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L'Arabie saoudite entre en rébellion contre l'Onu

Lundi, 28 octobre 2013

L a première phrase du préambule de la Charte des Nations-Unies dit : « Nous, peuples des Nations-Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances ».

Dans la réalisation de cet objectif, le Conseil de sécurité possède une responsabilité primordiale. Pourtant, par sa composition discriminatoire, il lui est difficile de jouer un rôle positif. Le Conseil est-il parvenu à instaurer la paix en Terre sainte ? La participation de pays arabes en tant que membres non-permanents a-t-elle changé quoi que ce soit dans les orientations de cette instance ? L’Iraq n’a-t-il pas été envahi en 2003 par des troupes américaines et britanniques sans aucun mandat du Conseil ?

« Le Conseil de sécurité ne nous a pas apporté la sécurité, mais la terreur et les sanctions ». Cette phrase, prononcée par le colonel Kadhafi du haut de la tribune de l’Assemblée générale de l’Onu, le 26 septembre 2009, lors de sa première et dernière intervention devant cette instance, suscita les applaudissements de nombreux dirigeants de pays en développement.

Pour Kadhafi, le système des 5 membres permanents du Conseil — qui décident des destinées du monde entier, tandis que leurs propres actes sont hors de contrôle — était profondément injuste.

S’adressant aux chefs des Etats membres de l’Onu, il déclarait : « Vous êtes des décors ! On se moque de vous ! Vous êtes faits pour prononcer des discours et pas plus … Ils ont besoin de nous s’ils veulent nous exploiter pour blâmer un pays faible ! ».

Le régime libyen ainsi que son chef ont été balayés à jamais et le Conseil de sécurité fonctionne toujours de la même façon. Mais force est de constater que ces propos retentissent encore dans les coulisses de l’organisation.

Cette année, c’est au tour de l’Arabie saoudite de reprendre à son compte ces critiques. Sans aller jusqu’à prononcer des discours fracassants, le ministère saoudien des Affaires étrangères se contente d’annoncer dans un communiqué : « L’Arabie saoudite n’a pas d’autre option que de refuser de devenir membre du Conseil de sécurité jusqu’à ce que ce dernier soit réformé et qu’on lui donne les moyens de s’occuper de ses responsabilités pour préserver la paix et la sécurité dans le monde ».

Cette prise de position de la part du plus important pays pétrolier arabe reflète-t-elle une position commune des membres du Conseil de Coopération des pays du Golfe (CCG) et de la Ligue arabe ? Pourrait-elle servir, d’une manière concrète, la paix et la sécurité dans la région ? Plusieurs points doivent être mis en relief.

Tout d’abord, sans que ce soit officiel, les pays arabes, qui sont répartis entre les groupes Asie et Afrique, ont toujours un siège au Conseil de sécurité. Malgré l’incapacité de cette instance à régler le conflit israélo-arabe, ce siège est convoité par tous les pays arabes. Dans le cas de l’Arabie saoudite, ce siège était convoité depuis l’établissement de l’organisation internationale en 1945.

La décision de Riyad est directement motivée par des considérations stratégiques régionales. Lorsqu’elle s’est portée candidate, l’Arabie saoudite n’était-elle pas au courant des défaillances du Conseil ? Selon un diplomate occidental, « les Saoudiens ont subi un double échec : les Etats-Unis ont refusé d’agir militairement en Syrie et tout le monde a courtisé Hassan Rohani, le nouveau président iranien ».

D’autres raisons sont avancées pour appuyer cette décision. Certaines sont récentes telles que la prise de position occidentale sur la destitution du président Morsi en Egypte, d’autres sont anciennes comme la question palestinienne considérée comme « la clé des difficultés au Proche-Orient », selon le communiqué du ministère saoudien des Affaires étrangères.

Il semblerait que cette décision de ne pas prendre part au Conseil ait été prise sans consultation préalable avec les partenaires arabes de l’Arabie saoudite, notamment ceux du CCG. Tout en exprimant « respect et compréhension » face à la position de l’Arabie saoudite, les pays arabes ont prié, dans un communiqué diffusé le 19 octobre, les dirigeants du royaume « d’accepter leur siège au Conseil de sécurité et de continuer leur courageuse mission de défendre nos intérêts, tout particulièrement sur le podium du Conseil de sécurité ».

Khaled Al-Djarallah, sous-secrétaire du ministère koweïtien des Affaires étrangères, dont le pays a été cité pour remplacer l’Arabie saoudite, a annoncé que le Koweït participe « aux efforts en vue de convaincre les Saoudiens d’accepter le siège ». Pour lui, il est « trop tôt » pour parler de la possibilité de voir son pays prendre le siège de l’Arabie saoudite. Enfin, cette prise de position intervient dans un contexte régional confus, surtout après les récents développements en Egypte et le soutien sans faille affiché par Riyad au nouveau régime en Egypte, face aux pressions exercées par les Etats-Unis et l’Europe sur Le Caire.

Au vu de ces éléments — et même si les efforts déployés par les pays arabes pour convaincre Riyad de revenir sur sa décision aboutissent — il est évident que les choses ont profondément changé. Le fait qu’il y a eu un rejet justifié de ce siège continuera à peser lourd sur les positions du Conseil, notamment en ce qui concerne les dossiers du Moyen-Orient.

Désormais, tout pays arabes siégeant au Conseil aurait la responsabilité de veiller à ce que les causes de la nation arabe soient mieux servies. Faute de quoi il aurait l’obligation morale de geler sa participation. Mais, pour en arriver là, il faudrait qu’il existe une position ferme et commune du monde arabe.

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