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La famine, arme de guerre à Gaza

Mercredi, 28 février 2024

Dans la bande de Gaza meurtrie par la brutalité inouïe de l’offensive militaire israélienne, les organisations de l’aide humanitaire décrivent une situation désastreuse dans laquelle la famine et la privation d’aide sont devenues une stratégie délibérée et une arme de punition collective qu’utilise l’Etat hébreu contre la population palestinienne afin de la condamner à une mort lente et la forcer à quitter sa terre. Les preuves abondent.

Le 20 février, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a interrompu les livraisons de nourriture vitales dans la région isolée du nord de Gaza, affirmant que les convois d’aide ont essuyé des tirs de l’armée israélienne et des pillages de la nourriture par des civils affamés. De son côté, l’Office de secours et de travaux des Nations-Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) a indiqué qu’il n’avait pas été en mesure de fournir une aide alimentaire au nord de Gaza depuis le 23 janvier en raison des frappes militaires dont les convois ont été victimes, ainsi que des restrictions financières imposées par Israël pour bloquer la nourriture pour plus d’un million de Gazaouis. L’UNRWA a affirmé que plus de 1 000 conteneurs maritimes en provenance de Turquie étaient retenus dans un port israélien, car le ministre des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich, a ordonné l’annulation des allègements douaniers et autres réductions fiscales pour l’agence onusienne. Le 5 février, l’armée a tiré sur un convoi de l’ONU transportant des vivres vitaux dans le centre de Gaza, avant d’empêcher les camions de progresser vers le nord de l’enclave. A la suite de cette frappe, l’UNRWA a décidé de cesser d’envoyer des convois vers le nord.

L’armée israélienne a ordonné à 1,1 million de civils palestiniens d’évacuer toutes les zones au nord et de se réfugier dans le sud au début de son offensive terrestre en octobre. La plupart des habitants ont suivi l’ordre israélien, mais quelque 300 000 ont choisi de rester ou n’ont pas pu fuir car les troupes israéliennes ont encerclé la région. Le mois dernier, l’UNRWA a déclaré que ces habitants du nord de Gaza dépendaient pour leur survie de son aide, actuellement suspendue. Ils font face à un risque croissant de famine car les livraisons d’aide au nord se font rares en raison du refus de l’armée israélienne d’en autoriser l’acheminement. L’agence de coordination humanitaire de l’Onu, OCHA, a annoncé que 56 % des missions d’aide au nord de Gaza se sont vu refuser l’accès en janvier et qu’il y a de plus en plus d’ingérence de l’armée israélienne dans la manière et l’endroit où l’aide est acheminée. Le chef régional du PAM, Matt Hollingworth, cite à ce propos que l’armée « imposait des réductions du volume de l’assistance, telle la quantité de nourriture ».

Un rapport conjoint publié par le PAM et l’UNICEF, l’agence des Nations-Unies pour l’enfance, a révélé que la situation est « particulièrement extrême » dans le nord. Il a indiqué que la malnutrition aiguë chez les enfants de moins de deux ans a fortement augmenté et dépassait désormais le seuil critique de 15 %. En conséquence, le PAM a exhorté à une expansion majeure de l’aide au nord de Gaza. Il a noté que cela nécessiterait des volumes significativement plus élevés de nourriture entrant à Gaza par plusieurs itinéraires et a appelé à l’ouverture des points de passage entre Israël et le nord de l’enclave.

Face à une situation humanitaire qui se détériore, l’Onu met en garde depuis décembre contre la famine imminente dans le nord. Le PAM a, de son côté, affirmé un « glissement précipité vers la faim et la maladie » et indiqué que ses équipes avaient été témoins d’un « désespoir sans précédent » parmi la population. « La nourriture et l’eau salubre sont devenues incroyablement rares et les maladies sont monnaie courante, compromettant la nutrition et l’immunité des femmes et des enfants et entraînant une poussée de malnutrition aiguë », a-t-il souligné, ajoutant que « des gens meurent déjà de causes liées à la faim ». Les agences humanitaires estiment qu’il existe déjà des « poches de famine » à Gaza, où des centaines de milliers de personnes vivent dans les ruines d’anciennes maisons avec presque aucune infrastructure fonctionnelle. Certains résidents ont recours à la mouture des aliments pour animaux en farine pour survivre. Les habitants du nord ont également du mal à trouver un approvisionnement en eau potable et doivent creuser dans la terre pour puiser de grandes conduites d’eau souterraines.

Plus au sud, dans la ville frontalière de Rafah, plus d’un million de personnes déplacées par les combats ailleurs se disputent l’espace avec les 300 000 habitants de la ville. Les agences d’aide affirment que de nombreuses personnes y souffrent de la faim et qu’une crise de santé publique se profile avec un manque d’abris, d’assainissement et de soins médicaux. Elles avertissent qu’une offensive terrestre israélienne pourrait transformer Rafah, maintenant remplie d’abris surpeuplés et de tentes de fortune, en cimetière.

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