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L’IA et les pays en développement

Mercredi, 07 février 2024

L’avènement de la 4e révolution industrielle et les progrès technologiques qui l’accompagnent ont retenu l’attention du monde entier, entraînant un intérêt sans précédent pour l’exploitation de l’Intelligence Artificielle (IA).

Celle-ci est devenue un catalyseur crucial pour stimuler l’innovation et la croissance économique à l’échelle mondiale, y compris dans les pays en développement. Pour ces derniers, elle offre d’importantes opportunités de développement accéléré et de transformation positive dans divers secteurs, tels que les soins de santé, l’éducation et l’agriculture. Par exemple, l’IA améliore l’efficacité et la productivité dans l’agriculture grâce à l’analyse météorologique et à la détection des ravageurs, et contribue à un diagnostic plus rapide et plus précis des maladies dans les soins de santé. Dans l’éducation, elle promet des systèmes d’apprentissage plus adaptatifs et personnalisés, tandis que dans le secteur public, elle peut améliorer l’efficacité de services tels que la gestion du trafic et les services financiers.

Les pays en développement ont commencé à tirer parti de ces opportunités. Mais pour pouvoir en bénéficier pleinement, ils doivent relever plusieurs défis, à commencer par celui du développement d’une infrastructure technologique robuste. Celle-ci comprend l’amélioration des réseaux Internet, le développement de centres de données et le développement de plateformes de « Cloud computing ». Ce dernier procédé permet de louer des technologies de l’information au lieu de les acheter, faisant ainsi l’économie d’investissement massif dans des bases de données, des logiciels et du matériel. Le Cloud computing offre ainsi flexibilité et évolutivité des ressources informatiques, ce qui est important pour les start-up et les innovateurs locaux dans le développement de solutions d’IA sans investir massivement dans une infrastructure informatique physique. Parallèlement, les centres de données jouent un rôle-clé en fournissant une grande capacité de stockage et de traitement des données, nécessaire à l’analyse des données à grande échelle par l’IA.

Une connectivité Internet rapide et stable est également essentielle pour prendre en charge les opérations d’IA. Sans un accès fiable aux données, la capacité de l’IA à traiter de grandes quantités d’informations sera entravée, ce qui réduira son efficacité. L’Afrique subsaharienne souffre particulièrement d’un manque d’accès à Internet. Au cours de la dernière décennie, la pénétration d’Internet dans le continent a considérablement augmenté, passant de 8 % en 2011 à 36 % en 2021. Cette pénétration limitée peut être largement attribuée à un accès inadéquat à l’électricité et à des investissements insuffisants dans des composants essentiels de l’infrastructure Internet, tels que les câbles à fibres optiques, les tours cellulaires et les stations de base. Selon les données de la Banque mondiale, 80,7 % de la population urbaine d’Afrique subsaharienne est raccordée à l’électricité. Comparativement, l’Asie du Sud a un taux de connectivité électrique urbaine de 99,9 % et l’Amérique du Sud et centrale a un taux de 99,5 %. Ce chiffre tombe à 30,4 % dans les régions rurales en Afrique subsaharienne, contre 98,3 % en Asie du Sud et 96,5 % en Amérique du Sud et centrale.

Une infrastructure technologique adéquate est également importante pour attirer les investissements étrangers. Ceux-ci ont tendance à investir des capitaux dans des pays dotés d’infrastructures technologiques fiables. Par conséquent, le développement d’une infrastructure technologique robuste non seulement soutient l’innovation nationale, mais attire également les investissements étrangers, ce qui accélérera la croissance économique et les progrès technologiques.

Autre défi : la collaboration entre le gouvernement, l’industrie, le monde universitaire et la société civile. Cette association est cruciale pour développer l’IA. Le rôle du gouvernement est essentiel dans l’établissement de réglementations et de politiques qui soutiennent l’innovation en IA, en veillant à ce que le développement de cette technologie s’aligne sur les besoins et les conditions nationales. De son côté, l’industrie apporte une expérience pratique et des ressources financières nécessaires à la mise en oeuvre de solutions d’IA efficaces et durables. Les universitaires jouent un rôle important dans le développement de l’IA, orientant leurs recherches pour la résolution de vrais problèmes de société. La collaboration avec des universitaires contribue à améliorer la qualité et la pertinence de la recherche sur l’IA, en veillant à ce que les résultats de la recherche puissent être appliqués de manière pratique. Parallèlement, la société civile, y compris les ONG et les organisations communautaires, aurait à fournir des perspectives sur l’impact social de l’IA, aidant à garantir que son développement soit éthique et responsable.

Une préoccupation majeure à ce propos tient aux pertes prévisibles d’emplois, qui seraient remplacés par l’IA. Mais le développement de cette dernière devra s’accompagner par la création d’emplois dans divers secteurs. Par exemple, dans celui de la technologie, il y aura un besoin de développeurs d’IA, d’analystes de données et de spécialistes de la cybersécurité. L’IA crée également une demande pour des professions telles que des techniciens pour la maintenance et l’exploitation de systèmes d’IA. Elle peut aider à créer des emplois dans d’autres secteurs, tels que les soins de santé, l’éducation et les services financiers, en automatisant les tâches de routine et en permettant aux professionnels de ces domaines de se concentrer sur des aspects plus stratégiques et analytiques de leur travail.

Les inquiétudes croissantes concernant les implications éthiques de l’utilisation de l’IA présentent un important défi à relever. L’absence de politiques robustes de protection des données et d’IA dans les pays du Sud pourrait potentiellement entraîner d’importants abus à mesure que l’IA gagne en portée. Ces pays sont donc appelés à élaborer des réglementations solides sur l’utilisation éthique de l’IA, couvrant la protection et la confidentialité des données, tout en garantissant que l’innovation se poursuit sans compromettre les droits individuels.

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