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Déplacement et liquidation : Une ligne rouge dans la cause palestinienne

Jeudi, 30 novembre 2023

« Parler avec calme, sagesse, patience et raisonnement ne relève jamais de la faiblesse ou de l’humiliation ».

Tel est le contenu du message fort lancé par le président Abdel-Fattah Al-Sissi devant le public réuni au Stade du Caire le 24 novembre, en signe de solidarité avec la Palestine dans le cadre de l’événement « Vive l’Egypte … un peuple en solidarité avec la Palestine ». Les déclarations du président ont été les mêmes exprimées avec la même clarté le lendemain au Palais d’Al-Ittihadiya devant les premiers ministres d’Espagne et de Belgique qui assurent la présidence actuelle et prochaine de l’Union européenne. Au cours de la conférence de presse, les messages livrés par le président Sissi étaient clairs et nets. Il a clarifié que le déplacement des Palestiniens de leur territoire est l’autre facette de la liquidation de la cause palestinienne et qu’il constitue une ligne rouge pour l’Egypte.

Le président a manifesté une compréhension du conflit arabo-israélien depuis ses débuts jusqu’à la réussite de la médiation égypto-qatarie-américaine à instaurer une trêve ayant commencé le 24 novembre. Personne ne sait s’il s’agit du premier pas vers un cessez-le-feu. Ou bien si elle serait une simple trêve pour que les deux parties reprennent leur souffle avant que le terrorisme israélien ne frappe à nouveau et que la destruction ne regagne les territoires palestiniens.

La cause palestinienne a toujours fait partie des piliers de la sécurité nationale égyptienne. L’Egypte a sacrifié pendant 75 ans tout ce qui lui est cher et a mené 4 guerres au service de cette cause. Depuis la guerre de 1948, en passant par celles de 1956 et 1967, pour finir avec la glorieuse guerre d’Octobre qui a ouvert la voie à la signature du traité de paix égypto-israélien. L’Egypte a essayé depuis la signature de cet accord de faire régner la paix dans toute la région. Elle a réitéré de manière tranchante qu’aucune solution ni aucune paix ne sont possibles sans un règlement de la cause palestinienne et l’établissement d’un Etat palestinien viable sur les lignes du 4 juin 1967 avec pour capitale Jérusalem-Est.

Tout au long de cette période, l’Egypte a fait office de « médiateur neutre », toujours en quête de réaliser la paix juste et permanente dans la région. Il n’en demeure pas moins que la mentalité de l’agression, de l’extrémisme et du terrorisme, qui prend toujours le dessus chez les gouvernements israéliens successifs, a malheureusement entravé la réalisation de cet objectif, surtout après le décès de l’un des symboles israéliens de la paix, le feu premier ministre Yitzhak Rabin.

Depuis la récente crise de Gaza, les négociations et les contacts faits par l’Egypte ont focalisé l’attention sur l’origine du problème, réitérant la nécessité de parvenir à une solution d’un conflit vieux de 75 ans. La destruction par l’armée israélienne des maisons, les raids ciblant les hôpitaux et les mettant hors service, la démolition des écoles et de l’infrastructure ont rendu la vie impossible à Gaza. Plus dangereux encore est l’interdiction par les forces d’occupation aux Palestiniens de rentrer chez eux, après l’entrée en vigueur de la trêve. Elles ont tiré sur les citoyens désireux de se déplacer du sud au nord et ont ouvert sur eux le feu, faisant des dizaines de morts et de blessés, pendant la trêve. Tout cela dévoile le vrai visage de la guerre israélienne à Gaza et le retour aux mêmes pratiques qui répètent la tragédie de la Nakba, dans le cadre des déplacements forcés et de l’évacuation des territoires palestiniens, en prélude à leur annexion et au remplacement des Palestiniens par des colons, comme il arrive tous les jours à Jérusalem-Est.

L’Egypte a refusé le déplacement des habitants de Gaza vers le Sinaï ou n’importe quel autre pays. Le Caire est conscient de la volonté d’Israël de liquider la question palestinienne. C’est ce que l’Egypte n’acceptera jamais vu les liens étroits de fraternité avec le monde arabe, malgré les coûts économiques qu’elle a dû assumer tout au long de 75 ans de guerres et de secousses régionales.

Parce qu’il y a des personnes qui pensent d’une manière déformée et dénuée de toute sagesse et objectivité, elles estiment que le refus égyptien du déplacement des Palestiniens de Gaza au Sinaï tient à la conjoncture économique que vit le pays. Dernièrement, le président a indiqué, à la conférence de presse avec les premiers ministres belge et espagnol, que l’Egypte accueille environ 9 millions de réfugiés provenant des Etats arabes et africains et qu’elle les traite en toute cordialité. Le pays n’épargnerait donc aucun effort pour faire de même avec les frères palestiniens.

Mais la situation de la Palestine diffère des autres pays arabes qui vivent des difficultés politiques. Le problème réside dans la volonté d’Israël d’évacuer le territoire palestinien pour assurer sa mainmise, contrairement aux autres Etats qui traversent des troubles, mais qui finiront par retrouver un état normal avec le retour des réfugiés en Syrie, en Libye, en Iraq, au Yémen, au Soudan et autres.

L’Egypte a toujours été l’allié le plus important des Palestiniens. Pour preuve, elle leur a acheminé 75 % du total des aides depuis le déclenchement de la guerre. Ce qui signifie que la cause des déplacés fait partie intégrante des déterminants de la sécurité nationale égyptienne, une ligne rouge pour défendre la cause palestinienne.

Nous espérons que les dirigeants d’Israël seront plus raisonnables et que ceux d’Amérique et d’Europe exerceront le plus de pression pour que la trêve soit convertie en cessez-le-feu permanent. Et que ceci soit suivi d’une reconnaissance internationale de l’Etat de Palestine sur les lignes du 4 juin 1967 avec pour capitale Jérusalem-Est. Ensuite, il faut qu’un processus politique soit lancé sur la forme de cet Etat, les arrangements militaires et sécuritaires et le rôle que joueront les organisations onusiennes et régionales. Le but est de faire régner la paix, la stabilité et la sécurité dans la région, loin des bains de sang, de l’animosité et des hostilités.

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