits pétrochimiques, le commerce de l’or et des métaux précieux, ainsi que les transferts financiers.

L’Iran veut une levée en une seule fois des sanctions prises par les Etats-Unis, l’Union européenne, mais aussi par les Nations-Unies. Or, les grandes puissances veulent un allégement progressif. Le Groupe 5+1 serait prêt à lever rapidement les sanctions européennes et américaines, qui portent sur les volets financiers et le pétrole. Les sanctions économiques et commerciales, prises par l’Onu depuis 2006, seraient-elles démantelées étape par étape, et sur plusieurs années, au fur et à mesure des inspections et des rapports de l’AIEA ?

Pour les Américains, la conclusion d’un accord mettrait fin à des années d’hostilité avec le régime iranien. Or, Washington, absorbé par la crise ukrainienne, et ne souhaitant pas être entraîné un jour vers une nouvelle guerre dans la région, veut en finir avec le dossier nucléaire iranien. L’engagement américain contre Daech en Iraq et en Syrie est une autre raison qui fait que les Etats-Unis poussent en faveur d’un accord nucléaire définitif avec la République islamique. En effet, dans sa guerre contre les extrémistes de Daech, Obama a besoin de la coopération de l’Iran. Pour toutes ces raisons, Washington et ses alliés veulent un accord avec Téhéran, au risque d’exaspérer davantage les alliés des Etats-Unis dans la région, notamment Israël et l’Arabie saoudite. Les relations entre Washington et son allié israélien sont déjà en dents de scie depuis le début du rapprochement américain avec l’Iran. Tel-Aviv tente depuis des mois de torpiller tout accord sur le nucléaire entre les Occidentaux et l’Iran. Un éventuel accord ne sera pas du goût de l’Arabie saoudite pour qui l’Iran est une menace potentielle à laquelle il faut faire face.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique