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Après les élections

Lundi, 05 mai 2014

Selon les sondages, 7 électeurs sur 10 voteront pour le maréchal Abdel-Fattah Al-Sissi à l’élection présidentielle prévue à la fin du mois courant. Et les 3 autres voix seront réparties entre le boycott et l’autre candidat qui est Hamdine Sabahi. Les résultats du sondage peuvent être très proches de la réalité égyptienne que nous vivons actuellement. Des circonstances qui peuvent être résumées dans l’aspiration du peuple à la sécurité et à une vie plus décente. La première réclamation ne peut être réalisée que par Al-Sissi, et pour ce qui est de la seconde, il est également possible qu’Al-Sissi prenne le dessus sur son adversaire. En effet, pendant 3 ans, l’élite politique et les cadres du Front du salut, dont Hamdine était l’un des membres, n’ont présenté aucun projet de développement ni même un rêve qui s’adresserait aux simples gens.

Cependant, un regard plus profond sur la situation nous pousse à dire que l’intérêt ne doit pas se déverser sur la question : Qui remportera les élections ? Mais plutôt sur celle-ci : Est-ce que le président réussira après les élections ? Et par conséquent : Al-Sissi réussira-t-il à réaliser les rêves des Egyptiens sur ces deux volets : sécurité et développement ? Ou est-ce que la sécurité sera l’unique récompense du peuple qui a tenu à sa révolution et a insisté à réaliser ses objectifs pendant trois ans durant lesquels il a renversé deux régimes consécutifs ?

Le défi réel du maréchal n’est donc pas de remporter les élections, mais de confectionner l’espoir et le rêve. Et le plus important d’élaborer le plan réaliste permettant de réaliser ce rêve. Un rêve qui doit se concentrer sur le développement de l’homme avant tout.

Partant, il ne faut pas observer l’Egypte d’une manière trop superficielle ou résumer le combat en un seul nom, « Al-Sissi », pour sortir de la crise. Le combat doit avoir plusieurs autres axes, car si le nouvel Etat ne se concentre que sur la sécurité, nous nous retrouverons face à une situation déplorable dominée par de nouvelles protestations. Non sous la forme de révolution au caractère politique, mais sous celle de désordre exprimant le désespoir de profiter d’une vie meilleure dans l’avenir.

C’est pour cela qu’il est ici question de donner au maréchal Al-Sissi quelques conseils importants. D’abord, il est possible que le peuple sacrifie une partie de sa liberté en contrepartie de la réinstauration de la sécurité et de la mise en application des mesures nécessaires à la lutte contre le terrorisme. Mais le peuple ne sacrifiera pas la liberté qu’il a acquise par son sang.

Ensuite, il est question de l’économie qui est nécessairement liée à la formation d’une nouvelle élite globale. C’est-à-dire une élite économique, sociale et politique. Une élite capable de réaliser la différence et de donner un avenir au pays. Et pour que l’élite réussisse dans la mission qui lui sera attribuée, il faut que le nouvel Etat, avec Al-Sissi en tête, garantisse un environnement approprié basé sur la liberté, la créativité et la souveraineté de la loi. Un environnement qui encourage les investissements égyptiens et étrangers, et surtout qui encourage la production.

De plus, il faut à la réussite un rêve suivi par une volonté politique pour l’exécuter, et par conséquent, une planification adéquate pour réussir son exécution. Le rêve, à lui seul, n’est pas suffisant. Et la volonté politique ne suffit non plus pour sortir de la crise, surtout si le président a recours aux méthodes employées par trois présidents consécutifs de l’Egypte : Moubarak, puis le Conseil suprême des forces armées, pour en arriver à Morsi. A ce propos, je me permets de mettre le nouveau président en garde contre l’élite. Car le recours à cette élite, que le peuple égyptien a dépassée, serait très dangereux. Il devient de plus en plus certain que les membres de cette élite échouent à se placer en avant de toute scène, qu’ils soient avec ou contre le nouveau président. Il faut donc partir à la recherche de nouveaux cadres et figures dans tous les coins d’Egypte.

Enfin, il est nécessaire de jeter des bases de confiance. Il est ici question de la confiance dans la capacité de réalisation, appelée en Occident les réussites ou les résultats rapides. Effectivement, pour sortir d’une crise qui est sécuritaire en apparence et économique en réalité, il faut que le président instaure une confiance en tant que dirigeant économique et non dirigeant militaire. Et cela afin d’attirer les Egyptiens vers lui dans son rêve de construire le pays qui doit se réaliser parallèlement avec le rêve de tous, celui de mettre fin à une organisation fasciste. Pour convaincre les Egyptiens de la possibilité de réaliser le rêve, il faut un nombre de réussites rapides concernant le niveau de vie des Egyptiens, surtout des gens simples. Et il ne faut pas oublier que la transparence est le moyen de décrocher cette confiance.

Enfin, nous en sommes certains, maréchal Al-Sissi, vous serez un président dévoué à l’Egypte, mais le rêve des Egyptiens est plus global. Ils voient en vous l’espoir de profiter d’une vie meilleure à tous les niveaux, social, économique et politique. Ne les décevez donc pas.

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