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La phase post-électorale

Lundi, 02 juin 2014

L’élection présidentielle des 26, 27 et 28 mai 2014 représente une étape importante de la feuille de route. Les Egyptiens ont choisi leur président conformément aux prérogatives qui leur sont accordées par la Constitution de 2014.

Cependant, cette élection ne suffit pas pour établir la légitimité du nouveau président et du régime qu’il va instaurer. L’élection n’est pas la fin du chemin, mais son début, afin d’établir le régime politique et sa légitimité. Les Frères musulmans s’étaient contentés de l’élection présidentielle comme unique source de légitimité et n’ont adopté aucune mesure ultérieure pour la confirmer. Fait qui leur a valu le mécontentement du peuple.

Les missions du nouveau président sont innombrables. Tout d’abord, il doit obtenir la reconnaissance régionale et internationale pour lui et son régime. Et ceci pour contrer les tentatives des forces qui oeuvreront, à l’intérieur comme à l’extérieur, pour retirer toute légitimité au nouveau régime et à son président. Partant de cela, il faut libérer les appareils de l’Etat de la bureaucratie, afin de créer des procédés innovateurs permettant de faire la propagande de la légitimité du nouveau régime et du président élu. Cette mission ne peut réussir que si elle est liée aux positions du nouveau président confirmant la poursuite de la démocratie et du respect des droits de l’homme, des conventions internationales et de la souveraineté de la loi. En d’autres termes, le président devra être le président de tous les Egyptiens, ceux qui ont voté pour lui, ceux qui ont voté pour son adversaire et ceux qui se sont abstenus de voter.

De plus, il incombe au nouveau président de réduire le fossé entre le discours politique et la réalité. En effet, au début d’une démocratie, on a tendance à faire beaucoup de promesses alors qu’on a peu de moyens de changer la réalité, étant donné l’accumulation des problèmes hérités du régime précédent ou plutôt des régimes précédents.

La phase post-électorale
(Photo:Moetaz Abdel-Khaleq)

Deuxièmement, le président doit être extrêmement vigilant en utilisant ses prérogatives exécutives et législatives en l’absence du Parlement, notamment en ce qui concerne la législation. Il ne doit adopter que les lois et les législations indispensables et urgentes qui ne peuvent être ajournées et qui sont étroitement liées à la poursuite de la feuille de route approuvée par les Egyptiens. Dans ce contexte, il lui incombera d’instaurer un climat de dialogue social autour des lois et des législations, et d’y inviter la société civile et les institutions ayant une relation avec le sujet.

La troisième mission sur l’agenda post-électoral du président est l’intérêt que le président devra accorder à l’application des articles et des clauses de la Constitution amendée de 2014. En effet, le président doit donner l’exemple aux institutions de l’Etat en ce qui a trait au respect de la Constitution et l’application de ses clauses avec un esprit responsable. Il ne doit pas dépasser les prérogatives qui lui sont accordées par la Constitution. Il doit exercer ces prérogatives dans l’esprit de la Constitution et confirmer le principe de la séparation des pouvoirs.

Par ailleurs, le prochain président ne peut prétendre que le pays avance sur la voie de la démocratie s’il n’y a pas d’opposition forte et constructive à ses politiques et à ses décisions. Cette opposition est un fondement de la démocratie et un enrichissement de la vie politique. Elle renforce les capacités des Egyptiens à construire une nouvelle culture politique qui prépare une évolution démocratique plus efficace et plus viable.

Les Egyptiens ont longuement répété sous l’ancien président Mohamad Morsi, le terme « légitimité des réalisations » en tant que complément de la légitimité des élections. C’est-à-dire que le président ne doit pas se contenter de la légitimité des urnes qui a fait de lui un président, mais qu’il doit réaliser ses promesses et mettre en exécution ses visions pour surmonter les défis et résoudre les problèmes auxquels l’Egypte est confrontée.

Etant donné que la réalisation de ces visions peuvent nécessiter des années, une amélioration palpable de la vie des citoyens, en une courte durée de temps, s’avère une nécessité. En effet, il suffit que les Egyptiens ressentent que le nouveau président avance sur la voie qu’il leur avait promise.

Le nouveau président affronte un peuple jeune et en colère. La population est majoritairement composée de jeunes qui bouillonnent de colère contre la détérioration de la situation économique et sécuritaire, trois ans après la révolution, et qui n’a apporté que davantage de détérioration. Ces jeunes attendent donc que le président adopte de nouvelles politiques qui améliorent les conditions de vie en Egypte.

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