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Edito : Quelle solution en Libye ?

Al-Ahram Hebdo, Dimanche, 16 novembre 2014

Jeudi, deux voitures piégées ont explosé près des ambassades d’Egypte et des Emirats arabes unis à Tripoli, sans faire de victimes. Les deux chancelleries sont fermées depuis des mois, en raison de la détérioration de la situation sécuritaire en Libye. La veille, deux autres explosions ont fait au moins 5 morts et une vingtaine de blessés dans deux villes de l’est, Tobrouk, siège du Parlement élu en juin dernier, et Baida, où siège le premier ministre Abdallah Al-Thinni.

Les quatre explosions sont symptomatiques de l’état de chaos sécuritaire et politique de la Libye, qui semble glisser progressivement vers la guerre civile. Le pays est de facto divisé en deux, l’un, à l’est, est contrôlé par le gouvernement et le Parlement reconnus par la communauté internationale.

Il s’agit d’une coalition de forces politiques et tribales et de milices hostiles aux islamistes, mais qui sont traversées par diverses dissensions politiques et tribales et d’intérêts disparates. Cette coalition hétéroclite, unie dans sa lutte contre les forces islamistes, ne contrôle pas totalement l’est. Elle doit faire face à des poches islamistes importantes, comme à Benghazi, la deuxième ville du pays, et à Derna, une petite ville portuaire à l’est, fief d’islamistes ultra-radicaux, qui ont fait allégeance à l’Etat islamique en Iraq et au Levant.

L’autre moitié du pays, qui comprend la capitale Tripoli, est contrôlée par une coalition aussi hétéroclite de forces politiques et tribales et de milices islamistes. Elle est dirigée par un Parlement et un gouvernement non reconnus internationalement, mais qui exercent un pouvoir effectif sur la majeure partie de l’ouest du pays.

Les deux camps rivaux s’accusent mutuellement d’illégitimité. Le Parlement islamiste, dont est issu le gouvernement de Tripoli, a terminé son mandat en février et a prolongé unilatéralement et illégalement son mandat. Celui de Tobrouk a été dissous par la Cour suprême au début du mois, car la loi électorale en vertu de laquelle il a été élu n’avait pas recueilli les deux tiers des voix de son prédécesseur, dominé par les islamistes.

La Libye se trouve aujourd’hui à un tournant de son histoire. Les deux parties en conflit se radicalisent et sont de plus en plus enclines à régler leurs différends par les armes. Un moyen qui, étant donné l’équilibre actuel des forces, ne semble pas en mesure de les départager, mais d’aboutir à une consécration de la division du pays.

Les pays voisins et la communauté internationale ont intérêt majeur à stopper ce conflit meurtrier aux conséquences dramatiques incalculables, qui a déjà provoqué le déplacement d’un quart de million de personnes, fuyant les combats dans leurs régions. Des pressions régionales et internationales doivent être exercées pour ramener les protagonistes vers la table de négociations, en vue d’une réconciliation nationale qui mettrait le pays sur la voie de la stabilité et la construction d’un Etat démocratique.

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