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Le colosse égyptien se redresse

Mardi, 20 novembre 2012

On dirait que l’Egypte est en train de retrouver son rôle d’antan. Les événements sanglants de Gaza ont incité le gouvernement égyptien à agir vigoureusement. Le Caire a convoqué son ambassadeur à Tel-Aviv qui vient d’ailleurs de prendre ses fonctions, accrédité par une lettre d’amitié conformément aux normes diplomatiques. Mais ces formules d’amitié se sont vite évaporées au milieu des fumées émanant de ces bombes lancées par les « amis » et qui ont ciblé « les frères », sans faire de distinction entre hommes et femmes ou entre enfants et vieillards. Ces incidents fâcheux ont amené l’Egypte à exprimer sa colère, alors que l’encre avec laquelle la lettre d’amitié a été écrite n’avait pas encore séché. Ainsi les mots d’amitié ont rapidement été couverts de sang palestinien.

En Egypte, la foule est sortie dans les rues exprimant sa colère. Une colère qui, il y a deux ans, avait balayé l’un des régimes les plus anciens et les plus tyranniques. Ces mêmes sentiments de colère sont capables aujourd’hui de renverser, de la même manière, n’importe quel autre régime. Cette colère exprimée par la foule n’était pas uniquement due à l’offensive contre Gaza. La foule contestait également la longue absence du rôle égyptien sur la scène arabe et son recul sur les deux scènes régionale et internationale.

Aujourd’hui, on voit le spectre de l’Egypte forte pointer à l’horizon, malgré une conjoncture interne difficile. Comme pour dire que l’Egypte, bien que préoccupée par ses problèmes internes, n’autorisera jamais qu’on porte atteinte à sa sécurité nationale, intrinsèquement liée à la cause palestinienne.

La convocation de l’ambassadeur égyptien de Tel-Aviv n’est pas significative en soi, ni la visite du premier ministre égyptien à Gaza. Mais, ce que nous retenons surtout c’est le message beaucoup plus significatif, selon lequel l’Egypte longtemps faible et repliée sur elle-même n’est plus la même. La voilà transformée en Egypte forte qui retrouve son rôle de leader naturel sur la scène politique régionale. Je dis aux imprudents : méfiez-vous, le colosse s’est redressé et une fois qu’il aura trouvé toutes ses forces, vous ne pourrez jamais vous dresser contre sa fureur.

Je dirais que la guerre barbare à Gaza est le danger le plus imminent qui guette les frontières est de l’Egypte. En effet, lors des offensives passées, le Sinaï n’était pas impliqué dans les événements. Malheureusement, la péninsule n’est plus sous le contrôle de l’Egypte, elle n’est pas contrôlée ni par l’armée, ni par la police.

Israël avait annoncé que l’un des missiles ayant ciblé le désert d’Al-Naqab a été lancé à partir du Sinaï. Si cette situation persiste, Israël ne verrait aucun inconvénient à frapper à l’intérieur des frontières de l’Egypte, et d’enfreindre les accords que l’Egypte est appelée nuit et jour à respecter. L’armée israélienne a rappelé 75 000 réservistes avec des menaces d’occuper Gaza.

Si ce scénario cauchemardesque et dramatique se réalise, l’Egypte se retrouvera face à deux choix difficiles. Le premier serait de se contenter d’une objection verbale par les voies diplomatiques, c’est-à-dire de maintenir la passivité. Cela mettra le régime de Mohamad Morsi dans une situation semblable à celle ayant abouti à la chute du régime de Moubarak, qui était aveuglément aligné sur Israël et les Etats-Unis.

Le deuxième choix non moins dangereux constitue également une menace pour le régime de Morsi. Il s’agit d’affronter Israël s’il opère une expansion dans le Sinaï, afin de barrer la route à Tel-Aviv. Je ne pose pas la question de savoir si l’Egypte a la capacité ou le potentiel nécessaire pour entreprendre une telle mesure. Mais je me contente de souligner la susceptibilité d’une telle démarche, au cas où elle serait dictée par les circonstances, si elle n’est pas minutieusement étudiée.

Malheureusement, certaines puissances internationales, notamment les Etats-Unis, incitent l’Egypte à jouer le rôle de médiateur entre Israël et les Palestiniens, prétextant l’aggravation de la situation.

Revenir à ce rôle de médiateur entre Israël et les Palestiniens est le troisième piège que nous devons éviter à tout prix. L’Egypte ne reviendra jamais à la politique qui a été à l’origine de la révolution du 25 janvier. Il serait honteux que l’Egypte renonce à son rôle nationaliste pour jouer celui d’intermédiaire dans une cause qui touche à sa sécurité nationale.

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