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Les Etats-Unis peuvent-ils perdre l'Egypte ?

Mardi, 12 novembre 2013

La visite du secrétaire d’Etat américain John Kerry n’a pas apporté beaucoup à l’Egypte et n’a pas vraiment mis fin aux divergences survenues dernièrement entre l’Egypte et les Etats-Unis, même si Washington a essayé de contenir la colère du Caire, en soumettant le dossier des relations bilatérales au comité de dialogue stratégique.

Auparavant, une séance tenue au Congrès sur les politiques américaines envers l’Egypte a montré au grand jour les divergences entre les députés républicains et démocrates vis-à-vis de ce dossier.

Certains députés se sont montrés critiques au lendemain de la destitution du président islamiste Mohamad Morsi et ont montré une certaine volonté de revoir le niveau des aides américaines, surtout militaires, allouées à l’Egypte. D’autres ont appelé à faire prévaloir les intérêts américains au niveau des relations avec l’Egypte.

Relations considérées comme très importantes pour les Américains qui veu­lent que la paix avec Israël soit maintenue. L’Administration américaine a récemment parlé franchement de l’échec du régime des Frères et de son incapacité à réaliser un mini­mum de satisfaction populaire.

Selon l’Admi­nistration américaine, Morsi a gouverné d’une manière tyrannique. Cette attestation, interve­nue tardivement, a donné lieu à des critiques directes contre l’Administration américaine, accusée d’avoir exercé des pressions sur l’Egypte afin de l’éloigner de la voie qu’elle s’est choisie. Ce désaccord ne concerne pas seulement l’Egypte mais l’ensemble des poli­tiques adoptées par Obama au Moyen-Orient que ce soit à l’égard de l’Iran, de la Syrie, du Hezbollah, de l’Arabie saoudite et des autres pays du Golfe.

La politique fluctuante des Etats-Unis vis-à-vis de la Syrie n’est un secret pour personne. Le refus de l’Arabie saoudite d’occuper le siège obtenu au sein du Conseil de sécurité était un message fort adressé aux Américains par leur ancien allié régional. L’Arabie saoudite a voulu, semble-t-il, expri­mer sa grogne à propos des politiques de Washington vis-à-vis de l’Iran, de la Syrie et de l’Egypte.

Tous ces exemples et d’autres prouvent que les politiques américaines ne sont pas claires et ne sont pas adaptées au contexte. Les relations entre Washington et leurs alliés connaîtront sans doute encore des hauts et des bas, et dans ce contexte l’Egypte ne fera pas exception. Quel était l’enjeu pour Obama lorsqu’il a pris récemment la décision de suspendre les aides militaires allouées à l’Egypte, après les événements du 30 juin ? La réponse est qu’il voulait, entre autres, exercer des pressions sur l’Egypte. Ce qui veut dire qu’il tient toujours aux mêmes politiques à d’autres niveaux. Chose qui s’est confirmée lorsque l’Adminis­tration a déclaré qu’elle avait l’intention de poursuivre la coopération avec l’Egypte et maintenir son soutien dans le dossier du Sinaï.

D’ailleurs, cette décision peut s’inscrire dans la logique américaine voulant demeurer le principal fournisseur d’armes à l’Egypte. Si les divergences persistent avec Washington, l’Egypte peut se procurer des armes à travers l’Arabie saoudite et les pays du Golfe.

Le Caire peut également s’orienter vers l’est : la Russie. Une orientation dont les grandes lignes ont commencé effectivement à s’esquisser. Sans doute, les visites mutuelles entre Moscou et Le Caire, dont la dernière en date a été la visite du chef des services secrets russes en Egypte, constituent un indice clair dans ce contexte.

Quelle que soit la voie qu’entreprendraient les relations égypto-américaines, la nouvelle orientation vers Moscou demeure importante, même si elle nécessite des efforts et des poli­tiques à long terme. Tout changement au niveau des relations entre l’Egypte et les Etats-Unis donnera lieu sans nul doute à des désavantages et sera loin d’être bénéfique. A la fin c’est une question de choix politique .

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