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Où vont les rapports égypto-turcs  ?

Lundi, 29 septembre 2014

Les rapports égypto-turcs devraient connaître davantage de détérioration, à la suite des critiques adressées par le président Recep Tayyip Erdogan, à la tribune de l’As­semblée générale des Nations-Unies, au gouvernement égyp­tien et au président Abdel-Fattah Al-Sissi. Ces attaques verbales interviennent quelques jours après la décision du président turc d’accueillir les dirigeants des Frères musulmans, expulsés mi-septembre du Qatar.

Les critiques proférées par Erdogan à l’Onu contre les auto­rités égyptiennes de l’après 30 juin 2013 ne sont pas les pre­mières et ne seront probable­ment pas les dernières. Le diri­geant islamiste turc a pris l’habi­tude de le faire lors de meetings à des fins électorales internes, pour galvaniser ses troupes, après la destitution du président Mohamad Morsi et la chute des Frères musulmans en Egypte.

Pour comprendre l’attitude singulière d’Erdogan, il convient de revenir un peu en arrière, précisément au moment de l’ac­cession des Frères musulmans au pouvoir en Egypte en 2012, suite au soulèvement populaire qui a renversé l’ancien président Hosni Moubarak en 2011. Erdogan pensait, à l’époque, pouvoir accéder au rang de lea­der régional d’un islam politique en plein essor dans les pays arabes ayant connu des révoltes populaires contre les régimes autoritaires: en Egypte, en Tunisie, en Libye et en Syrie. Mais ces espoirs ont été rapide­ment battus en brèche au moment de la chute de la confré­rie dans le pays le plus impor­tant du monde arabe, et après qu’Ankara eut investi énormé­ment en Egypte en termes de politique et d'économie. La perte d’Erdogan était colossale : l’effondrement de son projet islamiste régional.

La persistance de l’attitude d’Erdogan, plus d’un an après la destitution de Morsi, a fini par provoquer une opposition et des critiques internes à son encontre. Cette politique du président, que les critiques jugent contraire aux intérêts de la Turquie, ne fait pas l’unanimité au sein même du gouvernement. Un haut respon­sable turc a exprimé son opposi­tion à ce que son pays devienne une base arrière aux Frères musulmans égyptiens, car, selon lui, un tel accueil mettrait la Turquie dans une « position dif­ficile ». Cet avis a été également exprimé par l’opposition et cer­tains éditorialistes, estimant qu’Erdogan devrait mettre en avant les intérêts de la Turquie, plutôt que de tenir à la dimen­sion religio-idéologique, non avouée, dans sa défense des Frères musulmans.

La politique d’accueillir des figures de l’opposition en prove­nance d’autres pays de la région est relativement récente en Turquie. Outre les Frères musul­mans, Ankara a donné refuge à l’ancien vice-président iraqien, Tareq Al-Hachémi, recherché par le gouvernement de Bagdad et par l’Interpol. Idem pour des centaines de haut gradés et d’of­ficiers syriens qui ont fait défec­tion de l’armée régulière syrienne depuis 2011. Cette politique de la « porte ouverte » aux opposants d’autres pays de la région a contribué à l’isole­ment diplomatique de la Turquie dans le monde arabe. Ankara n’a plus d’ambassadeurs en Egypte, en Syrie et en Iraq, trois princi­paux pays arabes.

La détérioration des relations d’Ankara avec Le Caire s’est répercutée sur la stature régio­nale de la Turquie. Le Forum de coopération arabo-turc, une structure régionale montée avec la Ligue des Etats arabes afin de consolider les liens politico-éco­nomiques entre la Turquie et le monde arabe, est en lambeaux depuis la chute des Frères musulmans. Aucun pays arabe ne s’est proposé pour accueillir la réunion annuelle en raison de la tension entre Le Caire et Ankara. Depuis le début de 2014, l’ancien ministre des Affaires étrangères et actuel pre­mier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a tenté de raviver le Forum, mais en vain.

Cet état des choses devrait perdurer tant que persiste la politique en cours du président turc, qui consiste à exploiter les crises régionales à des fins de politique intérieure. Erdogan estime ainsi qu’il peut récolter des gains politiques internes en mettant l’accent sur la dimen­sion islamiste dans sa politique étrangère. Mais c’est au détri­ment des intérêts propres de la Turquie, qui dicteraient une politique plus prudente et plus pragmatique.

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