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La Constitution et la crise de confiance

Mercredi, 10 octobre 2012

A un moment où il semble que les travaux de l’assemblée constituante chargée de rédiger la Constitution sont sur le point de s’achever, personne ne sait à juste titre quels sont ses aboutissants, ni la nature des articles sur lesquels les membres se sont convenus. De quoi enflammer les sentiments de mauvais présage et prédire un refus préalable vis-à-vis de la Constitution.

En réalité, la nouvelle Constitution en phase de rédaction ne se fait pas dans les meilleures circonstances, pour un pays prônant l’incarnation réelle des principes ayant fait le consensus d’un peuple sorti, deux ans auparavant, dans les rues et les places revendiquant liberté, démocratie, équité sociale et dignité humaine.

On s’attendait à ce que la nouvelle Constitution soit l’expression la plus éloquente de cette liberté pour laquelle a milité tout un peuple face à un régime vieux et désuet. Vraisemblablement, ce qu’on a entendu jusque-là affirme qu’on est en passe de voir une Constitution contraignante non seulement de la liberté, mais également de tous les autres idéaux de démocratie, d’équité sociale et de dignité humaine.

Il est vrai que toutes ces rumeurs nous sont parvenues de sources émanant de la constituante désireuses probablement de faire entendre leurs voix et leurs avis. Ou nous les avons puisées de sources journalistiques, non confirmées. Tout cet imbroglio a surgi en l’absence totale de déclarations officielles qui auraient dû être faites par le secrétariat général de l’assemblée ou par sa présidence. L’un des exemples les plus flagrants est l’article n° 2, qui a été copié tel quel de l’ancienne Constitution et qui a fait couler beaucoup d’encre. A maintes reprises, il a été proposé d’amender le mot « principe de la charia » au profit de la « charia islamiya ». Nous avons également entendu que le mot « principe » sera remplacé par « préceptes ». Cette polémique s’est prolongée depuis la tenue de la première assemblée constituante qui a été abrogée en vertu d’un verdict, en passant par la deuxième assemblée qui avait commencé à prendre forme quelques mois auparavant. Et nous avons été surpris par la publication du premier communiqué officiel de l’assemblée affirmant que l’article n° 2 de la Constitution ne sera pas modifié.

L’autre exemple est relatif à l’abaissement de l’âge du mariage des fillettes qui a suscité la grogne de tous les acteurs de la défense des droits de la femme et des organisations des droits de l’homme. Lors d’une rencontre avec le président de l’assemblée constituante, Hossam Al-Gheryani, il a totalement nié ces informations. Il a avancé que de tels sujets n’ont rien à voir ni de loin ni de près avec la Constitution. Si certains membres les ont évoqués au sein de l’assemblée, c’est leur droit, a-t-il dit, mais cela ne veut pas dire qu’ils ont été approuvés par l’assemblée ou qu’ils peuvent convenir à la Constitution. En effet, ceci a été publié dans les journaux par certains membres de l’assemblée constituante, probablement par ceux qui l’ont proposé au départ. Résultat : une vague de refus a été déclenchée contre l’assemblée et les articles qui figureront dans la nouvelle Constitution. Ce qui a porté préjudice à la réputation de l’assemblée et a créé une crise de confiance entre celle-ci et l’opinion publique.

Sans doute la manière selon laquelle a été formée l’assemblée constituante, majoritairement représentée par le courant de l’islam politique, a entraîné cette crise de confiance. Nous avons souligné une absence quasi-totale d’intellectuels, d’écrivains, d’artistes et de penseurs, alors que 10 personnes des 50 chargées de rédiger la Constitution de 1954 étaient des intellectuels de renom, tels que Taha Hussein, Abdel-Rahmane Badawi, Ahmad Loutfi Al-Sayed, Abdel-Rahmane Al-Rafeï, Mahmoud Azim et Fekri Abaza. Nous avons également constaté qu’il y avait une absence remarquable de juristes qui ont participé à rédiger les Constitutions d’autres pays. Il n’y avait également aucune présence de savants, et la représentation des femmes, des coptes et des nubiens était faible et non conforme à leur rôle dans la société.

En contrepartie, nous avons remarqué la présence des partisans des islamistes et leurs sympathisants. Parmi eux ceux appelant à supprimer la langue anglaise des programmes scolaires parce que c’est illicite. Alors que d’autres pensent que l’hymne national est une pure invention et qu’il n’existait pas au moment de leurs pieux prédécesseurs. Bien que tous ceux-là ont profité de la climatisation dans la salle où se tiennent les réunions de la constituante. Ensuite, ils ont pris le volant de leur voiture ! Alors que ni les voitures, ni les climatiseurs n’existaient au temps de leurs pieux prédécesseurs.

En résumé, je dirai que l’assemblée constituante ne pourra achever ses travaux que si elle parvient à surmonter cette crise de confiance. Ce qui ne se réalisera pas sans une transparence totale, en évitant que les actions de l’assemblée ne soient pas tenues secrètes dans des séances à huis clos, loin de la surveillance et de l’observation de l’opinion publique.

La constituante à l’heure actuelle, et jusqu’à l’achèvement de la rédaction de la Constitution, se doit d’entrer en contact quasi-quotidien avec l’opinion publique, par le biais de son président, pour que le peuple soit mis au courant de tous les travaux. Il n’est surtout pas raisonnable que la Constitution, qui sera la pierre angulaire de la vie des citoyens pour des décennies, soit tenue secrète et qu’elle ne soit rendue publique que le jour du référendum. Nous devons être au courant de tous ses articles sans exception.

La constituante devra au moins faire sentir aux citoyens que leur avis est important et qu’elle veut travailler dans la transparence. Il s’agit en effet de défaillances qui pourraient atteindre une Constitution qui façonnera l’avenir auquel nous aspirons. Sa réussite dépend essentiellement du consensus de tout un peuple.

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