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Les gains et les pertes dans la crise de Gaza

Mercredi, 12 juin 2024

La crise actuelle causée par l’agression israélienne contre la bande de Gaza est différente de celles que le Proche-Orient a connues.

Celle-ci dévoile le déséquilibre dans le système mondial et l’existence de poids réels d’équilibre dans la région qui n’ont pas été déterminés par l’emploi de la force militaire, mais plutôt par les objectifs politiques et sécuritaires. L’agression israélienne a dévoilé que la force militaire n’est qu’un outil qui peut ne pas réussir à réaliser les objectifs politiques et sécuritaires de l’Etat, et peut même contribuer à leur destruction. A l’opposé, l’emploi intelligent des capacités militaires peut aboutir non seulement à réaliser ce que la force militaire effective a échoué à faire, mais peut aussi faire échouer les objectifs politiques et militaires des autres parties.

La crise causée par l’agression israélienne a dévoilé un ensemble de réalités qui domineront la région pendant la phase à venir. La première est qu’il existe des limites à l’efficacité du recours à la force militaire. Israël a réussi à détruire la bande de Gaza et à tuer des milliers de civils, mais n’a pas réussi jusqu’à présent à réaliser ses objectifs militaires et sécuritaires ; il n’y a aucune évidence que le Hamas a été détruit. Les otages n’ont pas été libérés. En plus, la sécurité n’est garantie ni pour l’Etat, ni pour la société israélienne. Le plus important est que la force militaire israélienne a échoué à liquider la cause palestinienne à travers le déplacement forcé. En contrepartie, le recours exagéré et non calculé à la force a démenti la prétention de « l’Etat démocratique dans un milieu non démocratique » et a confirmé l’image d’Etat d’occupation qui a recours à la force sans respect du droit international humanitaire. Aujourd’hui, Israël affronte des accusations et des procès judiciaires internationaux pour crimes de guerre et génocide.

Dans le même contexte, l’agression israélienne a dévoilé l’existence d’une crise structurelle complexe à l’intérieur d’Israël basée sur 3 sources importantes de faiblesse. Premièrement, les limites des compétences des institutions militaires et sécuritaires face à des mouvements de résistance à l’armement limité. Deuxièmement, l’hégémonie des conflits politiques et religieux intérieurs a mené à des équilibres politiques fragiles. Troisièmement, le processus de prise de décision politique et militaire est soumis à ces conflits, ce qui s’est reflété sur l’efficacité du recours politique à la force militaire. Tout ceci nous mène à une déduction importante : la force militaire en soi ne garantit ni la réalisation de la sécurité, ni les objectifs politiques de l’Etat. Il est plutôt question de la nature de la décision politique liée au recours à la force militaire et à la capacité de la direction politique à exploiter cette force.

Par contre, l’Egypte a présenté un modèle différent de la capacité à réaliser de grands objectifs politiques sans avoir recours à la force militaire et sans que ceci nie son exploitation de façon bien calculée et précise dans la gestion de la crise. Le premier succès égyptien est d’avoir réussi à faire échouer le plan israélien de liquidation de la cause palestinienne à travers le déplacement forcé des habitants de Gaza vers le Sinaï. Au contraire, la position égyptienne a contribué à former une conscience chez les nouvelles générations palestiniennes sur l’importance de tenir à leur terre et le danger d’accepter le déplacement, malgré la difficulté de la situation dans la bande de Gaza et les coûts matériaux et humains énormes que ces générations ont payés à cause de l’agression israélienne. En plus, la diplomatie égyptienne a réussi à construire une conviction internationale sur le danger de négliger la cause palestinienne. Le plus important est que l’Egypte a réussi à créer un accord international sur le moyen de traiter la cause palestinienne. Au lieu d’inciter à la tenue de négociations qui devaient aboutir à l’instauration de l’Etat palestinien, l’Egypte a proposé d’abord la reconnaissance de l’Etat palestinien à l’Onu, puis la tenue de négociations sur les autres questions. L’approche égyptienne est basée sur une lecture précise de l’expérience des Accords d’Oslo de 1993 sans réaliser l’objectif le plus important d’instaurer un Etat palestinien.

L’Egypte a également réussi à réaliser un 3e objectif, qui est de contrer des menaces à la sécurité nationale, grâce à l’exploitation bien calculée de ses capacités militaires dans un contexte politique plus large. Elle a réussi à prouver son rôle en tant que force de paix dans la région. Malgré l’alliance entre Israël et les Etats-Unis et l’évolution des relations entre Israël et certaines puissances dans la région pendant les dernières années, la crise actuelle a prouvé que le rôle de l’Egypte en tant que médiateur ou parrain des négociations de cessez-le-feu ne peut être dépassé. Et ce, pour plusieurs raisons : son poids politique et diplomatique, ses relations avec les parties en conflit, en plus des considérations géopolitiques.

Alors qu’Israël sortira de la crise avec des dégâts évidents (une image ternie au niveau international, l’échec à réaliser les objectifs de la guerre, etc.), l’Egypte aura des succès sûrs (protection de la cause palestinienne, rapprochement de la position internationale sur le conflit palestino-israélien, protection de la sécurité nationale). Tous ces objectifs ont été réalisés sans avoir recours à la force militaire et sans implication directe dans la guerre, et donc sans assumer des coûts militaires et économiques directs.

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