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Qu’attendre d’Obama dans le monde arabe ?

Lundi, 12 novembre 2012

La réélection du président américain Barack Obama a été accueillie par un soulagement dans les pays arabes. Loin d’être euphoriques, comme ce fut le cas lors de sa première élection en novembre 2008, les réactions des dirigeants comme des opinions publiques arabes étaient plus mesurées, soulignant que le pire a été évité, à savoir l’élection de son adversaire, le républicain Mitt Romney, qui aurait fait entrer les Etats-Unis dans une nouvelle ère de tensions avec le monde arabe, comparable à celle sous l'ancien président George W. Bush.

Ces réactions prudentes cachent mal une désillusion ressentie après quatre ans d’espoirs déçus. Car l’arrivée au pouvoir d’Obama en 2008 avait suscité d’immenses attentes dans le monde arabe, notamment lorsque le locataire de la Maison Blanche a prononcé un discours très ambitieux en juin 2009 au Caire, promettant un « nouveau départ » avec le monde arabe et islamique, après les années Bush. L’idée phare de l’intervention d’Obama, aux yeux des Arabes, était son engagement à un règlement du conflit palestino-israélien, basé sur la « solution des deux Etats ». Joignant l’acte à la parole, il a nommé à cet effet l’ancien sénateur George Mitchell comme envoyé spécial au Proche-Orient et a pris à son compte la revendication palestinienne d’un arrêt de la colonisation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est pour permettre la reprise des négociations de paix. Sous la pression des Etats-Unis, Israël, dirigé depuis le 31 mars 2009 par l’actuel premier ministre d’extrême-droite Benyamin Netanyahu, a dû décider d’un moratoire de 10 mois sur la colonisation en Cisjordanie occupée, à partir du 25 novembre 2009. Mais les discussions directes de paix à peine commencées le 2 septembre 2010, après plusieurs mois de médiation américaine, ont été rapidement suspendues par l’Autorité palestinienne en raison de la reprise de la colonisation, fin septembre, après l’expiration de la période de suspension. Les efforts de l’administration américaine visant à convaincre Israël d’une prolongation du moratoire sont depuis restés vains. Dès lors, l’administration Obama a renoncé à toute action vis-à-vis d’Israël en vue d’un arrêt de la colonisation et s’est également abstenue de lancer la moindre initiative permettant une reprise des négociations.

Depuis son échec face à Israël sur la question de l’arrêt de la colonisation, l’administration démocrate s’est gardée de toute confrontation avec Netanyahu sur le conflit palestino-israélien, car elle estimait que les chances de réélection du président Obama reposaient en partie sur les bonnes dispositions du puissant lobby pro-israélien. Or, 70 % des électeurs juifs américains ont donné leur voix à Obama, malgré la propagande électorale des néo-conservateurs du Parti républicain liés au lobby pro-israélien en faveur de Romney. Ce qui prouve que ces ultras proches du premier ministre et des colons israéliens ne sont pas aussi puissants, contrairement aux idées reçues. Cette réalité, couplée au fait qu’Obama est libéré des calculs électoraux dans son second et dernier mandat, indique qu’il aura une plus grande marge de manœuvre et de liberté pour entreprendre une vigoureuse action en vue d’un règlement du conflit du Proche-Orient. Mais l’engagera-t-il ? Rien n’est moins sûr. Les conseillers en politique étrangère, qui étaient étroitement liés à l’administration américaine lors du premier mandat d’Obama, prévoient plutôt la poursuite de la même politique prudente, peu encline à la confrontation et à l’intervention directe au Moyen-Orient. En effet, face à la vague de soulèvements populaires qui a gagné plusieurs pays arabes, les Etats-Unis se sont abstenus de jouer un rôle de premier plan. En Libye, ils ont préféré laisser le devant de la scène à la France et à la Grande-Bretagne dans l’application de la zone d’exclusion aérienne et dans le bombardement des positions des forces loyalistes au régime libyen. Ils ont également exhorté les pays arabes à participer activement à l’action anti-Kadhafi, cautionnée par l’Onu et la Ligue arabe. En Syrie, ils ont également préféré rester en retrait, privilégiant le soutien politique à l’opposition et l’encouragement des acteurs régionaux, comme les pays du Golfe et la Turquie, à approvisionner les rebelles en armes. Seul le cas de l’Iran échapperait à cette logique, le président américain s’étant engagé à empêcher la République islamique à se doter de l’arme nucléaire et n’a pas écarté, pour y parvenir, l’usage de la force, mais en dernier ressort. Il continuera donc à privilégier une solution diplomatique, au grand dam d’Israël, d’autant plus qu’il estime que la politique des sanctions occidentales apporte progressivement ses fruits.

