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La vie universitaire en Egypte : entre hier et aujourd’hui !

Lundi, 14 avril 2014

Y a-t-il une ressemblance entre la vie universitaire d’hier et celle d’aujourd’hui ? Comment les étudiants de la présente génération vivent-ils la journée universitaire ? Y a-t-il une différence entre la pensée culturelle, politique et religieuse des étudiants d’aujourd’hui et ceux d’hier ?

Ma passion pour la vie universitaire en tant qu’étudiant, puis chercheur, et ensuite professeur-chercheur m’a poussé à réfléchir à ces questions et à tout ce qui se passe dans les universités égyptiennes ces derniers jours.

Des cris, des bruits sous forme de « manifestations » violentes m’ont beaucoup choqué. Des attentats, proches des universités, m’ont terrifié et secoué. Pour échapper à cette scène horrible, je suis revenu sur la vie universitaire d’hier qui était le rêve de tous les écoliers. Des images évoquent des souvenirs lointains : la bibliothèque, l’odeur des livres et la salle de cours m’ont rappelé l’esprit sérieux des étudiants d’hier. Le jardin et les cafétérias étaient des lieux de rencontres, de discussions et de réflexion sur l’avenir. Les activités sportives et culturelles m’ont fait penser à l’esprit d’aventure et de concurrence. Le Service des jeunes me rappelle les voyages à Louqsor pendant les vacances d’hiver et les voyages à Alexandrie pendant les vacances d’été. Ces rencontres et ces voyages confirmaient les bonnes relations entre les étudiants, d’une part, et entre les étudiants et les professeurs, de l’autre.

Dans la vie universitaire d’hier, les étudiants vénéraient énormément les professeurs et les prenaient pour exemple à suivre. D’ailleurs, les professeurs respectaient et aidaient les étudiants. Les étudiants d’autrefois étaient optimistes malgré les grands problèmes faisant face à cette génération qui avait vécu l’injustice sociale et l’oppression. Pourtant, elle croyait que la science était le seul sauveur. De même, elle avait la conviction que le campus universitaire était un lieu sacré tout comme les lieux de culte.

Aujourd’hui, l’université égyptienne est malade, bondée d’étudiants, au lieu de devenir l’arène de la science, de la recherche académique et de la réflexion, elle s’est transformée en lieu de conflit culturel, politique et religieux.

La bibliothèque souffre d’abandon. Les livres se sont transformés en fantômes. Les salles des cours sont devenues froides. Les pas des manifestants ont transformé les jardins en désert. Les murs des facultés ont été « ornés » par des phrases grossières. Les étudiants d’aujourd’hui parlent un langage étranger à ma génération et à notre culture.

La vie universitaire souffre de déviation. Une catégorie d’étudiants va à l’université pour protester, manifester, et surtout insulter … mais ils oublient qu’ils ont un devoir à accomplir vis-à-vis d’eux-mêmes et de l’université. Ils oublient qu’ils y viennent pour apprendre et être formés pour servir la patrie. Ils ne se rendent pas compte qu’ils sont en train de détruire la forteresse des sciences.

Il me semble que la cause principale de la décadence de la vie universitaire revient essentiellement à l’inversion des notions. En effet, l’inversion des notions est due à une confusion entre la formation universitaire, la culture, la politique et la religion. On constate que certains activistes ont tendance à réduire l’islam à des notions politiques qui changent selon le temps, l’espace et les circonstances. On peut lire dans l’islam des grandes lignes éthiques qui pourraient servir les idées politiques. Il reste à avouer que les idées politiques sont les fruits de l’oeuvre humaine. On ne peut pas nier l’influence de la religion sur la culture humaine, parce que la religion est, avant tout, une civilisation.

Je voudrais dire aussi à ceux qui prétendent qu’il y a une rupture entre la politique et la religion : Vous avez tort ! Car dans une société comme la nôtre, la religion est un mode de vie. Elle est à la fois une culture et une civilisation. Vous avez tort de réduire la religion à l’aspect culturel.

Les étudiants doivent savoir que « l’islam politique » est une fausse appellation, et que l’Etat religieux n’existe pas en islam. Il est l’invention d’un courant fanatique qui comprend mal la finalité de la religion. Il faut que les étudiants lisent l’Histoire, qui a démontré que l’autorité religieuse a été la cause du malheur de l’humanité. Elle a été, et est encore, contre la liberté et la démocratie. On ne peut pas oublier la citation de Nelson Mandela : « Etre libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres ».

Il semble que les étudiants qui manifestent, brûlent, détruisent et tuent ont oublié qu’ils doivent respecter le droit des autres à l’enseignement. Mais l’ignorance reste le seul ennemi de l’être humain. Jean de La Bruyère avait bien raison de dire : « C’est la profonde ignorance qui inspire le dogmatisme ».

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