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En réponse à Washington

Dimanche, 05 janvier 2014

La décision du gouvernement de classer la confrérie des Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes est intervenue en réponse à la violence des islamistes dans le pays depuis la destitution du président Mohamad Morsi. La confrérie et ses partisans font tout pour saper les fondements de l’Etat, à un point qui ferait basculer le pays dans une guerre civile.

Nous sommes face à un phénomène qui se répète dans tous les pays arabes avec le déploiement de milices armées brandissant l’étendard de l’islam djihadiste. Il s’agit d’un scénario à répétition que l’on retrouve en Libye, comme en Iraq, au Liban, en Tunisie et au Yémen. La décision du gouvernement égyptien a suscité une vive polémique internationale et régionale, notamment de la part des Etats-Unis qui cherchent à instrumentaliser la confrérie dans le cadre de leur stratégie au Moyen-Orient afin de contenir les groupuscules extrémistes. Il en est de même pour la Turquie et le Qatar, les deux principaux parrains des Frères musulmans, dans l’objectif de mettre en place ce qu’il est convenu d’appeler l’axe régional sunnite sous le commandement de la Turquie.

En réponse à ces critiques, je dirais qu’un tel classement des organisations et groupes terroristes diffère d’un pays à l’autre. La preuve en est que de nombreux groupes sont classés par certains pays sur cette même liste, et ne le sont pas par d’autres pays. Les Etats-Unis ont toujours considéré certaines organisations comme entités terroristes, à l’instar du groupe d’Abou Nedal, les brigades des martyrs d’Al-Aqsa, l’organisation d’Al-Qaëda en Iraq, le Hezbollah, le mouvement Hamas et autres ... à un moment où la Russie ne les considérait pas comme telles. Et vice-versa. Cela s’applique à l’organisation Al-Qaëda pour le Maghreb islamique (Aqmi), le conseil d’Al-Choura des moudjahidines dans le Caucase, le Parti de la libération, les talibans et les Frères musulmans.

Cela signifie tout simplement que les considérations de sécurité nationale, les intérêts politiques et le danger de ces organisations déterminent la position des pays. Cependant, une lecture plus approfondie montre qu’il n’existe pas de différences fondamentales ou même secondaires entre les différentes organisations figurant sur la liste de tel ou tel autre pays, que ce soit au niveau du degré de violence exercé, de la référence idéologique ou des moyens et des outils utilisés. Rappelons ce que les Etats-Unis ont fait en Afghanistan pour contrer l’influence russe avec le mouvement des talibans. Il est donc normal que la décision du gouvernement égyptien suscite une polémique qui persistera quelque temps, car toute l’affaire dépend des intérêts de chaque Etat et de sa sécurité nationale. La question fondamentale qui reste sans réponse est de sav oir si la violence des Frères est logique ou pas ? L’Histoire montre que la violence des Frères est intrinsèquement liée à leur stratégie. Cela revient non seulement au fait qu’elle est l’organisation mère des groupes islamistes extrémistes depuis sa création à la fin des années 1920. Mais également à sa méthode et sa référence idéologique qui ont ancré la première organisation armée clandestine à la fin des années 1930, qu’on appelle aujourd’hui les milices, branche armée de toute organisation. Et donc il serait erroné de dire que la méthode de Hassan Al-Banna, fondateur de la confrérie, diffère de celle de son successeur Sayed Qotb qui est aux yeux de beaucoup le plus rigoriste et à l’origine de l’émergence des groupes armés djihadistes taxant les autres d’apostasie. C’est une erreur courante de le considérer comme tel, parce qu’en réalité, l’organisation clandestine est apparue à l’époque de Hassan Al-Banna, c’est-à-dire avant Sayed Qotb qui n’a fait qu’ancrer et affirmer la méthode armée en la considérant comme partie intégrante de l’activité de la confrérie. Il est d’ailleurs connu de tous qu’Al-Banna appelait cette organisation « Armée de l’islam », à l’heure où, dans les années 1940, le pays traversait des secousses politiques avec des assassinats en série.

Il est évident que nous sommes confrontés aujourd’hui à quasiment la même violence. Lorsque la confrérie avait été obligée de proclamer la dissolution de cette organisation, à l’époque de son deuxième guide spirituel Hassan Al-Hodeibi, on n’a jamais pu connaître son destin. Surtout avec la présence indéniable de l’organisation internationale qui alimentait de nombreux groupes terroristes dans leurs différentes appellations depuis l’organisation d’Al-Qaëda, Ansar Beit Al-Maqdes, les salafistes djihadistes, tous inspirés des idées d’Al-Banna et de son disciple Sayed Qotb. Raison pour laquelle le président destitué s’est hâté de libérer des centaines de leurs membres qui ont renvoyé l’ascenseur en intensifiant les opérations suite à sa destitution .

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