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Le dilemme de Biden face à Israël

Mercredi, 20 décembre 2023

Alors que la pression internationale monte sur Israël pour qu’il arrête sa guerre meurtrière contre la bande de Gaza, le président américain, Joe Biden, a signalé perdre patience face à la conduite de l’armée israélienne qui a mis en ruines l’enclave palestinienne.

Le 12 décembre, le locataire de la Maison Blanche a émis ses critiques les plus acerbes contre Israël, avertissant le premier ministre, Benyamin Netanyahu, qu’il perdait le soutien international à sa guerre contre le Hamas à cause de ses « bombardements aveugles » de la population civile.

Cette perte de soutien s’applique désormais également aux Etats-Unis et à Biden lui-même. Ce qui explique les récentes critiques exprimées par ce dernier à l’encontre d’Israël. En effet, des votes successifs aux Nations-Unies ont illustré à quel point Israël et les Etats-Unis sont de plus en plus isolés sur la scène internationale dans leur opposition à un cessez-le-feu. Le 12 décembre, l’Assemblée générale de l’Onu a massivement voté pour un cessez-le-feu humanitaire immédiat à Gaza. 153 Etats sur un total de 193 ont voté la résolution. Seuls 10, dont les Etats-Unis, Israël et l’Autriche, ont voté contre et 23, dont le Royaume-Uni et l’Allemagne, se sont abstenus. Le 27 octobre, la précédente résolution de l’Onu appelant à une « trêve humanitaire » a recueilli 120 voix pour, 14 contre et 45 abstentions. Le vote du 12 décembre a mis en évidence le renforcement du consensus mondial sur la nécessité de mettre un terme à l’offensive d’Israël contre Gaza, qui a fait jusqu’ici plus de 18 000 morts et plus de 50 000 blessés. 70 % des décès sont des enfants et des femmes. La résolution exprimait « une grave préoccupation face à la situation humanitaire catastrophique dans la bande de Gaza et aux souffrances de la population civile palestinienne ». Un projet de résolution presque identique, proposé le 8 décembre au Conseil de sécurité, a fait l’objet du seul veto américain, soulignant l’isolement international croissant de l’Administration Biden.

La pression interne sur Biden augmente également de jour en jour quant à sa position à l’égard de l’offensive israélienne, à la fois de la part de l’opinion publique et de son propre Parti démocrate. D’éminents membres de celui-ci l’ont averti que les tactiques militaires israéliennes lui coûteraient des voix dans la course présidentielle de 2024. La dissidence se répand même au sein de la présidence. Un groupe de personnes nommées à des postes politiques et de carrière travaillant dans l’Administration américaine a organisé une veillée devant la Maison Blanche le 13 décembre pour exiger un cessez-le-feu à Gaza. D’autre part, un récent sondage de CBS News a révélé que seuls 20 % des Américains pensent que la politique de Biden est susceptible de conduire à une résolution pacifique du conflit, tandis que 38 % des démocrates — contre 28 % le mois dernier — estiment que Biden a montré trop de soutien à Israël.

Mais en dépit des critiques du président américain à l’égard d’Israël, celles-ci ne se sont pas traduites en actions concrètes qui font la différence sur le terrain. Le 10 décembre, l’Administration a invoqué une autorité d’urgence pour contourner le Congrès et accélérer la vente de munitions de chars à Israël, renforçant la capacité de celui-ci à poursuivre la guerre. Le secrétaire d’Etat, Antony Blinken, a alors estimé qu’« il existe une urgence qui nécessite la vente immédiate » de munitions, d’une valeur de 106,5 millions de dollars, sans examen du Congrès. Cette décision a montré la réticence de Biden à priver Israël d’assistance militaire, ou même à essayer de renforcer l’influence des Etats-Unis en menaçant de le faire. De même, il s’est abstenu d’imposer des conditions à l’aide militaire susceptibles de modifier les tactiques de l’armée israélienne de manière à épargner des vies civiles, comme les membres de son Parti démocrate l’ont exhorté à le faire. Il n’exige pas non plus un cessez-le-feu ou une date de fin à une guerre qui a déplacé presque tous les 2,3 millions d’habitants de Gaza.

Au lieu de cela, Biden préfère une approche douce, en cherchant à persuader les dirigeants israéliens de changer d’ici janvier de plan militaire vers une tactique de moindre intensité et des opérations « chirurgicales » qui ciblent plus étroitement les militants et les dirigeants du Hamas. Selon de hauts responsables américains, l’Administration a fermement averti Israël que son armée ne peut pas poursuivre ses tactiques dévastatrices qu’elle a utilisées jusqu’ici à Gaza et qu’elle doit faire plus pour limiter les pertes civiles. Elle lui a également fait savoir qu’alors que l’opinion mondiale se retournait de plus en plus contre sa campagne terrestre meurtrière, le temps dont il dispose pour continuer son offensive sous sa forme actuelle diminue rapidement. Washington avance également qu’Israël ne peut tout simplement pas maintenir indéfiniment son niveau actuel d’offensive de haute intensité, en particulier au niveau des réservistes mobilisés.

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