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La transformation des systèmes agroalimentaires

Mercredi, 06 mars 2024

Le monde est confronté à un défi majeur dans son parcours pour atteindre l’Objectif de Développement Durable 2 (ODD2) de l’Onu, lequel vise à éliminer la faim et toutes les formes de malnutrition d’ici 2030.

Ceci est particulièrement avéré dans la région du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord (NENA) qui a connu ces dernières années une montée inquiétante de l’insécurité alimentaire. Cet effroyable développement peut être imputé à une multitude de facteurs : l’impact des conflits, la crise climatique et d’autres calamités. Les crises récentes à Gaza, au Soudan et au Yémen, conjuguées à des pressions prolongées dans d’autres pays comme la Syrie et l’Iraq, sont très préoccupantes. Une action immédiate est nécessaire pour surmonter ces défis et préserver les chaînes d’approvisionnement alimentaire, afin de garantir la sécurité alimentaire pour tous.

Pour ce faire, nous devons accélérer la transformation des systèmes agroalimentaires pour les rendre plus efficaces, plus inclusifs, plus résilients et plus durables. Ceci était l’une des principales questions débattues lors de la 37e session de la Conférence ministérielle régionale de la FAO pour le Proche-Orient, tenue à Amman, en Jordanie, les 4 et 5 mars 2024. Durant cette réunion biennale de l’organe directeur, les ministres des pays de la région NENA ont évalué la situation des systèmes agroalimentaires de la région en vue de l’élaboration d’un plan d’action pour l’avenir, ainsi que pour identifier les principales priorités du programme de travail de la FAO dans la région.

A la FAO, nous avons réaligné et recentré nos efforts pour aider les membres à accélérer la transformation requise. Nous avons adopté des stratégies opérationnelles agiles, offert des données adaptées et opportunes en plus d’un soutien analytique, renforcé notre engagement auprès des gouvernements, du secteur privé, de la société civile, du monde universitaire et des institutions financières internationales, et établi des partenariats transformateurs avec tous les acteurs-clés. La FAO, réformée et restructurée, est désormais mieux équipée, adaptée aux objectifs, et oeuvre déjà dans le sens de cette transformation.

Les défis auxquels font face les systèmes agroalimentaires dans la région, et en dehors de la région, sont énormes et ne cessent de s’amplifier. Avec une population croissante et des ressources agricoles qui s’amenuisent, nous devons nous battre pour améliorer autant que possible la productivité et l’efficacité. Nous devons produire plus avec moins. A cette fin, nous devons exploiter le potentiel de la coopération, du commerce, de l’investissement et de l’utilisation de l’innovation et de la technologie au sein de la région, mais aussi avec d’autres régions. La priorité devrait être d’établir des corridors alimentaires qui devraient exploiter le potentiel de production, les chaînes de valeur régionales, le commerce intra-régional, le stockage et les systèmes de réserve. Nous devons préserver les chaînes d’approvisionnement et le commerce pour garantir la disponibilité, l’accessibilité et l’abordabilité des produits alimentaires pour tous.

La région est également confrontée à une grave pénurie d’eau et à des chocs climatiques. Par conséquent, nous devons accorder la priorité à l’adaptation au changement climatique et à l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. Les systèmes agroalimentaires sont des solutions fondées sur la science et les données. Nous devrions reconnaître les efforts déployés par l’Egypte et les Emirats arabes unis pour encourager une action collective et des voies à suivre lors des COP27 et COP28, afin de faire évoluer l’agenda des systèmes agroalimentaires et de la sécurité alimentaire, ainsi que le nexus alimentation-eau-énergie.

En soutien à ce processus, la FAO a initié, lors de la COP27, un processus qui a atteint son point culminant lors de la COP28, avec le lancement de la feuille de route mondiale pour la réalisation de l’ODD2 sans dépasser le seuil de 1,5°C. Cette feuille de route tend à démontrer que des actions climatiques accélérées peuvent transformer les systèmes agroalimentaires et contribuer à atteindre une alimentation saine et nutritive pour tous.

A la FAO, les membres ont approuvé le Cadre stratégique 2022-2031 de la FAO fondé sur les quatre améliorations : une meilleure production, une meilleure nutrition, un meilleur environnement et une vie meilleure, ne laissant personne de côté. Ce cadre global nous donne l’occasion de jeter un large regard sur nos systèmes agroalimentaires, d’identifier les domaines à améliorer et de prendre les mesures adaptées. Les membres bénéficient de l’expertise technique, de l’assistance et de l’appui de la FAO à travers son siège, ses bureaux régionaux, sous-régionaux, ainsi que ses bureaux de pays, pour assurer une mise en oeuvre efficace en soutien au Programme de développement durable à l’horizon 2030 et des ODD. Je me penche, d’ailleurs, sur le renforcement des bureaux de pays de la FAO afin de maximiser leur impact sur le terrain et de soutenir le travail des membres au niveau national.

En appui à notre cadre stratégique, nous avons mis en place un certain nombre d’initiatives phares pour soutenir la transformation, telles que l’initiative Main dans la main de la FAO qui soutient l’application de programmes ambitieux menés au niveau national pour accélérer la transformation des systèmes agroalimentaires en éradiquant la pauvreté (ODD1), en mettant fin à la faim et à la malnutrition (ODD2) et en réduisant les inégalités (ODD10) ; et l’initiative Un pays, un produit prioritaire (OCOP) qui accompagne les pays dans le développement de chaînes de valeur alimentaires plus durables pour les produits agricoles spéciaux et l’amélioration des moyens de subsistance en milieu rural.

Les mesures proactives élaborées pour relever les défis de l’agriculture et de la sécurité alimentaire jouent, ici, un rôle crucial. Ceci n’est pas seulement important d’un point de vue social et économique, mais l’est aussi pour le maintien de la paix et de la stabilité. Récemment, cette région a connu des troubles sociaux et politiques causés par le manque de sécurité alimentaire. Les conséquences de tels développements devraient suffire pour accorder la priorité à la résolution de ce défi et à la prévention d’éventuels déferlements futurs. Actuellement, plus de la moitié de la population de la région ne peut se permettre un régime alimentaire sain, ce qui représente une sérieuse préoccupation. Les gouvernements devraient oeuvrer à améliorer l’accès à des régimes alimentaires sains et abordables pour leurs populations. La FAO continuera à soutenir ces efforts nationaux en servant, notamment, de plateforme professionnelle pour le dialogue et l’échange de connaissances.

Je voudrais souligner l’importance d’une transformation non seulement efficiente et efficace, mais aussi inclusive. Nous devons nous attaquer aux lacunes et aux inégalités structurelles et sociétales. Pour y parvenir, nous devons nous pencher sur le développement rural, l’autonomisation des femmes, la mobilisation des jeunes en tant qu’acteurs-clés des systèmes agroalimentaires, la promotion des entrepreneurs agricoles et des connaissances locales, et l’inclusion des communautés et des groupes marginalisés. Les agriculteurs doivent être au coeur de notre travail.

Il est temps de mobiliser tous les efforts pour transformer les systèmes agroalimentaires. Accordons la priorité aux ressources afin de garantir la sécurité alimentaire et une meilleure nutrition pour tous, sans laisser personne de côté. La FAO est dévouée à cette noble quête.

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