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Un autre peuple

Mardi, 30 octobre 2012

J’ai lu la semaine dernière les déclarations du Dr Younès Makhioune, dirigeant du parti Al-Nour et membre de l’assemblée constituante. Il a déclaré qu’il n’était pas possible d’engager une réforme en Egypte sans appliquer la charia islamique, et que celui qui veut une Constitution laïque n’a qu’à chercher une autre patrie ! C’est-à-dire que lui seul et ceux qui partagent ses opinions ont le droit de vivre en Egypte. Quant à ceux qui adoptent des opinions différentes, ils doivent partir. Bien sûr chaque citoyen a le droit de dire et de penser ce qu’il veut, mais qu’il me permette de faire quelques remarques sur ses paroles.

Premièrement, je ne suis pas d’accord avec ce qu’il dit au sujet de la Constitution laïque et de la Constitution islamique. Depuis que l’Egypte a connu sa première Constitution il y a plus de 125 ans, la Constitution égyptienne ne s’est jamais écartée de la charia islamique pour la simple raison que l’islam représente l’essence de la culture égyptienne. La Constitution égyptienne n’a jamais ignoré cette réalité que tous les Egyptiens respectent sans exception. Les rédacteurs des différentes Constitutions ne se sont jamais écartés de la charia islamique. Celle-ci a toujours été leur source d’inspiration.

Deuxièmement, l’article 2 de la Constitution de 1971 qui a régi l’Egypte pendant de longues années, qui est resté dans le brouillon de la nouvelle Constitution, et qui stipule que l’islam est la religion de l’Etat, l’arabe est sa langue officielle et les préceptes de la charia islamique sont la principale source de législation — cet article — confirme le rôle fondamental des principes de la charia islamique dans la législation.

Troisièmement, j’aimerais que le Dr Makhioune et ses confrères nous expliquent comment ils voient les implications du terme « charia islamique » sans le mot « principes » sur les lois en vigueur. J’aimerais aussi qu’ils nous expliquent comment il est possible de traduire la charia en un ensemble de textes et de lois précis alors qu’il en existent différentes interprétations.

Quatrièmement, je suis fort peiné qu’un citoyen égyptien demande à d’autres citoyens qui ont des opinions différentes de quitter le pays. En effet, non seulement il s’est considéré comme le seul représentant de l’islam et de la charia, mais il s’est aussi donné le droit de demander aux autres de partir.

Enfin, imaginez messieurs que les milliers de musulmans qui vivent parmi les hindous en Inde, parmi les chrétiens en Amérique et en Europe ou parmi les juifs en Israël se trouvent obligés de quitter leur pays car ils ne sont pas d’accord avec les législations en vigueur d’inspiration laïque. Mais où va-t-on ?

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