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Les défis du nouveau Parlement

Vendredi, 20 février 2015

La semaine dernière a enfin commencé le dépôt des candidatures aux élections parlementaires qui doivent se tenir de fin mars à début mai. Nombreux sont ceux qui accordent une importance particulière à ce nouveau Parlement, qui viendra compléter la Feuille de route annoncée en juillet 2013 et bâtir le nouvel Etat égyptien. Ces élections parlementaires revêtent en effet une importance particulière, car elles réinstaurent l’autorité législative, absente depuis trois ans. Mais je ne pense pas que le prochain Parlement contribuera à la fondation du nouvel Etat. Car il devra faire face à trois grands défis qui réduiront son importance et limiteront son influence s’il ne réussit pas à les relever

D’abord, en plus de l’atmosphère de violence et de terrorisme, les prochaines élections se dérouleront dans un contexte général contraire à la notion de démocratie, avec en premier lieu l’ensemble des lois anticonstitutionnelles restreignant les libertés promulguées tout au long de l’année dernière. Sans oublier le système de liste absolue qui n’a pas de pareil dans le monde, la domination de l’argent et de l’esprit clanique, l’absence de tout contrôle sur l’achat, ouvert et sans scrupules, des candidats par les hommes d’affaires. Et enfin, la poursuite et l’emprisonnement des jeunes pour la seule raison qu’ils expriment leurs opinions ou protestent pacifiquement, ou le déchaînement médiatique contre ceux exprimant des opinions indépendantes ou différentes. Les élections se dérouleront peut-être en toute liberté et sans fraude, mais l’atmosphère générale ne renforce pas leur crédibilité.

Ensuite, le Parlement ne bâtira pas le nouvel Etat, car il a déjà été bâti en l’absence de l’autorité législative, ne laissant pas grand-chose à faire au nouveau. La Constitution a été rédigée et approuvée, le président de la République a été élu, le gouvernement a été formé par le président de la République et les gouverneurs ont été nommés quelques semaines avant les élections législatives. Les lois et les politiques économiques sont presque achevées, avant d’être soumises à la Conférence économique au début du mois de mars. Bref, le nouveau Parlement verra le jour alors que le nouvel Etat aura déjà été instauré, ne lui laissant qu’un espace réduit d’action et d’influence.

Enfin, le défi porte sur la forme même du Parlement. Le système électoral, auquel s’est attaché l’Etat malgré l’opposition de toutes les forces politiques, a été créé pour produire un Parlement faible et incohérent sans forces politiques dominantes. Pour la première fois depuis des dizaines d’années, il n’y aura au Parlement ni un parti qui représente le gouvernement ni même des partis d’opposition. Il n’y aura pas de majorité parlementaire soumettant un programme convenu ou une vision autour de laquelle on puisse interagir en la soutenant ou en s’y opposant. Le Parlement ressemblera plutôt à un terrain de jeu ouvert où des centaines de joueurs courent dans tous les sens sans équipes, sans plans ni buts déterminés. Il devra donc relever le défi de travailler avec une grande compétence pour ne pas devenir victime de ce démantèlement. Il devra accomplir sa mission de contrôle et de législation afin de préserver le prestige et le respect de l’autorité législative.

Tous ces défis signifient-ils que les prochaines élections n’ont aucune importance? Non, bien au contraire. Le Parlement est tout à fait nécessaire et les élections sont indispensables. Leurs résultats sont l’expression de la situation politique et de la distribution actuelle des forces entres les différentes parties. Les élections, tant qu’elles ne sont pas l’objet de fraude, ont une nature révélatrice qu’il est indispensable de reconnaître. La formation d’un nouveau Parlement, quels que soient ses défauts, signifie le retour de l’autorité législative à un conseil élu. Il mettra un terme à l’autorité législative exceptionnelle dont jouissait, seul, le président de la République. Au moins, la société s’assurera de la discussion des nouvelles lois en toute transparence. Elle connaîtra préalablement les nouvelles lois au lieu de les lire pour la première fois après leur publication dans le journal officiel. Enfin, la formation d’un nouveau Parlement représente un pas indispensable, car il mettra un terme aux polémiques stériles qui occupent le peuple ces deux dernières années autour de la date des élections, du système dans lequel elles se dérouleront, des coalitions des partis et de la formation des listes électorales.

Le prochain Parlement ne décidera pas de la forme de l’Etat ou de l’identité de la nation. Mais il est indispensable pour que l’Etat puisse aller de l’avant. En effet, ajourner les élections à nouveau ou renoncer au Parlement ne sont pas des alternatives acceptables, car le Parlement est un lieu important d’interaction politique. Mais il n’est ni le seul ni le plus important et nous devons en finir avec cette phase pour passer à autre chose.

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