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La marche vers la démocratie

Lundi, 20 janvier 2014

Pour l’Occident, le monde arabe ne va pas suffisamment vite sur le chemin de la démocratie. Cependant, on oublie souvent de dire que la démocratie est un concept moderne et que la France n’a pu voir émerger ce concept qu’à la suite de nombreuses années et de luttes sociales et politiques. Certains médias français ont critiqué les conditions d’élaboration du nouveau texte constitutionnel égyptien. Mais il s’agissait de répondre à l’urgence de la crise politique et le peuple, c’est-à-dire la souveraineté populaire, a validé à travers un référendum le nouveau texte constitutionnel. Il s’agit là d’une démarche démocratique. Certains médias occidentaux ont critiqué l’intervention de l’armée et ont même parlé de « coup d’Etat ». Il semble que plusieurs arguments poussent dans le sens contraire. Un coup d’Etat suppose un renversement immédiat du pouvoir. Dans le cas de l’Egypte, l’armée a attiré l’attention du président Morsi à plusieurs reprises sur le fait de tenir compte des manifestations et aspirations populaires. D’autre part, un « coup d’Etat militaire » supposerait la mise en place d’un pouvoir militaire. Ce qui n’est pas le cas en Egypte, où l’exécutif a été confié à des civils. L’armée ne semble pas vouloir le pouvoir, mais mettre en place les conditions nécessaires à la stabilisation du pays. Le président Morsi, au pouvoir, avait tenté de politiser l’administration en intégrant des membres des Frères musulmans à des postes-clefs. Des tentatives ont eu lieu au sein des écoles de formation de la police ou des écoles de formation des officiers militaires. Il a même été proposé d’abaisser l’âge de départ à la retraite des magistrats, afin de favoriser le renouvellement de ces derniers dans le sens du pouvoir. Enfin, Le président Morsi souhaitait également politiser l’armée en y plaçant des membres de la confrérie. De manière générale, l’Egypte s’enfonçait dans une crise profonde, une société divisée allant à la confrontation. L’armée a alors agi face à l’urgence de la situation en tenant compte des revendications populaires. C’est sur la base de ces revendications que le comité des 50 a proposé un nouveau texte constitutionnel. Celui-ci semble tracer le chemin vers la démocratie, même s’il faudra être attentif à sa mise en oeuvre. On pourra évidemment ne pas être d’accord avec telle ou telle disposition qui pourraient évoluer dans l’avenir, mais dans l’ensemble, le texte proposé en peu de temps apporte certaines nouveautés qui vont dans le bon sens. Au niveau du pouvoir judiciaire, il est garanti l’inamovibilité des juges. Nous avons l’interdiction de constituer des partis religieux. Il s’agit là de la volonté de ne pas politiser l’islam. La place de la religion dans le fonctionnement des institutions a été réduite. C’est ainsi que le comité de rédaction de ce projet de loi a abrogé l’article 219, qui faisait de la jurisprudence islamique et des traditions prophétiques (fiqh et sunna) des sources d’inspiration de la loi. La liberté de croyance est davantage protégée, car elle est qualifiée « d’absolue ». Le nouveau texte renforce le statut des femmes. En effet, l’Etat s’engage pour la première fois à les protéger contre toutes formes de violence et à leur assurer une représentation minimale au sein du Parlement et des municipalités. Enfin, la Constitution de 2013 renforce la protection des droits et libertés, en étendant notamment la liste des droits protégés (droit à la vie, à obtenir la nationalité pour toute personne née de père ou de mère égyptiens, interdiction de la traite des êtres humains, droit de donner ses organes, protection de l’environnement et de l’héritage culturel) et en renforçant la protection de droits qui figuraient déjà dans les textes précédents (droits de l’enfant, interdiction de la torture, annulation des peines de prison dans les procès liés à la presse). De plus, figure désormais dans le texte de 2013 un engagement de l’Etat à respecter les droits et libertés mentionnés dans les accords et traités internationaux relatifs aux droits humains ratifiés par l’Egypte.

A travers ces quelques lignes, il ne s’agit pas d’occulter les zones d’ombre qui pèsent sur le nouveau texte. Mais il s’agit de mettre en avant les aspects qui semblent aller dans le bon sens. La société égyptienne a besoin de stabilité lui permettant d’assurer son développement économique et ne pas se laisser enfermer dans un islam politique mettant l’administration au service d’un pouvoir religieux qui ne semble pas rassembler en Egypte. L’armée n’a fait, semble-t-il, que tenter d’assurer cette transition démocratique, laissant au pouvoir civil, à travers des élections libres, le soin de diriger dans le futur ce grand pays qu’est l’Egypte.

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