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Edito : Le Caire, Riyad et Doha

Lundi, 10 février 2014

Le premier ministre, Hazem Al-Beblawy, a achevé cette semaine une visite en Arabie saoudite destinée à relancer la coopération entre Le Caire et Riyad. Dans la capitale saoudienne, le chef du gouvernement s’est notamment entretenu avec le roi Abdallah bin Abdel-Aziz et les hauts responsables saoudiens mettant l’accent sur « l’étroitesse des relations entre les deux pays ». La visite de Hazem Al-Beblawy au Royaume wahhabite revêtait une importance tant politique qu’économique. Sur le plan politique tout d’abord, la visite intervient dans un contexte particulièrement délicat. Les autorités égyptiennes de transition sont engagées depuis le renversement du président islamiste, Mohamad Morsi, dans une guerre contre le terrorisme tant dans le Sinaï que dans le Delta, où la récente attaque contre la direction de la police a été particulièrement frappante. Dans ce contexte, Le Caire était à la recherche du soutien politique de son voisin saoudien. Le but ? Faire front contre le Qatar et sa politique de soutien à la confrérie des Frères musulmans, déclarée désormais organisation terroriste en Egypte. En effet, Riyad a été éclipsée par le Qatar tout au long du Printemps arabe. Le petit émirat pétrolier du Golfe, qui essaie de se donner de l’envergure sur les scènes régionale et internationale, a soutenu à outrance les régimes islamistes issus des révoltes arabes, dont celui des Frères musulmans en Egypte. Outre les connivences idéologiques entre les Frères et une partie de l’appareil d’Etat au Qatar, Doha a cru que les Frères allaient devenir l’épicentre de la vie politique en Egypte et dans beaucoup de pays arabes et a parié sur ce fait. Le Qatar a notamment fourni une aide économique appréciable au régime des Frères musulmans et donne aujourd’hui encore refuge à certains militants islamistes recherchés par l’Egypte. Mais l’élimination politique des Frères musulmans a été saluée par l’ensemble des monarchies du Golfe, à l’exception du Qatar. L’Arabie saoudite notamment a fortement soutenu l’Egypte après le renversement de Mohamad Morsi. Le soutien politique saoudien à l’Egypte intervient donc sur fond de rivalités avec le Qatar.

Soutien politique mais aussi soutien économique. L’Arabie saoudite va fournir une aide supplémentaire à l’Egypte, qui pourrait atteindre les 4 milliards de dollars sous forme de dépôts auprès de la Banque Centrale d’Egypte (BCE) et de produits pétroliers. Riyad avait déjà fourni à l’Egypte plusieurs milliards de dollars d’aide. L’aide saoudienne s’avère vitale pour l’économie égyptienne en agonie depuis la chute de Moubarak. Depuis 2011, tous les indicateurs économiques sont dans le rouge. Le déficit commercial s’est aggravé, le déficit de la balance des paiements s’est accru, le compte courant s’est dégradé de 30 %. L’aide saoudienne permet de renflouer les réserves de la BCE et d’éviter une chute catastrophique de la livre égyptienne. Pour Le Caire, c’est une bouée de sauvetage qui arrive au bon moment.

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