Obama ne devrait pas, dans son second mandat, déroger à la règle qu’il s’est tracée lors des ses quatre premières années à la Maison Blanche : n’agir directement et activement que s’il y est obligé, préférant laisser aux acteurs locaux et régionaux le soin de régler leurs problèmes eux-mêmes, tout en menant une action auprès de ceux-ci ou dans les coulisses pour défendre les intérêts des Etats-Unis. Washington préfère donc la méthode indirecte de faire valoir ses propres intérêts, par acteurs locaux et régionaux interposés. C’est par exemple le cas actuellement vis-à-vis du conflit syrien, où Washington a retiré son soutien à la principale organisation de l’opposition en exil, le Conseil national syrien, parce que, selon elle, trop dominé par les Frères musulmans. Elle tente, comme s’était le cas lors de la conférence de Doha, une recomposition de cette opposition pour réduire l’influence des islamistes. Cette démarche par procuration, suivie par Obama, est la conséquence directe des répercussions négatives et néfastes de la politique du cavalier seul et de la méthode d’intervention directe et brutale observées par son prédécesseur, George Bush. A l’opposé, Obama cherche à susciter une action régionale et à mobiliser les acteurs régionaux en faveur d’une politique allant dans le sens des intérêts américains. Ce fut le cas dans la crise libyenne et c’est aujourd’hui le cas dans le conflit en Syrie.

Qu’en est-il du conflit palestino-israélien ? Obama aura certes les mains moins liées vis-à-vis du lobby pro-israélien. Encore faut-il qu’il croie encore à la nécessité d’engager une forte politique à l’égard d’Israël et qu’il soit disposé à en payer le prix. Rien n’indique pour le moment que l’administration Obama a l’intention de s’engager dans une telle voie, d’autant plus que sa priorité en matière de politique étrangère porte sur la concurrence avec la Chine. Quant au contexte actuel du Proche-Orient, il semble peu propice à une vigoureuse action américaine en direction de la question palestinienne. D’autres dossiers et conflits brûlants accaparent l’attention des acteurs régionaux et internationaux, dont les Etats-Unis, laissant peu de chances à un regain d’intérêt pour le conflit palestino-israélien à court et moyen termes, à moins d’une explosion imprévue. Il s’agit notamment de la crise syrienne et ses ramifications régionales, des difficiles transitions démocratiques dans plusieurs pays arabes, notamment l’Egypte, la Libye et la Tunisie, de la tension avec l’Iran autour de son programme nucléaire controversé. Autant de questions qui éclipsent celle de la Palestine, d’autant plus que celle-ci est plus que jamais dans une situation inextricable, rendant tout effort de règlement des plus difficiles : le gouvernement israélien d’extrême-droite de Netanyahu devrait être reconduit lors des législatives anticipées de février prochain, fermant la porte à toute possibilité d’avancée dans le règlement du conflit avec les Palestiniens. Ces derniers restent, pour leur part, divisés entre les partisans de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas en Cisjordanie et ceux du Hamas, qui contrôle la bande de Gaza.

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