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Le nouveau pape entre deux voies

Mardi, 20 novembre 2012

Le nouveau pape a reçu, avant même son intronisation officielle, de nombreuses félicitations mais aussi des conseils et des mises en garde. Certains lui ont demandé de suivre les pas de son prédécesseur Chénouda III, alors que d’autres, notamment des islamistes, lui ont demandé de changer les orientations de l’Eglise et de s’écarter de la politique.

Lors de la mort du pape Chénouda III, tout le monde a exprimé ses sentiments de déception pour la perte d’un grand homme. Un penseur islamique de renom a même rédigé un long article dans lequel il a énuméré les vertus du défunt ainsi que ses opinions et positions ouvertes envers l’islam et les musulmans.

Mais voilà que quelques mois seulement après, cette même personne demande au nouveau patriarche de corriger la voie de l’Eglise ainsi que les erreurs précédentes. Demander au nouveau patriarche de ne pas jouer un rôle politique suppose donc que son prédécesseur était plongé dans la politique. Je suppose que la politique dont il parle n’est autre que l’Eglise qui parle au nom des coptes, présente leurs revendications et appelle à la résolution de leurs problèmes.

On conseille désormais au patriarche de se cloîtrer au sein de son Eglise, de ne pas parler des problèmes coptes et de se contenter de son rôle spirituel.

Il s’agit d’une conception fort exemplaire qui fait revenir l’Eglise à son message primitif que souhaitent d’ailleurs les coptes eux-mêmes.

Cependant, la gestion des affaires publiques ne peut se faire par les souhaits mais par les outils politiques disponibles. Si on demande au patriarche de se taire, qui parlera alors tant que nous avons choisi d’écarter l’institution religieuse de la politique ?

Le réalisme politique implique l’existence d’un régime politique possédant des institutions, des organismes, des lois et des décisions qui soient l’expression de chaque citoyen et qui cherchent à résoudre leurs problèmes.

Si les institutions de l’Etat ferment leurs portes face aux citoyens ou si elles se transforment en simples bureaux de poste qui reçoivent les plaintes sans réagir, le citoyen ne restera pas les bras croisés. Ou bien reprendra-t-il ses droits par la force, c’est le dialogue de l’argent, des armes et de la « baltaga » (brigandage) dont nous témoignons jour et nuit dans les rues du pays ? Ou bien ira-t-il demander l’aide de sa famille, de ses proches ou de sa secte religieuse qu’il s’agisse de la mosquée ou de l’église ? Devons-nous alors blâmer le citoyen ou l’organisme auquel il a recours pour retrouver ses droits ? Ou bien devons-nous taire les voix qui réclament l’égalité et la citoyenneté afin d’ancrer davantage la discrimination dans la culture publique ?

Le fanatisme, le recul du développement et les fortes mutations politiques sont à l’origine des problèmes aux dimensions religieuses.

De nombreuses parties s’efforcent de garder le dossier religieux enflammé de sorte qu’il reste ouvert à la démonstration de force et à l’imposition du fait accompli dans un pays dont la construction politique ne s’est pas encore achevée. Il existe des problèmes en suspens relatifs à la construction des églises, au changement de foi notamment pour les jeunes filles considérées comme mineures par la loi, à la faiblesse du nombre de coptes dans les hautes positions de l’appareil de l’Etat, à la faiblesse de la représentation politique dans les organismes élus, sans oublier l’atmosphère sociale générale caractérisée par le chaos et la détérioration des mœurs.

Une atmosphère qui porte l’éventualité du déclenchement de problèmes de nature religieuse dans des sociétés ne possédant aucune immunité culturelle ou sociale, surtout avec l’apparition de groupuscules qui tentent d’imposer leur domination sur la société et de tordre le bras aux appareils de l’Etat.

L’Etat se trouve impuissant face à ces groupuscules et ne trouve d’autre solution que de négocier avec eux. Un fait qui renforce leurs pouvoirs dans la société. Malheureusement, les efforts déployés pour se débarrasser de l’Etat autoritaire de Moubarak ont abouti à un Etat faible.

Si la situation ne change pas, la légitimité de l’autorité en vigueur s’affaiblira de plus en plus, la violence sociale se répandra ancrant une conviction que ces groupuscules possèdent une couverture politique.

Il existe deux éventuels scénarios.

Le premier est que l’Eglise adopte la même position qu’elle adoptait ces dernières décennies. C’est-à-dire qu’elle continue à exprimer les problèmes des coptes, à parler en leur nom et à mener des négociations avec les autorités autour de ces problèmes à travers ses contacts avec la présidence.

Le second est de sortir de l’emprise de cette relation en mettant l’accent sur l’Etat de la loi et des institutions, en introduisant de nouveaux mécanismes institutionnels dont la mission sera de faire face à la discrimination et de confirmer l’égalité et les droits de citoyenneté.

Le premier scénario signifie que l’Eglise reste l’expression des coptes et le patriarche leur porte-parole ; le second signifie que l’Etat devienne l’expression de ses citoyens et le porte-parole des musulmans et des coptes. Nous vivons ainsi des moments décisifs de l’Histoire.

Par conséquent, au lieu de demander au nouveau patriarche de se taire sur les affaires des coptes, nous devons plutôt demander à l’Eglise qu’il porte ce fardeau pour que les institutions de l’Etat assument la responsabilité de résoudre les problèmes des citoyens et assurer leur protection et sécurité.

Pour cela, je propose la création d’un outil institutionnel qui assume la responsabilité de faire face aux problèmes de nature religieuse.

Cet outil devra posséder un pouvoir d’investigation, présenter des conceptions et des projets politiques et législatifs à moyen terme et à long terme, afin d’ancrer l’esprit de tolérance et de citoyenneté dans la société l

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